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Happy Birthnight ! ("à la manière de... Léo")
Les jours que l’on prétend anniversaires, je me dis que je m’en fous
des balises-cimetières.
Avec la mort dans ce qu’il me reste d’âme, avec ce nihil chevillé au corps, je m’en viens visiter la
désespérance des regrets sans remords.
C’est un joli mot « la désespérance », c’est l’absolu du désespoir avec un zeste d’élégance.
Je suis un vieux greffier de soixante-deux balais qui balaiera devant vos portes, vos alibis,
vos mensonges, vos reniements, vos illusions flouées, balayées par le zef du quotidien, vos vestes
retournées comme gueilles à gringonner et vos rêves de cloportes.
Le courbe et le flexible chez vous sont génétiques.
A vivre courbé, on pense en rond. La trahison est une question d’habitude, elle
devient vite la norme et la norme vous adorez.
Les usuriers abhorrés du Moyen-age sont devenus des banquiers vénérés.
Et vous l’acceptez comme tel, telle une normalité.
Normal, vous ingurgitez la publicité et vous y croyez.
Mieux : cette réclame, vous la réclamez.
Le Normal c’est votre confort.
C’est lisse, sans aspérité, insipide, anonyme.
On s’y vautre, on y rote et l’on vote.
Et l’on délègue ses pouvoirs au meilleur ami des banquiers sus-nommés.
C’est pourquoi je vis toujours ailleurs pourvu que vous n’y soyiez point.
Si par malheur vous y étiez, je reviendrais ici, loin de vos lointains.
Je regarde s’éterniser les secondes et défiler les années.
Surtout, surtout ne pas se retourner ! Hier est un musée de regrets.
Si demain c’est la mort programmée, le passé se prélasse dans son formol.
Demain sera peut-être ( peut-être ! ) un autre jour, mais hier c’est inéluctablement la nuit.
Ne regardez jamais les vieux films de votre enfance, continuez à les coloriser
dans vos mémoires car ils ne sont que de sordides navets.
Les souvenirs sont des bouffe-présent et des tue-l’avenir.
Grâce à eux tout rêve est un cauchemar.
Laissez-moi donc rêver dans l’oubli !
Rêver à la postérité des saltimbanques et des insoumis
A priori la postérité est une imposture.
Si je m’en fais une posture c’est pour me rassurer, je vous l’assure.
La postérité c’est la possible immortalité des athées.
Je doute, donc je suis.
De loin.
J’ai le syndrome du chevau-léger, toujours à côté, toujours en marge,
à peine compagnon de route, plutôt compagnon de sentier, comparse de venelle.
A tel point que lorsque la marge s’élargit et gagne sur la page, je vais voir ailleurs si j’y étais.
L’ennui c’est que je n’y suis jamais allé.
Joan Pau Verdier
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