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"Entrer en scène"
Marc Servera /  Marc Servera
 
 
 
 
 

 

Avertissement : ce dossier sera étoffé au fur et à mesure que je recevrai les textes des personnes que j'ai sollicitées. De même si certains internautes éprouvent le besoin d'écrire un texte, envoyez-le moi accompagné d'une photo (cela est plus vivant et plus convivial).

 
Le monde de la chanson, un miroir aux alouettes ?
 

Je ne me posais pas cette question fin 1967 lors de mon premier spectacle, alors que j'allais avoir 18 ans, et à la fin de ma prestation un organisateur m'a remis une enveloppe avec plein de billets. Et dire que je n'avais chanté qu'une heure, cela m'a secoué, j'ai alors pensé aux copains qui bossaient à l'usine, et mon cachet équivalait à l'époque au tiers de leur salaire mensuel. Le concert était organisé par le parti communiste, et je partageais la scène avec Michel Corringe.

J'étais un jeune con, auteur-compositeur-interprète, et l'appât du gain, d'être applaudi, de bénéficier d'un rappel, d'être sous les projecteurs avec une sonorisation, félicité par des spectateurs que je ne connaissais pas, m'ont fait miroité des lendemains qui chantent, avec la reconnaissance d'un public, ma photo dans la presse locale, avec un article qui louait ma prestation.

Heureusement le spectacle suivant m'a remis les idées en place, pas de loge, un sandwich et une bière à la limite d'être gelée, tellement le froid était cuisant, une sono de patronage, aucun organisateur venu prendre de mes nouvelles. J'ai du pourtant assumer mon spectacle avec des crampes aux doigts tant la température était basse, tout comme le moral. Le public aussi se gelait et les applaudissements étaient timides, parfois inexistants. J'ai commencé à relativiser ma conception du spectacle.

Dans les années 70/80, les contrats avec les partis politiques, les M.J.C et le monde associatif se multipliaient, et avec bon nombre de copains chanteurs nous partagions des scènes sans faire de publicité sur le contenu de nos spectacles, les amateurs de chansons d'auteur étaient légions. Mais cela n'a pas duré. J'ai du prendre une décision, en tant que père de famille, j'ai continué à exercer mon métier d'éducateur que je n'avais d'ailleurs jamais abandonné, et de me produire en public en amateur.

Les choses ont bien changé depuis, on fabrique des chanteurs pubères par médias interposés, en leur laissant croire qu'ils seront des vedettes si ils suivent sagement les conseils des boîtes de production. On voit ce que cela donne, et c'est triste à en pleurer. Alors on massacre allègrement la langue de Molière, les musiques sont formatées, les interprétations fadasses, la présentation stupide, le tout lancé par des producteurs qui vendent des chanteurs comme un produit de consommation. Heureusement il y a encore des chanteurs d'expression et de conviction, mais pour eux la vie devient dure. Dans certains festivals Agnès Bihl, Thomas Pitiot, Sarclo sont présentés comme des chanteurs en émergence comme ce fut le cas lors des deux derniers festivals "Paroles et Musiques" de Saint Etienne, cherchez l'erreur.

Pour terminer par une note d'humour, une histoire révélatrice "le monde du spectacle est une grande échelle, au sommet de laquelle est l'affiche (petite allusion à Aznavour) il y a ceux qui montent et qui ont le vent en poupe, et ceux qui descendent qui sont les oubliés, qui par aigreur ou jalousie interpellent ceux qui grimpent en leur disant "A tout à l'heure".

C'est ça le miroir aux alouettes.

Gérard Gorsse, Juin 2011
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Petits lieux d’expression…
 

Notre Société évolue et pas forcément dans le bon sens. Je pense que la créativité qui est une forme de résistance n’est pas en cause mais que ce sont les systèmes de « distribution » des spectacles qui ont changé.

J’en veux pour preuve que lorsque les « Coquins d’accord » ont créé à Saint-Brieuc leur association il y a près de 30 ans il existait, en Bretagne, un très grand nombre de petits lieux d’expression - porteur de lien social qui plus est - pour les artistes. 

Aujourd’hui, même si il y a eu un renouveau la majorité d’entres-eux a disparu.

Cela est du, en grande partie aux contraintes qui leur ont été imposée du fait de l’obligation de mise aux normes sur les plans de la sécurité et de l’acoustique.

Il aurait fallu à ce moment-là, pour conserver, voire élargir le potentiel des lieux d’expression, cafés-concerts, cabarets et salles de spectacle…et pour permettre aux musiciens, chanteurs, créateurs de Bretagne (et d’ailleurs) de roder leurs  spectacles, de se former, pour leur donner la possibilité d’être mis en présence du public, de l’apprendre, de leur donner des aides concernant les travaux engagés pour répondre aux exigences prévues par les textes législatifs. Cela n’a pas été fait.

A cela s’est ajouté le fait que, depuis plusieurs années,  la vie associative en général et particulièrement culturelle pourtant porteuse de démocratie, a subi des attaques qui sont de nature à la mettre en péril.

De nombreuses collectivités territoriales mettent en place son « instrumentalisation » en se substituant souvent à elle, en étant les financeurs, les réalisateurs et les bénéficiaires en termes de valorisation d’image, de communication interne et politique. En étant juges et parties. 

