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Accueil arrow Dossiers arrow Gérard Lôo, attaché de presse de Jean-Pierre Réginal

 

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Interview de Gérard Lôo 
 

Après plusieurs échanges téléphoniques et mails avec Gérard pour la création de la page de Jean-Pierre Réginal, j'ai éprouvé le besoin d'interviewer ce fin connaisseur de la chanson d'auteur, d'expression et de conviction, car il avait des tas de choses à dire, à transmettre, et j'ai ressenti une certaine fraternité. 

 

Chanson Rebelle : Depuis 1985, quels sont tes rôles et tes rapports avec Jean-Pierre Réginal ?

Gérard Lôo : Je travaille pour Jean-Pierre depuis début 1986 pour être exact, après notre rencontre au Théâtre de Paris, où Jean-Pierre assurait la première partie de Cora Vaucaire, pendant tout le mois de décembre 1985.

Je connaissais le chanteur depuis 1970, par la radio où sa chanson "Les mots s'en vont" eut à sa sortie un succès national. Et notre première rencontre date du 15 août 1971, dans un village du Berry où Jean-Pierre était "la vedette" d'une journée festive avec groupes folkloriques, majorettes et bal populaire. Le temps de quelques mots échangés et d'une dédicace. Puis nos chemins se sont séparés, et je n'ai entendu parler de Jean-Pierre que très épisodiquement dans les médias. Je pensais même qu'il avait arrêté de chanter quand, en 1982, je vis son affiche, dans les rues de Paris. Il était programmé dans un petit cabaret du 14ème, L'Ecume, mais c'était le dernier soir, impossible de m'y rendre.

Nouvelle éclipse de quelques années jusqu'à ce mois de décembre 1985 où je découvre par hasard, en feuilletant l'Officiel des Spectacles, qu'il était à l'affiche du Théâtre de Paris, avec Cora Vaucaire pour laquelle je voulais réserver.

En rupture de maison de disques, il n'avait plus personne pour l'aider et je lui ai proposé de mettre à sa disposition ma structure administrative, et ensuite de faire pour lui un peu de "démarchage commercial" ... Et voilà ... Depuis 25 ans nous cheminons ensemble, j'assure le suivi administratif de ses engagements, je prospecte, je fais la promotion des spectacles. C'est un peu un rôle d'intermédiaire et de liaison entre l'artiste, ses employeurs, la presse et le public, d'attaché de presse et de secrétariat en même temps.

Mais ceci n'est rien, et ne serait pas si, avant tout, il n'y avait pas une évidente complicité amicale profonde et solide entre nous.

C.R. : Comment expliques-tu que Jean-Pierre ne soit pas plus connu ?

G.L. : La réponse à cette question ne peut être univoque. Il y a sans doute plein de raisons diverses à ce déficit de popularité auprès de ce qu'on appelle "le grand public".

Le facteur chance est à prendre en considération, c'est évident, et les erreurs de l'entourage d'un artiste aussi.

Quand un premier disque, avec  "les mots s'en vont", est pris en programmation officielle - la fameuse play-liste aujourd'hui - dans trois des quatre grandes radios nationales, et que, pendant ce temps, il n'est  distribué qu'en Belgique, et qu'il n'arrivera sur le marché français qu'un an après, je me pose des questions.

Quand une grande maison de disques le signe, pour juste après annoncer qu'elle arrête la chanson française, je m'interroge.

Quand une autre maison de disques lui fait enregistrer un 33 tours magnifique, mais sans promotion véritable derrière, et ensuite lui interdit de récupérer des titres dont elle ne fait rien, je ne comprends pas.

Quand la vedette d'une émission télé fait, au dernier moment,  remplacer sa séquence par celle non prévue, d'un copain beaucoup plus connu, j'enrage.

Et puis il y a certainement les erreurs de l'artiste lui-même, les rendez-vous manqués, les instantanés, à saisir, qui ne repasseront pas.

Et le refus, très honorable, de quelques compromis ou compromissions.

