aux internautes visiteurs du site Chanson Rebelle.
Artiste du Nord, j’ai engagé avec le Collectif C’sur qui aide les migrants sur Calais, une action de solidarité pour soutenir les actions de solidarité de ce collectif qui agit depuis de longues années pour libérer l’étau de la souffrance qui enserre les migrants. Je fais tourner une expo sur leur situation et leur engagement sur mes lieux de concerts (trop rares encore), j’ai également décidé de reverser 5 euros sur la vente de mon album (c’est l’avantage de ne pas être chez un requin du disque). Bien sûr, je suis content de m’engager dans cette action même si, à ma petite échelle, cela peut paraître peu de chose. Pour autant, ce n’est pas la taille qui fait l’engagement.
Bref, comme eux j’ai décidé de devenir un délinquant de la solidarité.
Nous avons lancé cette campagne de solidarité avec le journal l’Humanité. Il a fait une présentation de nos actions, relance régulièrement ses lecteurs pour l’achat de l’album et nous a invités à lancer cette campagne sur la scène du parc des expositions de Montpellier à l’occasion de la fête de l’Humanité grand sud le 16 mai dernier. Nous jouerons également sur la scène Agora à la fête de l’Huma à Paris en septembre.
Nous sommes en discussion avec le Channel à Calais pour organiser en fin d’année un concert de soutien, gratuit (hors frais de déplacement) au Collectif C’sur et aux migrants.
Je suis à la recherche d’ami(e)s, d’une équipe, une famille, un front… qui nous aident à donner de l’ampleur à cette action. Ne sachant pas précisément quoi vous demander, je décide donc de tout vous demander.
Aux artistes de proposer aux programmateurs de nous accueillir en première partie de vos concerts, de faire une petite vidéo de témoignage de solidarité (même si elle n’est pas de bonne qualité) que nous pourrions mettre sur notre site. Aux copiné(e)s, aux partenaires, aux lieux de diffusions aidez nous à organiser un tour de France de la solidarité avec d’autres artistes référencés sur le site Chanson Rebelle.
Aux visiteurs –et plus de 200 000 visiteurs ça a de la force quand même- tanner les diffuseurs, les élus de chez vous pour qu’ils organisent eux aussi des concerts de solidarité et participent à ce tour de France. Envoyez le lien du site de MEMO : http://www.memochanson.fr à vos proches, à vos ami(e)s… pour qu’ils puissent participer à cette campagne de solidarité.
Enfin, à vous tous, à mon ami Gérard, sollicitez-moi, donnez moi des idées d’actions pour faire encore mieux vivre la solidarité.
Je vous laisse maintenant avec le texte que j’ai écrit suite à ma visite à Calais le mois dernier, avec une pensée pour Mohamed et ses petits frères.
Amicalement,
MEMO
Une journée à Calais
Il y a plusieurs années alors que je m’approchais de Calais par l’autoroute, j’y ai vu des hommes et des femmes qui la longeaient, ils semblaient perdus. Un peu plus loin, je me suis arrêté dans une ville et là, assis sur un banc, deux migrants se tenaient par la main. J’ai tout de suite pensé à la chanson de Georges Brassens « Les amoureux du banc public ».
En rentrant chez moi ce soir-là, j’ai écrit une chanson où j’imaginais une histoire à ces deux migrants. Cette chanson qui figure sur mon album a été entendue par quelques bénévoles d’associations calaisiennes et par le collectif «C’sur », ils y ont été sensibles alors je leur ai proposé de l’utiliser s’ils le voulaient.
C’était un début mais ça ne me paraissait pas suffisant, il fallait que je donne un sens à cette chanson. Avec Serge, mon manager, nous sommes donc allés passer une journée à Calais pour rencontrer les bénévoles et les migrants.
Nous avons passé la matinée avec les bénévoles (certains actifs depuis 15 ans) pendant qu’ils préparaient le repas pour la distribution de midi. Et nous avons discuté avec Martine qui nous explique la situation pour les migrants, les bénévoles et les difficultés qu’ils rencontrent.
Dans l’entre-fait deux migrants arrivent au local où se préparent les repas, ils viennent juste d’arriver ici à Calais et n’ont rien mangé depuis 2 jours. Les bénévoles leur donnent de quoi tenir jusque midi et leur expliquent où venir le midi pour la distribution. Ces migrants sont heureux d’arriver enfin à Calais car ils imaginent pouvoir passer le soir même en Angleterre ; alors on leur explique que le passage ne se fait pas si facilement et qu’il y a beaucoup de migrants ici, que certains sont là depuis des mois et que le passage est très difficile.
En effet, nous pourrons constater plus tard dans la journée le dispositif impressionnant mis en place sur les quais d’embarquement : il faut d’abord pouvoir franchir pas moins de trois clôtures de trois mètres de haut avec du fil barbelé « lame de rasoir » à leur haut, chacune de ces clôtures est surveillée par caméra et détecteur de chaleur ; puis chaque camion passe par un détecteur de CO2 qui permet de savoir si une quelconque personne respire à l’intérieur ; parfois même certains camions sont pris au hasard et passent entre deux énormes panneaux qui ne sont autre que des scanners spéciaux; enfin il y a un passage où des caméras permettent de visionner le dessous des camions.
