Accueil arrow Dossiers arrow LES FEMMES DANS LA CHANSON
 
 
 
 

Franchement, je suis comblé de la participation de deux véritables historiens de la chanson que sont Jean Dufour et Michel Valette à cette aventure de création d'un dossier sur les femmes dans la chanson. Tous deux ont reconnu l'utilité du site "Chanson Rebelle", et nos liens et échanges ont toujours été d'une grande richesse. De plus leur plume n'est pas qu'inutile vagabondage et bavardage, mais bien celle de fins connaisseurs de la chanson. Merci à vous deux.

Gérard Gorsse
 
 
 
 
______________________________________________________________________________________________________________
 
 

  Dufour1.jpg

    Textes Jean Dufour

                 DossierFemmesGerard.jpg

              Illustrations Gérard Gorsse

 Ce dossier ne prétend pas traiter l'ensemble des personnalités qui représentent les femmes dans la chenson.

La liste n'est pas exhaustive. Elle se propose de valoriser les artistes les plus représentatives des différents courants de la chanson dans la période comprise entre 1913 à nos jours.

De plus,nous ne sommes pas à l'abri d'omissions toujours imprévisibles. Nous remercions celles qui en seraient victimes de bien vouloir nous pardonner.

Mireille - Edith Piaf - Colette Renard - Line Renaud - Mireille Mathieu - Dalida - Anne Syslvestre - Barbara - Cora Vaucaire - Germaine Montero - Catherine Sauvage - Juliette Gréco - Patachou - Colette Magny - Monique Morelli - Pia Colombo - Francesca Solleville - Hélène Martin - Anna Prucnal - Anne Vanderlove - Georgette Lemaire - Juliette - Véronique Sanson - Nicole Croisille - Véronique Pestel - Agnès Bihl - Olivia Ruiz - Marie-Paule Belle - Mama Bea - Jeanne Cherhal - Isabelle Aubret - Pauline Julien - Diane Dufresne - Michèle Bernard

 

Leur évolution au fil du temps nous autorise à penser que, sans pouvoir rivaliser avec les trouvères et troubadours, chansonniers, chanteurs de rue et autres attractions musicales, elles ont insensiblement imposé leur présence dans les chœurs, les ensembles vocaux et musicaux avant de se singulariser dans un style souvent mélodramatique.

Au début du siècle dernier fleurissaient les tourments de femmes soumises avec DAMIA, FREHEL, Marie DUBAS, Suzy SOLIDOR, Berthe SYLVA, Rina KETTY, les drames avec des titres comme Mon légionnaire ou Je n’ai qu’une maman et encore Si l’on pouvait arrêter les aiguilles et Les roses blanches.

 Dans un style plus romantique Lucienne BOYER remporte le Grand Prix du Disque en 1930 avec un titre qui la rend célèbre Parlez-moi d’amour.  De son côté ; Marianne OSWALD chante les chansons de Bertolt Brecht  et Kurt Weill dans le style tragique de la chanson parlée. Plus tard, elle imposera l’avant-garde de la chanson  Rive Gauche  avec une version des Feuilles mortes et La chasse à l’enfant de Henri-Georges Clouzot et Maurice Yvain.

DossierMireille.jpg
MIREILLE

Mais il faut attendre MIREILLE, en 1928, qui compose, sur des paroles de Jean Nohain, une chanson qui va lui faire connaître un énorme succès Le petit chemin. A partir de là, elle va s’employer à dépoussiérer la chanson, ouvrant la voie à Charles TRENET entre autres.

DossierPiaf.jpg
 Edith PIAF 

Edith PIAF s’affirme en 1940 avec un premier grand succès L’accordéoniste, comme  la tragédienne de la chanson. Elle chante les rencontres, les amours blessées, l’impossible  bonheur, les séparations avec des accents pathétiques. D’autre côté d’la rue, en 1943. Yves MONTAND entre dans sa vie l’année suivante et marque le début d’une légende. Adulée par le public, elle meurt en 1963.

"Non rien de rien" (extrait)
Michel Vaucaire / Charles Dumont

Les années 50 révèlent une interprète énergique et souriante : Annie CORDY qui répartit son  talent entre la chanson, le music-hall, l’opérette et le cinéma. Pur produit d’une culture populaire, on retiendra de son répertoire fantaisiste La bonne du curé et Cigarettes, whisky et p’tites pépées

 
DossierRenard.jpg 
 Colette RENARD

Colette RENARD, d’abord chanteuse dans l’orchestre de Raymond Legrand décroche en 1956 le rôle qui la situe parfaitement entre réalisme et fantaisie avec Irma la douce qu’elle interprètera près d’un millier de fois. La qualité et la puissance de sa voix, sa présence scénique et son tempérament en ont fait la personnalité exceptionnelle que l’on rencontre dans Tais-toi Marseille, Le marin et la rose et un disque surprenant de Chansons libertines. Cet enregistrement est un pavé doré dans la mare des conformistes de l’époque, étonnés et choqués d’une telle liberté d’expression servie par la voix d’une femme dans un registre habituellement réservé aux hommes.

