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Avez-vous entendu parler des
 
"Commissions Régionales Culturelles" ?
 

Hé oui aujourd’hui c’est en place, sorte de pare-feu à la dilapidation notoire des deniers publics  de tous ces intermittents qui devraient songer à changer de métier !

Non seulement le fait de créer un spectacle en résidence pendant deux semaines, plus l’achat du spectacle dans ce même lieu d’accueil ne suffisent pas à convaincre de la professionnalité de votre projet, il faut un an à l’avance avoir réussi à le vendre plusieurs fois à la volée : «Approchez Messieurs et Mesdames je suis venu vous vendre un spectacle virtuel... Approchez, approchez, ne craignez rien... Signez en bas de la page et c’est tout !» Je dois pécher gravement du coté camelot ou camelote comme on voudra !

Pour mieux comprendre, voici le générique de la saga :

Dans un premier temps on vous demande de remplir un dossier qui rebuterait les plus courageux, donc vous décidez d’être performant et de le remplir et de le parapher consciencieusement. On vous demande en paquet cadeau de fournir huit CD de la production précédente (qui elle n’a pas été subventionnée, vous aviez eu la bonne idée de ne rien demander) pour chaque membre de la commission !

Mais ce n’est pas fini, ensuite on vous suggère benoitement d’avoir une date de spectacle pour que les membres de la commission puissent vous jauger à votre juste valeur. Vous accédez à la demande et organisez avec des amis un lieu d’accueil. Vous êtes après trente ans dans ce métier contraint de passer une audition publique. Une seule personne se déplace et encore elle arrive en retard mais elle a l’air d’avoir aimé ce que vous faites. Vous pensez innocemment, ouf ! Mon dossier est en sécurité. Que Nenni !

 Ce n’est pas fini

Maintenant vous êtes convoqué  pour un passage devant la commission pour défendre votre projet. On vous donne une heure fixe avec la suggestion d’arriver dix minutes avant l’heure prévue. J’en conclus que nous n’avons que ce laps de temps pour éclairer les lanternes administratives. Les demandeurs vont défiler pendant deux jours, selon le moment de passage vous avez du souci à vous faire, lassitude, fatigue, distraction, des personnes qui vous écoutent. Poseront-ils des questions ou resteront-ils muets ? De plus la dernière note reçue par e-mail vous notifie que la commission se basera principalement pour sa décision finale par rapport à « l’énergie développée à la diffusion de ce spectacle ». Diffusion qui ne peut se faire qu’un an minimum après la création de celui-ci. Vous connaissez beaucoup d’acheteurs qui risquent leurs deniers sur un spectacle qu’ils n’ont pas vu ? Vous allez me répondre oui ; sauf que je ne m’appelle pas Julien Clerc ou Juliette Greco. Vous touchez le nœud du problème. Comme tout un chacun vous avez des contacts certes mais des contrats signés rubis sur l’ongle pas vraiment. Oui là aussi c’est un métier, je suis d’accord, un métier satellite de celui que vous préférez, créer de l’imaginaire, interpréter des chansons, les faire vivre hors de l’écrit, alors qu’on vous demande avant toute chose  d’avoir un attaché-case au bout de la cervelle avant de songer à une création de spectacle.  Je suis apparemment d’un autre monde.

Pour finir une  anecdote :

Une représentante de la D.R.A.C. rencontrée entre quatre piles de dossiers, un rendez-vous zappé et un état d’anxiété non expliqué, me déclare tout de go « Nous ne subventionnons aujourd’hui que les Compagnies qui se mettent en danger ! »

C’est quoi se mettre en danger ? Ceux qui décident d’avoir choisi ce métier ou ceux qui derrière leur fonction font la pluie et le beau temps sur la tête des intermittents ? Tiens une rime pour la route qui doit nous conduire toutes affaires cessantes à nous mettre en danger jusqu’à l’âge de soixante-dix ans, alors que la porte nous est grande ouverte pour que nous changions le fusil d’épaule.

Les seuls à se mettre en danger ce sont ceux qui m’accueillent pour cette création et moi le petit soldat, trop vieux pour perdurer face à cette guerre d’usure,  convoqué au tribunal des subventionneurs bien calés dans leurs fauteuils de juges, prêts à faire tomber le couperet final, je suis encore vivant.

Quel talent is’n’it ?

Salut et fraternité                                    

Anonymus, 13 décembre 2008



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