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Comme un parfum libertaire du Nord à l'Afrique
Long et curieux parcours est celui de Papa Momo issu d'un milieu ouvrier du nord de la France.
Ses quarante ans passés en Afrique ont gravé dans sa mémoire des accents et des images qu'il restitue sous formes de chansons "Femmes noires, je vous aimes", "Ma négresse", mais aussi une certaine philosophie "L'apatride", "La mort s'en fout". Et puis Papa Momo a gardé du continent noir cette façon d'échanger par de grands palabres et fait de lui un grand bavard.
Mais Papa Momo, qui fleurte avec les 70 balais, est toujours aussi vert pour gueuler sa colère et son indignation "Argent', pouvoir, amour", "Nos politiciens", "Le mot liberté".
A son retour des rives de l'autre côté de la Méditérranée, Papa Momo s'est consacré entièrement à la chanson et a concocté un CD autoproduit "L'apatride" avec quelques copains, façon cuisine, c'est à dire sans passer par un studio d'enregistrement.
Côté zique, dont Papa Momo est le compositeur, pas de tonitruance ni fioriture, on navigue du classissisme aux influences africaines. Son écriture est concise et dépouillée, comme pour mieux nous toucher ou nous faire récupèrer les bouteilles qu'il jette à la mer.
(Avec l'aimable autorisation de l'auteur)
Le parcours artistique
"C’est en classe du certificat d’étude, en 1952 que je découvre les
valeurs humaines et aussi la bassesse des hommes. Mon instituteur, Mr
Dehove, était un poilu de la guerre 14-18, un homme fier et digne qui
nous enseignait chaque matin la morale pendant une heure. Le plus
souvent il partait d’une histoire vécue et nous demandait de réfléchir
et de poser des questions. Nous débattions alors sur les principes de
justice, de partage, de liberté, d’amour et de respect du prochain.
Pour moi c’était une sorte de Saint laïc. Je l’admirais et je voulais
lui ressembler. En poésie il aimait avant tout les Parnassiens.
Au collège j’appris à mieux connaître la poésie et j’essayais de
rédiger mes premiers vers. En 1954 j’entendis Georges Brassens chanter
le parapluie à la radio. Ce fut la révélation de mon adolescence,
quelque chose de tout nouveau par rapport aux Tino Rossi et Rina Ketty
que ma mère écoutait alors. Je l’ai chiné pendant des semaines pour
qu’elle m’achète une guitare. Comme nous n’étions pas riche, il m’a
fallu attendre la Braderie de Lille pour qu’elle dégote enfin une
vieille guitare d’occasion. Ce fut le plus beau cadeau de ma vie. Après
avoir acheté la partition du Parapluie et un lexique comportant des
grilles d’accord, il m’a bien fallu 3 mois pour réussir à chanter
quelque chose ressemblant de très loin au Parapluie en m’accompagnant à
la guitare.
Ensuite vinrent Félix Leclerc, Léo Ferré, Jacques Brel pour me
convaincre que la chanson était un merveilleux moyen d’expression , car
elle alliait la musique des mots à la musique elle-même. C’était aussi
le meilleur moyen de faire apprécier la poésie au niveau populaire.
En 1955 je me suis inscrit aux cours de théâtre que donnaient Cyril
Robichez, créateur du TPF (Théâtre Populaire des Flandres). Ce qui me
permit de faire d’abord de la figuration, puis des petits rôles dans le
répertoire classique et moderne. Tout en suivant des études
techniques, je me suis initié au théâtre, à l’écriture, la musique et
la peinture. Mon désir le plus fort penchait vers le théâtre.
En 1959 j’étais appelé au service militaire. C’était la guerre
d’Algérie, moi qui haïssait les armes et la violence, ce fut un
calvaire qui dura 28 mois.
Libéré en 1961 je commençai à travailler dans un bureau d’études. Mais
j’avais soif d’espace et de liberté, alors je décidai au Printemps 1962
de partir sur les routes avec ma guitare.
Je n’écrivais pas encore de chansons, j’interprétais Brassens, Brel, et Ferré.
Pendant deux ans, j’ai parcouru des milliers de kilomètres en
auto-stop, j’ai fait la manche seul ou avec des artistes de rencontres,
sur les terrasses de café, dans les bars, les restaurants, les queues
de cinéma, les rues, les marchés et aussi des craies sur les trottoirs.