Bref, en voyant cela je comprends pourquoi il n’y a que très peu de migrants qui arrivent à passer de l’autre coté de la Manche.
Vient ensuite la distribution sur une place de Calais, il pleut et il y a beaucoup de vent.
Certains migrants sont déjà là depuis un bon moment, nous dit-on. Les repas sont servis depuis une camionnette, la police est là, qui guette. Les migrants arrivent d’un peu partout, ils sont jeunes pour la plupart, entre 15 et 25 ans. Deux longues files se mettent en place, la distribution va pouvoir commencer.
Quelques uns arrivent blessés, sûrement une chute d’un camion ou une mauvaise coupure mal soignée, ceux là, et les femmes, passent en premier tout naturellement aidés par d’autres qui les soutiennent jusqu’à la camionnette. Puis ils s’installent un peu partout avec leur gamelle de repas chaud.
Difficile de savoir combien ils sont, peut être 500, à venir ici chaque jour pour se restaurer.
L’après midi, nous rencontrons un homme retraité que j’appellerai André par souci d’anonymat. Il nous emmène voir l’association Salam qui s’occupe de la distribution des repas du soir. Ils sont une petite dizaine à éplucher, cuire, emballer pour que tout soit prêt pour le soir.
Ensuite, nous partons avec André rencontrer un petit groupe de Palestiniens et d’Egyptiens qui squattent sur des quais d’embarquement d’un ancien entrepôt. Tandis que nous discutons, l’un d’eux a les yeux rivés au dessus de l’épaule de Serge… on lui demande où se trouve l’Angleterre et bien sûr il braque son doigt au-dessus de l’épaule de Serge. En effet de là où ils sont, quand le ciel le permet, on peut apercevoir la côte anglaise à peine à 35 kilomètres de là.
L’un d’eux a 55 ans, il nous explique qu’il est désespéré car il a emprunté près de 15000 euros pour arriver jusque là, qu’il s’est fait arrêter en Italie et que quoiqu’il fasse on le renverra en Italie (La loi européenne prévoit, en effet, un retour dans le premier pays où la personne a été contrôlée. L’Angleterre, qui n’a pas signé ces accords de Schengen, a le droit d’expulser vers le pays d’origine des migrants, qu’importe les guerres, les famines…) il ne pourra pas non plus retourner dans son pays car il ne peut pas rembourser sa dette, et que pour eux la parole donnée vaut bien plus qu’un contrat signé ici.
On apprendra aussi que demain un calaisien viendra chercher trois d’entre eux pour les emmener chez lui afin qu’ils puissent prendre une douche, chose qu’ils n’ont pas pu faire depuis 3 mois. André nous explique que ce calaisien prend de gros risques aux yeux de la loi, car il peut être inculpé pour délit de solidarité. En effet, on tolère que les bénévoles aident les migrants à survivre, ils peuvent leur rendre visite mais ils n’ont pas le droit de les emmener chez eux. Les associations ont demandé qu’on leur mette un terrain à disposition pour pouvoir y installer des douches, la demande n’a pas été refusée mais le terrain proposé se trouve à 15 km de là …..
Nous partons ensuite à la rencontre d’un camp de Soudanais ils sont une quinzaine groupés autour d’un feu, ils ont froid. Ils nous expliquent qu’ils sont ici parce qu’ils ont fui la guerre, certains ont tout perdu y compris leur famille, ils n’ont plus d’autre choix que d’essayer de passer en Angleterre pour y trouver une vie meilleure. En attendant, ils survivent ici. Ils sont assez autonomes car certains sont venus en France avec toutes leurs économies et font vivre ce petit groupe. Tout ce qu’ils veulent c’est, pour certains poursuivre leurs études, pour d’autres pouvoir continuer à exercer leur métier qu’ils ont abandonné à cause de la guerre.
Vient ensuite le camp des Afghans, qu’on appelle la Jungle. Ils sont environ 600 sur un terrain vague à vivre dans des cabanes de fortune faites de bric et de broc, ils vivent entre 5 et 10 par cabane.
A l’entrée du camp, nous rencontrons Mohamed, 23 ans et ses « colocataires ». Avec eux nous rencontrons aussi un homme que j’appellerai Barnabé, un « marginal » calaisien que les migrants ont pris sous leur protection. C’est étonnant comme les rôles peuvent vite s’inverser ! Barnabé les aide lui aussi de son mieux en emmenant leur linge sale pour le faire laver en ville.