 
DossierRenaud.JPG  
Line RENAUD

Line RENAUD, au terme d’un parcours difficile qui forge sa légendaire volonté connaît un succès exceptionnel avec Ma cabane au Canada, qui fait sourire Félix LECLERC, puis, dans le même prétexte hivernal Etoile des neiges. Elle conquiert ensuite l’Angleterre, puis les Etats-Unis où elle séjournera longtemps à Las Vegas avant de regagner la France en 1976. Elle affirme sa volonté et sa générosité dans le combat qu’elle mène contre le SIDA. A 83 ans, en 2011, elle envisage un retour sur la scène de l’Olympia.

DossierMathieu.JPG 
Mireille MATHIEU

C’est en 1965, que Mireille MATHIEU connaît un fulgurant succès en remportant le concours de Télé Dimanche où quelques millions de téléspectateurs croient un moment à la résurrection de PIAF. Très habilement formatée par Johnny Stark, elle est très vite consacrée par une carrière internationale. Sa voix puissante et son accent d’Avignon en font un label de qualité qui va péniblement résister à l’épreuve du temps. Paris brûle-t-il ? lui ouvre les portes d’un pouvoir qui prédestine son professionnalisme aux élans patriotiques des grands évènements électoraux.

  DossierDalida.JPG
 DALIDA

DALIDA est l’incarnation de la chanteuse populaire. Son répertoire tourmenté se nourrit des épreuves sentimentales et tragiques de son existence. Son physique de vamp méditerranéenne, sa voix chaude et les titres qui ont fait sa notoriété, Etranger au Paradis et Bambino notamment l’identifient à un phénomène de mode comparable à celui qu’a connue Gloria LASSO, une autre star de la chanson, plus exotique cependant avec Amour, castagnettes et tango.

 
DossierSylvestre.jpg
 Anne SYLVESTRE

Dans la même décennie, bien éloignée des compromissions de la mode, Anne SYLVESTRE apparaît comme une valeur sûre de la chanson de qualité au point qu’elle se voit qualifiée du titre de  Brassens en Jupon. Des débuts aux cabarets de la Rive Gauche avant de pouvoir imposer les chansons mordantes dont elle est l’auteur et qui témoignent souvent de la condition féminine. Mon mari est parti ou ironiques Madame ma voisine, parfois douloureuses avec l’évocation du viol, de l’avortement, comme Non, tu n’a pas de nom que Pauline JULIEN inscrira magistralement à son répertoire. La sincérité, le talent, la fidélité aux convictions qui ont déterminé son engagement lui valent d’être encore aujourd’hui d’être considérée comme une artiste intemporelle.

"Berceuse de Bagdad" (extrait)
Anne Sylvestre / Anne Sylvestre

 
DossierBarbara.JPG
BARBARA

BARBARA, issue d’une formation musicale classique, est venue discrètement à la chanson en chantant à bord d’une péniche, en Belgique, puis dans, les cabarets mythiques de la Rive Gauche, en 1963. La longue dame brune dont le talent est soutenu par Denise Glaser, va découvrir sa véritable personnalité et le pouvoir de sa voix extraordinaire deux années plus tard, lorsqu’elle séduit le public de Bobino avec Nantes, Attendez que ma joie revienne ou encore Au bois de Saint-Amand. Pour l’accueil triomphal de ce public qui la bouleverse, elle va écrire Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous qu’elle chantera jusqu’à la fin.

"L'aigle noir" (extrait)
 
 
  DossierVaucaire.JPG
 Cora VAUCAIRE

Cora VAUCAIRE, la Dame Blanche de Saint-Germain des Prés commence une belle carrière en 1946 au Théâtre Agnès Capri sans autre souci que celui de sa liberté de choix et d’expression. Son audience en souffrira car sa sensibilité et l’intelligence de son répertoire l’éloignent des modes. Elle franchit la Seine pour se familiariser avec une certaine tradition montmartroise et se fait connaître et apprécier avec Chanson tendre de Francis Carco et Les feuilles mortes de Prévert et Kosma. Son exigence sera récompensée en 1992 où elle triomphe à Paris, au Théâtre Dejazet.