J’ai dormi un peu partout, dans des granges, des maisons abandonnées,
des studios de passage, sur les plages. J’ai appris à connaître la
faim, le froid, la douleur physique et morale mais aussi le bonheur
d’être libre, d’aller où le vent me portait et de me bonifier au
contact des gens qui voyagent sans connaître de frontières. Un parcours
initiatique qui me conduisit en 1964 à Moron de la Frontera en plein
cœur de l’Andalousie.
C’est là que mon frère aîné, qui vivait en Afrique, vint me chercher
pour traverser le Sahara et rejoindre la Haute-Volta (actuel
Burkina-Faso) pour y installer un élevage avicole en brousse.
C’était une toute autre aventure. J’ai connu là, l’immense bonheur de
travailler physiquement à construire de mes mains avec une équipe
d’africains les bâtiments de la ferme, dans le dénuement le plus
complet, aux seuls rythmes du soleil et de la lune, source
d’inspiration unique. Pas d’électricité, pas de radio, et dormir sous
les étoiles avec un lit picot sous une moustiquaire.
Début 1966 tout le cheptel est décimé par la maladie et nous faisons faillite.
Je me retrouve à Abidjan où je chante pendant six mois dans un cabaret
du quartier chaud de Treichville qui emploie un orchestre et des
strip-teaseuses. C’est là que je compose mes premières chansons.
Je rentre à Paris en Octobre 1966, là je me mets vraiment au boulot, je
cours les auditions dans les cabarets rive-gauche, je chante Chez
Georges, à La Polka des Mandibules, au Cheval d’Or, à la Contrescarpe
et je rencontre James Ollivier, Eva, Jacques Serizier, Jean Sommer et
Roger Riffard. J’enregistre avec une pianiste qui écrit mes musiques, 4
chansons sur un vinyle avec lequel je cours les maisons de disques. Les
petits cachets et la manche me permettent de vivre chichement en
comptant aussi sur les copains. Puis vient Mai 68 dans lequel, croyant
sans doute au Père Noël, je m’implique activement. Ecoeuré par la
récupération du mouvement par les syndicats qui aboutit aux accords de
Grenelle, je décide de repartir en Afrique.

Je fais du commerce de vivres frais à Ouagadougou que j’importe
d’Abidjan par wagon frigorifique, mais bientôt la concurrence
s’installe et n’étant pas vraiment fait pour le commerce mon affaire
périclite.
C’est en 1970 que je m’installe à Abidjan avec femme et enfant. Là je
trouve du travail dans une entreprise. Parallèlement je crée une troupe
théâtrale « Les Turlupins », je collabore avec le Théâtre National de
Côte d’Ivoire, puis je monte un Café-Théâtre « Le Tourniquet » et un
groupe de chant « Les Croque-notes ».
En 1990 je perds mon travail et j’installe un Atelier de Peinture « La
Palette » dans un complexe artisanal et touristique « Le Wafou » et
décide aussi d’écrire à nouveau des chansons que je vais tester sur la
scène du Wafou et dans un petit bar que j’ouvre avec une amie.
Je chante également dans d’autres cabarets d’Abidjan et j’édite en 2001
mon CD « De Paris en Abidjan » Je tourne un clip et participe à des
émissions télévisées et radiodiffusées.
Pendant toutes ces années j’ai cultivé un éclectisme total, passant
tour à tour à des périodes de création théâtrales, picturales et
musicales.
Après la mort d’Houphouët-Boigny en 1996 la Côte d’Ivoire s’enfonce
peu à peu dans l’instabilité, puis c’est un coup d’Etat et des
élections contestées qui plongent le pays dans la violence et la
guerre. Difficile de créer sereinement dans cette atmosphère et
désirant plus que tout me consacrer complètement à la chanson je rentre
définitivement en France en Avril 2003."
(Avec l'aimable autorisation de l'auteur)
Discographie
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"De Paris en Abidjan", CD, 2001
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"L'apatride", CD, 2007
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Initiatives & Créations
"Dès mon arrivée en France en Avril 2003, je m’installe à la campagne dans une vieille maison de pierres datant de 1700. En plein cœur du Lot et Garonne aux paysages vallonnés, parsemés de champs, de prés et de bois, propices à la paix et la réflexion.
