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Quatrième lettre ouverte à Monsieur le Ministre de la Culture

 

 

                                                                                            Saint Paul en Jarez, le 19 janvier 2010

Monsieur le Ministre de la Culture,

J’ai reçu une réponse de M. Lucien Giudicelli, dont vous trouverez une copie en annexe, suite aux différents courriers que je vous ai adressés. Cette lettre  n’est qu’un accusé de réception et non une réponse aux questions que je vous ai posées. En conséquence je persiste dans mes requêtes afin qu’une véritable étude soit faite sur le devenir de la chanson française, pas celle dont les médias se font l’écho, non l’autre, celle que la culture actuelle semble ignorer.

En 2002, Jean Ferrat avait déjà posé des questions similaires dans un article du journal « Le Monde ».

Qui veut tuer la chanson française ?

Par Jean Ferrat

« Oui ou non, le service public a-t-il pour mission (entre autres) d’informer de la création contemporaine en respectant la diversité des genres, des styles, des écoles ? On se pose beaucoup la question, ces temps-ci, à propos du cinéma. Eh bien, moi, je voudrais la poser brutalement, la question, à propos de la chanson française. Après bien d’autres tentatives, j’avais déjà essayé de la poser, en février 2001, en écrivant à Michèle Cotta, directrice générale de France 2. C’était au sujet d’Isabelle Aubret et du véritable boycottage (pour ne pas dire plus) dont elle était victime sur cette antenne. Devinez ce qui arriva. Rien. Je n’eus pas même l’honneur d’une réponse. Isabelle Aubret a dû commettre de grands crimes : elle a eu aussi un problème avec la radio France-Inter. Invitée à la même époque dans l’émission de Stéphane Bern pour présenter son nouveau disque et parler de Bobino, elle voit sa participation annulée. Sans raison. Sur ordre de la direction. Ce n’est qu’après mon intervention auprès de la présidence de Radio-France qu’elle est autorisée, sans la moindre interview, à chanter une chanson dans ladite émission. Certes, elle a été invitée en décembre 2001 par Pascale Clark dans « Tam-Tam, etc. ». Mais l’émission a lieu sans qu’une seule de ses chansons soit diffusée. Il faut que les présidents des sociétés audiovisuelles sachent ; il faut que le Président du Conseil supérieur de l’audiovisuel sache ; il faut que la ministre de la culture, Catherine Tasca, sache ; il faut, enfin et surtout, que le public sache avec quel mépris on peut traiter, dans les médias publics, une artiste respectable. Et elle n’est pas la seule. Ces responsables divers et variés, je les interpelle. Est-ce qu’ils se rendent compte que les petits marquis qui font la loi dans la programmation réduisent totalement au silence des pans entiers de la création française ? Ont-ils conscience de cette aberration : dans notre pays dont on peut écrire l’histoire par la chanson, le seul fait de prononcer actuellement ce nom vous ferait passer pour un homme des croisades ? Est-il venu à leurs oreilles, à leur conscience que, s’il est bon de s’enrichir des musiques et des cultures du monde, nous sommes un certain nombre à dire non au rouleau compresseur, au monopole imposé du métissage totalitaire et du raz de marée anglo-saxon ? Enfin, ne croient-ils pas que l’exception culturelle qui a sauvé le cinéma français et dont certains veulent la disparition devrait aussi s’appliquer à la chanson ? Seule, elle permettrait la diversité et donnerait la possibilité de se faire entendre à tous ceux qui sont systématiquement écartés des antennes. Je sais ce que l’on va m’objecter : la loi sur les quotas imposés de chansons françaises dans les programmes répond à la question que je pose. Non, cent fois non car elle n’a pour effet, le plus souvent, que de multiplier les diffusions d’artistes qui le sont déjà largement sans cela. Rappelons-nous l’étonnement même de Francis Cabrel qui trouvait anormal, il y a quelques années, que le titre-phare de l’un de ses albums ait été diffusé plus de dix mille fois en un an sur les différentes radios ! L’ignorent-ils, ces responsables divers et variés ? Ils existent ceux qu’ils ne connaissent pas, ils vivent, ils écrivent, ils chantent souvent depuis des années, en France, à Paris même, les héritiers des Couté, Bruant, Rictus. Oui, messieurs, ils chantent dans ces petits lieux aléatoires en subsistant comme au XIXème siècle : en faisant la quête ! Qu’ils aillent donc les écouter, les voir les Christian Paccoud, les Bernard Joyet, les Philippe Forcioli, les Allain Leprest et des dizaines et des dizaines de vrais auteurs, de vrais créateurs condamnés au silence sur leurs ondes. J’allais dire sur nos ondes. S’ils sont dignes par eux-mêmes, ils ont droit eux aussi d’être reconnus, dignes d’exercer leur art et d’être diffusés normalement. Ne laissez pas s’éteindre la petite flamme vacillante de la chanson d’expression française. Elle résiste. A vous de la préserver, de la transmettre. Vous en avez non seulement le pouvoir, mais le devoir. »

Jean Ferrat

 

Nous n’avons guère avancé depuis huit ans, et même régressé, pour preuve l’absence de diffusion de chanson française intelligente dans les médias en comparaison de la chanson ringarde distillée à longueur d’antenne, et je parle ici de culture

Une réflexion est menée actuellement au sein de votre ministère (dixit la réponse à mes courriers). Je pense qu’il est évident que vous devez y associez  les principaux intéressés, à savoir les chanteurs eux-mêmes, du moins ceux à qui les médias n’accordent aucun crédit, et ceux qui sont des références de mémoire en la matière.

