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Interview d'ALLAIN LEPREST pour "Chanson Rebelle"

 


 
A coeur ouvert, et en toute simplicité
 

J'ai profité du passage d'Allain au festival "Paroles et Musique" le 27 mai au Magic Mirrors pour réaliser cette interview. (le texte a été enregistré et retranscrit dans son intégralité, sans fioritures ni corrections)

Chanson Rebelle :  Salut Allain, peux-tu nous parler de ta collaboration avec Romain Didier ?

Allain Leprest  :  Elle date de 1985, il avait assisté à mon spectacle au Festival de Bourges, et notre tourneur commun nous a fait nous rencontrer en 1986. Notre première collaboration a été une chanson qui s'appelait "Après", pour commencer c'était bien !!! Des choses à l'envers. Nous avons fait une soixantaine de chansons ensemble.

C.R. : En fait tu es parolier ?

A.L. : Je suis plutôt auteur, parolier je ne sais pas trop le faire, il faut connaître les gens comme Francesca Soleville, Enzo, Romain. Parolier c'est un art très à part, c'est un habilleur, un styliste, il voit la silhouette et c'est très difficile, il vaut mieux ne pas connaître la personne. J'ai tendance à écrire pour moi-même, et quand j'écris pour une femme comme Francesca, j'écoute son histoire. Je ne suis pas mélodiste.

C.R. : Tu as une page sur le site, et j'ai constaté que tu avais peu de reconnaissance des médias, pourquoi ?

A.L. : Il y a des tas d'explications, mais plutôt que de passer pour un aigri, je préfère regarder le métier comme ça. C'est évident que c'est le genre de chansons qu'on présente qui fait que l'on correspond à la norme, tantôt elles sont jugées comme trop intimistes, tantôt c'est trop compliqué. Les gens qui te disent ça, je ne te citerai pas de noms, les grands présentateurs tel qu'on les conçoit, tel qu'on les connait, n'ont pas ce qu'ils proposent à leurs auditeurs ou leurs téléspectateurs dans leur discothèque et d'une, et de deux il y a leur esthétique, c'est un peu trop bon pour leurs ouailles.

Tout chanteur aspire à une ouverture plus grande sur les médias, mais ça passe mal, heureusement il y a la scène. Je ne suis qu'heureux que quand je suis sur scène, d'un côté c'est pénalisant parce que tu n'as pas d'oreilles aux échos et pour la diffusion de tes disques, de ce que tu peux faire par ailleurs.

C.R. : Tu as un sacré palmarès, de nombreux prix, donc normalement tu devrais être plus médiatisé ?

A.L. : On ne fonctionne plus du tout par les prix, je ne vais pas cracher dans la soupe, mais je souhaite aussi à d'autres jeunes chanteurs la reconnaissance de leur passage. Je pense que le métier ne fonctionne plus comme ça. C'était l'époque d'une autre chanson française, celle de Jacques Bertin, Jean Vasca et d'autres, ça avait du poids la nouvelle chanson française. L'académie Charles Cros était reconnue, un certain éclat. Aujourd'hui c'est la Starac, les victoires de la musique.

C.R. : Tu as des regrets par rapport à cette époque

A.L. : Plus maintenant, à savoir si j'en ai jamais eu d'ailleurs. Il faut avancer, constituer des choses, un bloc, être bien entouré, j'ai des pairs comme on dit, reconnaissances que j'ai choisies, dans le métier, mon entourage, c'est très chouette, enfin ceux qui m'aiment bien comme Higelin, Fugain, jusqu'à mes potes du boulot, de cabaret, sans être péjoratif, le milieu de la chanson, les saltimbanques, comme on est quoi. Y'a des gens moins fréquentables, mais il y a des gens gentils, formidables avec qui je m'entends très bien.

C.R. : Tu as écrit quand même des chansons d'anthologie "SDF", "Nu", "Le copain de mon père"

A.L. : Il n'y a pas à s'étonner qu'une chanson comme "SDF" sur la radio telle qu'elle est conçue aujourd'hui, même sur le service public, soit un peu grinçante.

C.R. : On a aussi connu la censure il y a quelques années

A.L. :  On n'en n'est plus là heureusement

C.R. : Tu as des projets pour le moment ?

A.L. : Le projet ? Pour la petite histoire j'ai quand même été arrêté 3 ans, des pépins de santé. J'ai quand même continué de chanter et d'écrire, mais maintenant c'est derrière moi. Il y a la sortie de ce dernier CD et je récupère de très anciennes chansons que j'ai rarement défendues sur scène, ou alors il y a très longtemps et que le nouveau public ne connait pas. On verra ça à la rentrée avec les nouveaux musiciens et l'envie de faire une tournée solo/piano, et ça peut prendre une très grande ampleur.

C.R. : Que penses-tu de la dérive de la chanson. Est-elle un art mineur, un art majeur, n'était-elle pas vendue comme du dentifrice ou de la lessive ?