C.R. : Que penses-tu de la chanson actuelle, celle diffusée dans les médias ?

G.L. : A quelques exceptions près, rien de bon. La programmation des médias étant à la solde des grands groupes qui ne signent les artistes que selon des critères de rentabilité immédiate, j'avoue que je n'écoute presque jamais la radio ni ne regarde la télévision, dont les émissions de variétés sont ineptes.

C.R. : Et la disparition progressive des petits lieux de concerts au profit des Zéniths ?

G.L. : Je n'ai jamais mis un pied ni risqué une oreille dans un Zénith. Je ne conçois pas un spectacle sans le sentiment d'un échange avec le(s) artiste(s). C'est vrai pour la chanson, la musique ou le théâtre. Pour moi, l'Olympia, c'est déjà trop vaste. Bien sûr, on comprend aisément qu'il est plus rentable de faire un soir à 5000 personnes que dix à 500. Cela élimine de facto les petites productions et les artistes pas assez connus, qui, de ce fait, n'ont pas accès aux médias pour se faire connaitre.

Boucle vicieuse...

Malgré quelques belles initiatives ça et là, les petites structures ont beaucoup de mal à survivre, les grosses productions occupant tout l'espace. Et comme, dans notre beau pays, on décourage les entreprises individuelles par les obligations administratives et les embûches règlementaires en tout genre, les bonnes volontés sont assez vite découragées.

Cela dit, si quelque mécène me propose de produire l'Olympia de Jean-Pierre Réginal, et assure la promotion qui va avec,  je signe des deux mains, évidemment !

C.R. : Crois-tu que le ministère de la culture ne devrait pas prendre des mesures pour que les chanteurs moins médiatisés puissent se produire comme ce fut le cas pour le quota des chansons francophones il y a quelques années ?

G.L. : Encore des quotas ! sur quels critères ? Non, je pense cette notion de quotas plutôt néfaste, surtout dans le domaine culturel. Et l'interventionnisme ne me convainc pas non plus, car il implique toujours des contreparties. Cela s'avère, à mon sens, contre productif.

Quant à se manifester, la puissance publique pourrait déjà reconnaitre officiellement la chanson d'auteur comme un vecteur culturel populaire, à part entière, et demander aux chaines (publiques évidemment) de rendre compte plus complètement de la diversité de la création dans ce domaine. Si les propositions faites au public reflétaient la réalité de la création dans sa diversité, le public pourrait véritablement choisir. Nous serions peut-être très surpris par ses choix. Le public saurait enfin qu'une certaine chanson n'est pas morte avec la disparition de Barbara, Brassens, Brel, Ferré, Nougaro ou Ferrat...

C.R. : Dans la jeune génération, il y a des chanteurs de qualité qui n'arrivent pas à émerger. N'as-tu pas peur qu'ils se fassent récupérer par le système pour survivre ?

G.L. : Je ne sais pas comment se faire connaitre, et perdurer, dans le contexte actuel de la chanson dont nous parlons. Le problème se pose déjà à la génération qu'on ne peut pas qualifier de nouvelle, post brélienne, avec cette ombre médiatique où sont plongés quelques artistes qui ne sont pas des "perdreaux de l'année", Michèle Bernard, Mouron, Véronique Pestel, Romain Didier, Gilbert Lafaille, Allain Leprest, Bernard Joyet, Jean-Pierre Réginal etc ... j'ajoute  Anne Sylvestre, Anne Vanderlove, Leny Escudero, Henri Tachan, Georges Chelon, Yvan Dautin qui ont pourtant su profiter, pendant un temps, de jours meilleurs.

C.R. : Comment vois-tu l'avenir de la chanson française ?

G.L. : Sur la création, je pense qu'il y aura toujours des auteurs qui sauront écrire et susciter les émotions par de jolis mots, qu'il y aura toujours des compositeurs capables de les faire voguer au plus profond de nous, et que l'adéquation d'un beau texte et d'une belle mélodie pourra nous faire chavirer, demain comme hier, à condition qu'on ne passe pas à côté, par méconnaissance de son existence. Et là c'est une autre histoire, moins rose.