Les différents courriers que je vous ai adressés ont été publiés sur mon site en lettres ouvertes comme je vous en avais informé, et j’ai reçu de multiples appels téléphoniques et courriels qui prouvent que le sujet est brûlant et non traité, les différents ministres qui se sont succédés depuis quelques décennies n’ayant accordé aucun crédit à nos remarques et revendications, et que nous n’avons pas avancé sur la reconnaissance de la chanson comme art à part entière.  

Nous aimerions par ailleurs connaître le coût de la restauration des colonnes de Buren, afin d’avoir un élément de comparaison sur les investissements du ministère de la culture. Cette demande est légitime, car tout citoyen a le droit de savoir comment est dépensé l’argent public.

D’autre part je vous demande si vous avez visité le site « Chanson rebelle » à l’adresse : http://www.chansonrebelle.com. Le mot « Rebelle » étant pris au sens étymologique du terme.

Prochainement je vous ferai parvenir un manifeste, synthèse des propositions de chanteurs et d’inconditionnels de la chanson de tradition et d’expression. Je vous rappelle que maintes chansons ont été le témoin de leur temps, comme « Les canuts » d’Aristide Bruant, « Le temps des cerises » de Pascal Clément, « L’affiche rouge » de Louis Aragon mise en musique et interprété par Léo Ferré, « Mai 68 » de Léo Ferré, et tant d’autres dont la longue liste justifie l’intérêt que votre ministère devrait leur accorder, y compris le rap et le slam en évocation de ce que vivent les jeunes des banlieues. Certains enseignants utilisent d’ailleurs ces textes de chansons comme support pour faire connaître de manière dynamique l’histoire de notre pays.

En résumé, les questions essentielles résident en :

-    Comment le ministère compte associer les partenaires éventuels à la réflexion sur le thème de la chanson française ?
-    Comment va évoluer le statut des intermittents du spectacle ?
-    Quelles dispositions le ministère compte prendre pour accorder une place plus importante à la chanson de conviction et d’expression dans les médias publics ?
-    Quels financements publics seront investis pour promulguer une chanson autre que la variété ?

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations distinguées et celle de ma légitime colère.


Ci-dessous une copie de mes précédents courriers et la réponse de M.Lucien Giudicelli.


                                                                                         Saint Paul en Jarez, le 7 décembre 2009

Monsieur le Ministre de la Culture,
 

Permettez qu’en préambule je vous fasse part de mon agacement face à votre silence, en effet il est d’usage de répondre aux courriers qui nous sont adressés, ce qui n’est pas votre cas. Je me suis permis de téléphoner à votre ministère, et mon correspondant m’a confirmé que mes deux précédents courriers avaient bien été enregistrés sous la référence OBF/CC/5468

Vous avez ces derniers temps posé des premières pierres de temples de la culture, alors que le patrimoine de la chanson française est en train de sombrer dans l’oubli.

Je réitère donc mes questionnements concernant la chanson française, car nos enfants ont droit à l’éducation, et que la découverte de chanteurs qui ont marqué de manière historique leur époque ont le droit d’être cités. Ceci vaut également pour le public adulte maintenu dans l’ignorance dans un paysage audio-visuel qui compte plus ses écus qu’il ne veille à la qualité de ses programmations.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations distinguées et celle de ma légitime colère.

Ci-dessous les précédents courriers que je vous ai adressés.

                                                                                      Saint Paul en Jarez, le 27 septembre 2009

Monsieur le Ministre de la Culture,

Je vous ai fait parvenir un courrier, le 6 juillet 2009, concernant la situation de la chanson française de conviction et d’expression, et le statut des intermittents du spectacle.

Depuis cette période j’ai eu l’occasion de rencontrer bon nombre de ces chanteurs qui sont des créateurs et non des marchands se soupe qui vendent leurs chansons de manière mercantile. La poésie de leurs textes et la qualité musicale de leurs créations, ainsi que la conviction de leur interprétation font que leurs prestations, auxquelles j’assiste régulièrement, ne laissent pas insensible un auditoire populaire.

Vous avez déclaré à un journaliste que vous alliez vous pencher sur le statut des intermittents du spectacle, or nous ne voyons aucune avancée d’une éventuelle refonte.

La revue Chorus vient de mettre la clef sous la porte et de nouveaux lieux de spectacles itou. Beaucoup de chanteurs émargent aux aides sociales ou font des petits boulots pour simplement vivre, et ce, de manière précaire.

Je vous redemande donc d’accorder quelques crédits à ma requête, en souhaitant toutefois que vous daigniez répondre, ce qui me paraît légitime compte tenu de vos fonctions, à ce nouveau courrier.