Autre élément qui rejoint ce qui précède est le problème des «intermittents.»

Il  semble évident que certains métiers : techniciens, monteurs, éclairagistes… sont indispensables à l’existence et au développement des activités de la vie culturelle et connaissent pour la plupart d’entres-eux du fait de leur spécificité, une précarité certaine. Ceux-là, pour moi justifient pleinement du statut d’intermittent.

Il est tout aussi évident que nombreux soient les chanteurs, musiciens, acteurs qui font choix de vivre leur passion et de leur passion. Ceci pourrait d’ailleurs être élargi, si l’on suit le raisonnement, aux artistes peintres et autres plasticiens, voire auteurs et autres écrivains.

Cette volonté, ce choix ne leur attribuent pas pour autant le talent, la réussite ?

Il ne fait aucun doute, en prolongeant le raisonnement, que certains ont participé à «l’instrumentalisation» en route en acceptant d’entrer en quelque sorte dans la catégorie des artistes… subventionnés, fonctionnarisés. Ce qui n’est pas sain.

Déjà des institutions départementales ou régionales, se sont substituées, en leur coupant les vivres, aux associations organisatrices de spectacles en créant des structures dépendant directement de leur gestion. Grâce aux réseaux constitués entre les associations des collectivités, pour l’artiste «bien en cours» les tournées bien organisées existent.

Pour moi la solution est ailleurs.

Pour gagner leur vie les artistes avec ou sans talent, doivent pouvoir se confronter au public. Cela vaut particulièrement pour les musiciens, les chanteurs, les comédiens,… Or si les festivals existent, en grand nombre mais souvent avec les mêmes artistes,  ils ne suffisent pas à répondre aux demandes.

Il faut redonner possibilité d’exister aux « petits lieux d’expression. »

Gérard GAUTIER
Saint-Brieuc le 12 juin 2011
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«Il faut vraiment être complexé pour chercher à se grandir en montant sur une scène ! Tout ça pour tricher avec des mots, des musiques, des gestes ! Pour faire le faraud quand on tremble de partout ! Pour étaler la même émotion au même passage de la même chansonnette écrite en hommage à un chagrin à la con puisque séché depuis longtemps mais qui, sur le moment, avait donné du fil à retordre : c’est qu’il fallait choisir entre grelot et rigolo pour rimer avec sanglot !…

Pas facile, ça !… 

Pour provoquer le rire en pouffant soi-disant malgré soi ! Pour passionner avec une œuvrette régurgitée à la demande sous le coup d’une sincérité mécanique ! Pour déclarer son amour au cher public et lui livrer clef en main le rêve auquel il aspire, quand, en filigrane, c’est rassurez-moi, écoutez-moi, regardez-moi, aimez-moi, applaudissez-moi et filez-moi votre pognon ! Pour affirmer que c’est par respect de ce public que l’arlequin, à la suite d’un triomphe, se rend humblement accessible sous les gerbes complimenteuses, alors qu’après un bide, il s’esbigne avec des “ce soir, ils étaient à chier !” amer et furieux.

«Ces “ils étaient à chier”, ben, c’est toujours du cher public dont il s’agit !  Parce que des centaines de personnes, dans la même salle, devant le même numéro, peuvent exhiber la même insensibilité tandis que le bouffon, lui, est formidable. Cela ne s’explique pas, de mauvaises ondes peut-être…»

Extrait de "La Péniche à cinq pattes" (livre dont l'ami Pierrot est l'auteur), qui tendrait à prouver que l'alouette attirée par le miroir, c'est le public. 

Pierre Tisserand, Juin 2011
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"Ah je ris de me voir si belle en ce mouroir", chantait l'alouette. "Gentille alouette, je te plumerai", répétait la reverbe du show-biz. J'appelle mouroir aux alouettes, l'écran plat de la télévision regardée en moyenne presque 4 heures par jour. Se faire hypnotiser 4 heures pas jour laisse des traces. S’auto-emprisonner dans sa maison en entendant les sirènes du pouvoir chasser dans les rues quelques artistes libres laisse des traces. Le bouche à oreilles devient difficile; on ne parle plus bien la bouche pleine de merde et les oreilles collées dans le coca de la mélasse ambiante.

Je trouve qu’il y a beaucoup d’artistes et de créateurs sans étiquette commerciale et c’est bien et j’espère qu’ils ne se feront pas plumer le cœur, et la tête et la tête… Alouette.

C’est vrai que c’est dur de subsister dans ce système. Alors créateurs, vivons dans un autre système inventé par nous. Nous devons avoir l’imagination de créer notre paradigme et non pas de boucher les trous d’une vieille chambre à air polluée dont les pneus vont finir par nous écraser si on se met au milieu de son chemin. Inventons des chemins qu’ils n’auront pas l’imagination de suivre, ils s‘y perdront. Il y a longtemps que j’ai lâché la gâchette de la télécommande à s’auto-détruire. Y a pas grand monde qui peut entendre ma guitare mais ceux qui entendent comprennent, et c’est pas si mal. Je m’entends mieux avec moi-même quand on m’écoute vraiment.

Jean Martin, Un pecnocrate chanteur, Juin 2011
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