Je ne suis pas inquiet pour le savoir faire des artistes, mais pour le faire savoir...

C.R. : Sur la toile on recense peu de sites qui présentent la chanson d'expression, qu'en penses-tu ?

G.L. : Peu de sites spécifiques sur la chanson d'auteur, c'est vrai. Mais quand même quelques blogs intéressants, commes ceux de Fred Hidalgo ou de Michel Kemper, ex journalistes de feu Chorus, le blog de Luc Melmont "Culture et Chanson", moins spécialisé, et quelques sites personnels qui n'ont pas toujours le temps de s'installer dans la durée. Et puis il y a Chanson Rebelle, le plus riche et le plus complet à ma connaissance à ce jour.

C.R. : Après la disparition de Jean Ferrat, et le trentième anniversaire de la disparition de Georges Brassens, les médias se sont déchaînés comme de bons nécrophages, penses-tu que cela est salutaire ?

G.L. : On peut trouver cela malsain, et en plus cela accrédite dans l'opinion l'idée que, après Brassens, après Ferrat, il n'y a plus rien... Mais au moins cela aura le mérite de faire connaitre quelques grandes chansons à la nouvelle génération, l'espace de quelques jours. Et puis il est pire, sans doute, que disparaissent dans l'indifférence médiatique quasi générale Jean-Claude Darnal, Ricet-Barrier, Claude Léveillée et avant eux Pia Colombo, Maurice Fanon, Jacques Debronckart, James Ollivier, ... ou mon ami Bernard Haillant.

C.R. : Si tu avais un voeu concernant la chanson que nous affectionnons tous deux, quel serait-il ?

G.L. : Qu'il existe de façon pérenne un espace à la télévision et sur les grandes radios pour qu'elle puisse s'exprimer, et que réapparaissent un Jacques Chancel et un José Artur pour la valoriser avec intelligence et liberté.

C.R. : Plus j'écoute les chansons actuelles, et plus je pense que la langue française est massacrée, qu'en penses-tu ?

G.L. : Mon cher Gérard, tu es impardonnable d'écouter cette chanson quand tu as, à portée d'oreille, tellement de belles choses sur Chanson Rebelle !

Chanson Rebelle, j'te kiffe grave !

A l'évidence, tu as raison, mais notre langue n'a pas besoin d'être chantée pour être massacrée aujourd'hui. Il suffit d'écouter nos journalistes, sportifs, hommes politiques, qui la "revisitent" allègrement et la mettent "au goût du jour".

Pour terminer sur une note plus optimiste, je voudrais souligner avec plaisir le succès d'Anne Sylvestre qui vient de faire salle comble à Paris (sans squatter les médias), la percée dans les médias et donc l'émergence auprès d'un vaste public de Juliette ou de François Morel (deux très beaux spectacles sur scène), la (trop) timide reconnaissance d'Allain Leprest, immense auteur, le succès de presque tous les spectacles hommages à Brassens, Barbara, Ferré ou Brel, dans des salles importantes, et la bonne santé de quelques festivals saisonniers ouverts à la chanson non crétinisante. Avec ça on doit garder espoir, puisqu'aussi "tout finit par des chansons".

Gérard Gorsse, Juin 2011



  Commentaires (1)
1Ecrit par Nathalie, le 05-09-2011 17:10

Un soir d'avril aux Rendez-vous d'Ailleurs, à Paris, beaucoup de monde et vous avez bien voulu répondre à mes questions pendant la dédicace de Jean Pierre Réginal. Je retrouve votre humour et votre distance avec le Show bizz et votre complicité avec Jean-Pierre et les artistes présents ce soir là. C'était pas triste ! Rien à ajouter vous avez presque tout dit ici. Et merci à Jean-Pierre pour ce beau moment d émotions (Les Mots s'en vont) et merci pour l'Affiche !

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