En parcourant quelques annonces artistiques je prend contact avec Jean-Jacques VERNET, guitariste ACI ayant participé aux rencontres d’Astaffort initiées par Francis CABREL pour l’association Voix du Sud. Il accepte de travailler avec moi et avec l’apport de MATHIEU, jeune percussionniste agenais, nous montons un spectacle en deux parties composé de mes chansons, celles de Jean-Jacques et des reprises de Brassens, Brel, Ferrat et Moustaki.
Ce spectacle est donné pour la première fois le 20 Mars 2004 à L’estaminet, un bar de Prayssas, une des nombreuses bastides moyenâgeuses du département ; puis le 17 Avril à la Salle des Fêtes de La Croix Blanche, mon village d’adoption. Parallèlement j’adhère à l’association Georjacléo, qui organise chaque année le Festival GEORJACLEO de Vianne avec laquelle je participe à plusieurs concerts tout en continuant de donner mon spectacle avec Jean-Jacques et Mathieu.
Je participe au Festival Georjacléo d’Octobre 2004 où je rencontre Michel VIVOUX avec qui je sympathise et qui se propose de faire les arrangements de mon prochain album.
J’ai pas mal de chansons finies et d’autres en chantier dans lesquelles je vais puiser pour construire cet album « L’apatride » qui verra finalement le jour en Avril 2007.
En Juin 2005, je quitte l’association Georjacléo pour rejoindre l’association Chante-Copain avec un nouveau guitariste villeneuvois Alexandre MIERMONT qui fera les arrangements de trois chansons sur mon album « L’apatride », mes amis Jean-Jacques et Mathieu ayant vogués vers d’autres lieux et d’autres tâches imposées par la vie.
Je m’investis beaucoup dans cette association et je tourne sur Agen, Villeneuve et dans les villages du département avec Michel MAESTRO, François FERNANDEZ, BLUES BOOGIE et LA ROUQUIQUINANTE. Nous créons fin Juillet 2005 la première journée Chante-Copain de CUQ. Une grande messe gratuite de la chanson réunissant pleins d’artistes amis et un nombreux public pour une partie de campagne avec frites, merguez et magret grillés. Nous y retrouvons chaque année Michel VIVOUX, Cathy FERNANDEZ, les Frères MAAX, MALHOUSE, Alain ROSSI, Jean-Marie LOUBRY et bien d’autres.
Après quelques différents survenus avec certains membres de Chante-Copain, je décide de ne plus m’investir à fond dans le fonctionnement de cette association et de m’occuper d’un projet qui me tenait à cœur depuis mon retour en France : créer un festival de la chanson poétique.
N’ayant aucun moyen financier pour réaliser ce projet, je m’adresse à l’association « Les Amis de Pujols » qui m’avait accueilli pour un concert en 2006 à l’Eglise Ste FOY et leur expose mon projet. Après délibération il est accepté et la première édition du Festival que j’ai intitulé « POEMELODIES » aura lieue le 16 Juin 2007 dans ce magnifique village médiéval de PUJOLS dominant Villeneuve et la vallée du Lot.
A cette occasion nous organisons un concours ouvert aux ACI sans limite d’âge afin de promouvoir des artistes de talent plus ou moins méconnus. Les lauréats 2007 étaient vraiment de qualité à l’image de Barbara DESCHAMPS (Prix du Public) et Régis CUNIN (Prix de la Mairie) qui ont déjà fait l’objet d’articles élogieux dans la revue CHORUS. Marcelo RUALES d’origine équatorienne qui a décroché le « Trophée Poèmélodies » pour sa chanson « Aquarela » vit à Toulouse et a également beaucoup de talent.
La seconde édition aura lieue les 13 et 14 Juin 2008 et s’annonce de très belle facture tout comme le concours.
Pour tout savoir sur ce festival, aller sur http://www.poemelodies.fr
Je viens également de créer l’association «Plumes et Croches» qui sera donc partenaire du Festival Poèmélodies et dont l’objet est la promotion et la diffusion de la poésie, la musique et la chanson francophone dite poétique."