A.L.ça toujours été pareil, on parlait de 1967, j'ai 54 balais, et quand j'étais minot j'étais déjà critique. J'étais allé voir un chanteur qui faisait des "chansons à la main" comme on le disait. Tu me parles de tube dentifrice, pour moi une chanson était quelque chose qui sortait toute faite d'un transistor ou d'un appareil radio. Là je vois un type, Michel Bézu, un comédien qui faisait ses chansons, et un autre type le présente à ma grande surprise comme quelqu'un qui écrivait ses chansons. Je me suis dis "Alors c'est vrai, ça peut se faire soi-même, ça sort pas d'un tube", et c'est à ce moment-là que ça à commencé à me démanger un petit peu.

C.R. : Lors d'une discussion récente avec Pierre Tisserand nous avons pensé que si des Brel, Brassens, Ferré, Ferrat et Béranger essayaient de percer maintenant, ça ne marcherait pas. Qu'en penses-tu ?

A.L. : On dit toujours ça, mais je ne pense pas, car je crois qu'ils n'écriraient pas la même chose aujourd'hui d'une part, et qu'ils n'auraient pas la même culture musicale d'autre part. Il y aurait des choses différentes. Les chanteurs contemporains manquent de gagner de la force. Je ne peux être juge et partie, j'ai toujours eu du mal à porter des jugements, ça ne me plait pas.

J'ai des grands enfants qui m'initient à Loïc lantoine, aux punks, ils m'embarquent avec eux en quelque sorte, c'est vachement sympa.

C.R. : Dans ta biographie j'ai été surpris de constater que tu avais été éducateur

A.L. : Oui très peu, ça ne me convenait pas, enfin plutôt je ne convenais pas à ce métier, parce que je suis trop entier, je donnais trop de moi-même, tu le sais très bien, il faut savoir se protéger sinon on est vite broyé humainement, quand tu y mets la main, tout y passe.

J'étais pas taillé pour, ça m'a rendu service, j'ai un ami comédien qui travaillait dans la réinsertion d'anciens taulards et j'avais écrit une pièce de théâtre "Le gardien de phare". J'avais une femme et mes gosses et un copain me disait "Tu chantes bordel, à Paris j'ai des cousins qui pourront t'aider". C'est comme ça que j'ai débarqué à Paris.

C.R. : Beaucoup de chanteurs que je présente sur le site sont justement d'anciens travailleurs sociaux. Est-ce que tu penses que cela leur a fait toucher du doigt la misère et qu'il en ressort des textes ?

A.L. : Exactement, je suis natif de Rouen, et j'ai reçu la Médaille d'Or de la ville. On m'avait dit que nul n'est prophète en son pays, et je ne suis pas gourmand en récompense.

Cela m'a fait énormément plaisir, j'ai distribué des remerciements à la pelle pour tous les copains, mes copains travailleurs sociaux et qui le sont restés depuis 20 ans, qui touchaient déjà du doigt ce qui nous explose à la gueule actuellement.

Rarement j'ai fait une interview aussi authentique, mais elle est bien à l'image d'Allain, comme une conversation entre deux frangins qui ont des choses à se dire.

Je t'embrasse frérot pour ce moment qui restera gravé dans ma mémoire. Pour ce qui est de ton spectacle, tu m'as tiré des larmes aux yeux pour ta sincérité, ton intégrité et ta puissance d'être. J'en ferai un compte-rendu sur ta page. J'espère que nos routes se recroiseront encore.

Salut et fraternité

Nous nous sommes retrouvés 4 jours après, le dimanche de Pentecôte à Soucieu en Jarrest (69) lors du festival "Les fils de Georges" (Brassens bien sûr) où il avait chanté la veille, et nous avons échangé de bons mots avec un troisième larron, le chanteur Masdau. Allain est toujours très respectueux de ceux qui démarrent dans le métier, et c'est avec beaucoup d'attention qu'il a écouté ceux qui ont chanté durant le tremplin du début d'après-midi.

Leprest33.jpg 
Gérard Gorsse, Mai 2009 



  Commentaires (2)
1Sacré Allain
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 27-02-2010 11:37

Bonjour  
Quelle sincérité , Leprest ! 
Au fait , j'ai vu très dernièrement Allain Leprest à Nantes ... 
Quel concert , quel mec ... 
Si vous avez l'occasion de voir MONSIEUR Allain Leprest allez-y , d'urgence ! 
Hervé Boulai

2Bravo Allain...
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir , le 27-05-2010 15:03

Bonjour à toutes et tous, 
J'ai eu la chance de le voir notamment au Forum Léo Ferré à Ivry (c'est très souvent complet). 
Quelle soirée, quelle émotion. 
Rien d'autre à dire, un grand bonhomme. 
Si il passe près de chez vous, surtout n'hésitez pas, il faut l'avoir vu au moins une fois sur scène. 
On en ressort plus riche d'humanité et de fraternité. 
Salut et Fraternité. 
Et surtout Allain courage et santé.

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