Mohamed est tout sourire, il nous explique comment il a fui son pays pour ne pas se faire enrôler par les Talibans Il n’avait pas d’autre solution, soit il était enrôlé par les Talibans soit il était exécuté… drôle de choix ! Alors, il a fui et maintenant il ne rêve que de passer en Angleterre pour trouver un travail et pouvoir envoyer, à ce qui lui reste de famille, de quoi subsister. Parmi les colocataires de Mohamed, il y a aussi Ali un petit bonhomme de 13 ans qui est arrivé ici avec son grand frère, qui, lui, a réussi à passer en Angleterre, mais Ali, lui, n’a pas eu cette chance ou cette force : il est tombé du camion et reste seul désormais avec ses compagnons de galère depuis 2 mois. Avant de quitter Mohamed et ses colocataires pour continuer notre visite dans la jungle, celui-ci nous demande de repasser plus tard pour prendre le thé, nous repasserons donc tout à l’heure.
Un peu plus loin dans la jungle, nous apercevons une cabane bien plus grande que les autres et autour de laquelle sont plantées des fleurs, et devant se trouvent des chaussures : c’est leur mosquée, ils l’ont fabriquée ensemble afin de pouvoir continuer à pratiquer leur religion.
Nous apprenons aussi qu’ils ont maintenant depuis une semaine une fontaine d’eau à leur disposition à l’entrée du camp. Auparavant, ils allaient se fournir en eau chez un entrepreneur voisin.
Parmi eux, il y a un comique qui vient nous voir et se met à chanter pour faire rire ses camarades, j’avoue qu’à nous aussi cela fait du bien de rire un peu, car depuis ce matin nous croisons tant de détresse et à la fois tant d’espoir dans les yeux des migrants qu’on en oublierait presque de leur transmettre un peu de réconfort.
En migrant très jeune lui aussi se joint au groupe, il a le visage brulé : il a voulu passer dans un camion mais celui-ci transportait des produits chimiques qui lui ont brûlé la peau. Nous les saluons tous et nous repartons comme promis voir Mohamed pour le thé.
Quand nous arrivons, Mohamed est en train de se coiffer devant un petit morceau de miroir brisé, il a enfilé son costume et avec ses colocataires ils ont nettoyé du mieux qu’ils le pouvaient leur cabane pour nous y accueillir. A ce moment, Serge et moi sommes émus par tant d’attentions, si émus qu’il nous est difficile de contenir nos larmes, mais non, nous n’avons pas le droit de craquer face à ce moment inoubliable. Nous nous installons dans cette cabane dans laquelle on ne peut pas se tenir debout. Au beau milieu trône un réchaud sur lequel se trouve une grosse boite de conserve qui leur sert de casserole, et d’où une délicieuse odeur de thé se dégage. La discussion suit son court dans la cabane, Mohamed savait avant de venir en France que ce serait difficile, il le dit à ceux là-bas qui veulent aussi tenter leur chance, c’est une question de survie nous dit-il. Un téléphone sonne c’est celui de Mohamed. Au bout du fil, c’est le grand frère d’Ali qui vient aux nouvelles. Il est content Ali quand il revient dans la cabane, la communication n’a duré que très peu de temps, il n’a ni bonne ni mauvaise nouvelle mais ces quelques instants passés au téléphone avec son grand frère lui ont donné du baume au cœur.
Après cette leçon de dignité et d’espoir, nous repartons vers la voiture, je regarde l’heure et je comprends que Mohamed ce soir ne sera pas allé à la distribution du repas pour nous accueillir chez lui et nous offrir tout ce qu’il avait à nous offrir. J’espère qu’un jour il pourra vivre en paix quelque part dans le monde et qu’il pourra faire venir sa fiancée qui attend là bas de pouvoir le rejoindre. J’espère aussi qu’on ne rasera pas cette jungle comme nous en avons entendu parler et qu’on leur laissera ce petit bout de terre perdue à quelques kilomètres de ce qu’ils pensent être le paradis sur terre.
Le soir, nous nous retrouvons avec des bénévoles de différentes associations pour réfléchir à ce que nous pouvons faire pour les aider.
Quelques suggestions sont proposées mais il est difficile de trouver quelle opération mener pour venir en aide aux réfugiés sans les mettre en danger et aussi sans mettre en danger les bénévoles. A l’heure actuelle, nous avons quelques pistes, comme une journée de débats, rencontres, concerts. C’est difficile mais nous avançons doucement.
En attendant, nous voulons continuer à être le relais des associations pour les migrants en emmenant à chacun de nos concerts une exposition photos sur le travail formidable et le combat journalier des bénévoles de Calais et sur ces réfugiés venus de partout dans le monde pour espérer pouvoir, un jour, se poser enfin et vivre en paix tout simplement.
Texte de Mémo, Juin 2009, avec tout mon soutien, Gérard Gorsse
Mémo ne baisse pas la garde pour la défense des migrants, mon respect et mon soutien pour ta loyauté et ton combat. Mémo persiste et signe pour le soutien des migrants, alors si vous avez un texte qui pourra être lu lors du prochain spectacle de soutien par des comédiens, vous pouvez l’envoyer à Mémo
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et pour les chanteurs habitant à proximité de Calais allez pousser un coup de gueule en chanson :
Gérard Gorsse, Octobre 2009
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