Ce courrier est une lettre ouverte qui sera publiée sur le site.

Comptant sur votre réponse, que je ne manquerai pas de publier sur le site, veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations distinguées, et de ma colère.

« P.S. Ci-dessous la copie du premier courrier que je vous ai fait parvenir le 6 juillet 2009. 

Monsieur le Ministre de la Culture, 

Voila plus de sept ans que j’anime bénévolement un site sur la chanson d’expression et de conviction, et cela m’a permis d’être très souvent en contact avec des chanteurs que les médias boudent car ils ne sont pas rentables financièrement. Ils m’ont fait part de leurs remarques et réflexions sur leur statut, la place de la chanson française dans notre société, la position des collectivités locales et territoriales, ainsi que les lois promulguées et le silence des différents ministères de la culture qui se sont succédé depuis quelques décennies.

Je voudrais me faire leur porte-parole car les nombreux témoignages des chanteurs que j’ai recueillis et la confiance qu’ils m’ont accordée, compte-tenu du contenu du site, m’y autorise.

En ce qui concerne les constats :

-    Dans le système actuel, il semble illusoire qu’un chanteur puisse disposer d’une salle de spectacle pour se produire, car nous sommes dans un système d’économie de marché dictée par la société d’économie libérale. Si d’aventure un chanteur voulait se lancer dans cette aventure, il devrait louer la salle, se munir d’une assurance, payer un service d’ordre, la facture des affiches, une régie lumière et une régie son, les musiciens accompagnateurs intermittents du spectacle (y compris les heures de répétition), les frais de déplacements, de nourriture et d’hébergement. Je pense que cette hypothèse est hors de portée de la bourse de bon nombre de chanteurs non distribués par les maisons de production.

-    Certains d’entre eux se sont mis en association pour faire face à d’éventuelles demandes de subventions locales, régionales ou nationales. Il en ressort que bien souvent les subventions accordées à la création « chanson » se font de plus en plus rares, soit parce qu’elles ne rentrent pas dans les désirs des commissions qui préfèrent s’intercaler dans des gros projets de prestige, soit parce qu’il est demandé pratiquement avant toute création d’avoir vendu au minimum une trentaine de spectacles pour sembler digne d’intérêt.

-    Le statut d’intermittent du spectacle est un leurre, car si l’on considère uniquement le temps de passage sur une scène, à comparer avec celui de création, d’écriture, de répétition, nous obtenons une équation complètement gommée par la loi, et qui pourtant est une triste réalité pour bénéficier d’indemnités des A.S.S.E.D.I.C. Depuis ces dernières années, bon nombre de ces chanteurs n’ont pas obtenu le nombre d’heures nécessaires et ont donc perdu leur statut d’intermittent.

-    Egalement la disparition des petits lieux de spectacles qui ont dû fermer faute d’aide publique, ou parce qu’ils n’ont pas la licence « d’organisateurs de spectacles » exigée par la loi, ne fait que restreindre les possibilités de se produire pour les chanteurs autoproduits ou n’étant pas produits par des maisons de productions.

-    Globalement, ne peuvent vivre de leur art que les chanteurs produits, ne laissant aucune chance à ceux qui ne le sont pas.

-    Devons-nous considérer que la chanson n’est même plus un art mineur, mais purement un produit de consommation comme la lessive ou les produits surgelés ? Je ne suis pas loin de le croire, alors que je découvre régulièrement des chanteurs de tout âge à l’écriture ciselée, aux musiques élaborées et dont l’interprétation touche au cœur et à l’esprit. La question est de savoir quelle est la position du ministère de la culture pour la défense de cette chanson française dont quelques exemples illustrent les manuels scolaires, et sur la diffusion sur les chaînes publiques d’une chanson de qualité.

-    La chanson « Lily » de Pierre Perret ou « Nuits et brouillards » ont été plus efficaces que mille discours, ce qui prouve que la chanson peut-être autre chose qu’une rengaine commerciale.

-    Il y a encore beaucoup de questions sur le rôle des différents responsables et institutions, qui seraient trop longues à énumérer dans ce courrier, une pourtant me parait évidente, pourquoi une académie française alors que la langue de Molière est régulièrement massacrée dans les chansons les plus médiatisées.

-    La question est de savoir quelle est la position du ministère de la culture, que vous représentez maintenant, pour la défense de cette chanson française. Avez-vous le projet de favoriser la diffusion sur les chaines publiques de cette chanson de qualité ?
Monsieur le Ministre, à ce stade de mon questionnement, je vous invite d’abord à visiter mon site, ensuite à vous positionner sur ce sujet.

Ce courrier est une lettre ouverte qui sera publiée sur le site.

Comptant sur votre réponse, que je ne manquerai pas de publier sur le site, veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations distinguées, et de ma colère. »


 Signature1.jpg
"Que rebelle soit la chanson"



  Commentaires (1)
1Les chants les plus beaux sont toujours
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 28-01-2010 21:26

Bravo et merci pour votre combat, Gérard. Qu'il vous soit payé du mépris absolu des potentats de tous bords ne le rend que plus beau, même si désespéré.

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