(Avec l'aimable autorisation de l'auteur)
Papa Momo parle de la chanson française
"Parler de la chanson française est un exercice difficile car ce thème englobe un domaine tellement diversifié que l’on ne sait pas par où commencer.
La chanson française ne se démarque pas de la chanson en général qui est un mode d’expression universel, sauf qu’elle appartient à l’évolution culturelle d’un pays qui est la France. Encore faut-il considérer que la chanson française est elle même très différente lorsqu’elle sort d’un patrimoine appartenant à telle ou telle région. Chacun baigne dans son enfance dans un bouillon de culture bien spécifique à ses origines et à son lieu de résidence.
Pour ma part, je sais que chanter a toujours fait partie de mon quotidien. Lorsque j’étais jeune nous n’avions pas de radio à la maison mais ma mère chantait tout en faisant le ménage, la cuisine ou la vaisselle. Depuis la nuit des temps le chant a toujours accompagné le travail, les moments de détente, et surtout les évènements de la vie sociale, naissance, victoires, fêtes des semences et des moissons, enterrements, etc…
Très souvent le Dimanche nous nous réunissions en famille et lors des repas chacun chantait sa petite chanson qui était la plupart du temps reprise en chœur par les convives. C’était tout simplement le plaisir d’être ensemble et de communiquer ses joies et ses peines. Ca débouchait sur de franches rigolades et parfois sur des larmes et des consolations.
Maintenant les gens mangent en regardant la télé et en écoutant les chansons que les médias veulent bien leur faire entendre. Il y a un formatage dirigé vers la consommation et le profit immédiat. Il n’y a plus beaucoup de gens qui se rencontrent pour chanter en partageant un repas. Dans les familles c’est presque inexistant.
La voix est le plus bel instrument dont l’homme a été doté. Elle peut exprimer tous les sentiments grâce à ses multiples inflexions. Elle accompagne l’homme dans ses rêves, ses amours, ses déceptions et ses révoltes. Associée aux mots et à la musique elle est une force d’expression inégalable et fugitive. Une chanson bien écrite et bien chantée est un bonheur éphémère, quelque chose d’impalpable qui reste en mémoire et qu’on se surprend à fredonner le matin sous la douche. Elle devient partie de nous-même, elle est comme la source à laquelle on s’abreuve, car il nous faut de l’eau pour exister.
Chacun s’approprie les chansons qui lui ressemblent. D’où la diversité des genres, blues, rap, rnb, slam, reggae, rock, pop, etc… et chanson dite française.
La chanson dite française (je dirais plutôt dite poétique, car Aznavour ou Bécaud c’est de la chanson française de qualité) a forcément ses chantres que sont Brassens, Brel, Ferré, Ferrat, Moustaki, Leforestier, Béart, Duteil, Barbara, Sylvestre, Martin, Bernard, et bien d’autres.
Ecrire une chanson poétique (car c’est celle là qui m’intéresse), c’est d’abord écrire un texte qui exprime parfaitement ce que l’on veut dire, en allant à l’essentiel tout en faisant court, car il faut éviter d’aller au delà des quatre à cinq minutes, temps fatidique à partir du quel l’auditeur décroche. La charge poétique du texte peut être romantique, satirique ou humoristique, peu importe qu’elle soit en vers ou en prose.
C’est ensuite y adjoindre une mélodie qui colle aux mots et un accompagnement instrumental sobre, dépouillé d’effets grandiloquents.
Trop d’instruments nuit aussi à l’expression de la voix et à la compréhension du texte.
Ecrire une belle chanson, c’est comme fabriquer un beau meuble ou tracer un long sillon bien droit dans un champ. Ca se travaille comme le sculpteur pétrit sa glaise. Il y a souvent un temps de gestation plus ou moins long mais parfois la forme définitive jaillit comme l’éclair.
La chanson poétique continue d’exister en France, il y a beaucoup de jeunes talents qui la défendent ardemment. Ce qu’il y a de réconfortant c’est la diversité de leurs expressions, ces jeunes sont les enfants des grands mais ils ne les copient pas, ils s’en inspirent.
Le Festival Poèmélodies et l’association Plumes et Croches que j’ai créé apportent modestement leur pierre à ce bel ouvrage qui ne demande qu’à éclore sur toutes les scènes de France."
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