"La complainte de la butte" (extrait)
Jean Renoir / Georges Van Parys
 
 
DossierMontero.JPG 
Germaine MONTERO

GERMAINE MONTERO a vu le jour à Montmartre et vécu en France avant de rejoindre en Espagne les combattants républicains. Elle a joué au théâtre les grands classiques espagnols. Son nom est lié à ceux de Garcia Lorca, Brecht, puis Jean Vilar. Elle incarne une vive intelligence et une grande dignité. Son exigence lui a fait fuir les succès faciles. A Léo Ferré qui lui proposait d’interpréter ses propres choix dans l’œuvre de Baudelaire, elle répondit : « Baudelaire n’a pas besoin de vous pour sa publicité. ». Elle a enregistré 23 textes de Pierre Mac Orlan et demeure la référence au service du texte. Dans la mémoire collective de la chanson, son nom évoque notamment La fille de Londres et Du gris.

 
  DossierSauvage.JPG
 Catherine SAUVAGE

Catherine SAUVAGE est la chanteuse Rive Gauche engagée et passionnée de poésie et de chansons. A Saint-Germain des Prés, elle rencontre Léo Ferré qui lui confie plusieurs de ses chansons dont Graine d’ananar et Paris Canaille. Elle est très vite à l’affiche de l’Olympia, puis à Bobino et au Théâtre de la Gaîté Montparnasse où elle présente son premier récital. Hormis Ferré, ses auteurs privilégiés sont Louis Aragon, Mac Orlan, Bertolt Brecht, Kurt Weil mais aussi Georges Brassens et Gilles Vigneault avec Mon pays et La Manikoutai.

En 1962, elle consacre un 45 tours à un jeune auteur nommé Serge Gainsbourg avant d’être submergée par la vague yé-yé qui la ramène en 1968 pour un grand retour à Bobino. En 1992, elle enregistre un disque entier de poèmes de Jacques Prévert avant de se retirer en semi retraite parmi les rosiers de sa demeure à La Varenne.

"Est ce ainsi que les hommes vivent" (extrait)
Louis Aragon / Léo Ferré
 
 
DossierGreco.JPG
Juliette GRECO

Juliette GRECO, passionnée, tragique et sensuelle demeure, au fil d’une longue carrière l’incarnation de l’époque existentialiste et l’ambassadrice de la chanson française à travers le monde. Au terme d’une jeunesse difficile, elle s’affranchit de tous les principes, se prête au scandale qui affirme une personnalité libre et aventureuse. Avec talent et audace, elle va partager sa vie d’artiste entre le cinéma et la chanson. L’actrice tournera avec quelques-uns des plus grands réalisateurs français et américains, cependant que les meilleurs auteurs-compositeurs français que sont alors Brel, Ferré, Béart et Gainsbourg vont enrichir son beau répertoire. De nombreuses et grandes tournées internationales, des spectacles en covedette avec Devos et Brassens n’altèrent pas son élégante insolence et sa passion de la scène.

"Déshabillez-Moi" (extrait)
Robert Nyel  / Gaby Verlor
 
 
DossierPatachou.JPG
 PATACHOU

PATACHOU doit certainement son nom de scène au métier de la pâtisserie qu’elle a pratiqué avant d’ouvrir à Montmartre le cabaret qui l’a rendue célèbre. Elle coupait la cravate des invités accueillis dans ce lieu de légende. Le choix de ses programmes dépendait essentiellement de son propre gout et de préférence vers les artistes débutants dont le talent ne devait rien aux influences extérieures. C’est ainsi que Georges Brassens y fut soutenu alors qu’il s’apprêtait à céder au découragement. Délaissant un statut de vedette au profit de ses propres initiatives, elle a inscrit à son répertoire quelques unes des plus belles créations de Ferré Nous les filles, de Béart Le bal chez Temporel et de Gainsbourg. Le réalisme et la gouaille parisienne ont caractérisé la couleur de sa carrière.

 
DossierMagny.JPG
 Colette MAGNY

COLETTE MAGNY. En 1963, le show business voyait en elle une Bessie Smith française alors que son engagement artistique et personnel s’inspirait des conflits sociaux et des drames de la planète. Son opposition  à toute concession lui ferme définitivement les médias pourtant alléchés par le succès de Melocoton. Elle chante les grands poètes et les avant-gardes politiques, vibre en Mai 68 et hurle son enthousiasme sur le terrain et les usines avec A Saint-Nazaire et Chronique du Nord . On la retrouve décrispée avec le nouveau pouvoir politique de 1981. avec Chanson pour Titine qui renoue, en 1983, avec sa tendresse naturelle pour le vieux Jazz.

"Bura Bura"
Colette Magny / Colette Magny
 
   
DossierMorelli.JPG
Monique MORELLI

Monique MORELLI. Entre Montmartre et la Rive Gauche, elle trouve sa voie dans le sillage des artistes réalistes et populaires. En 1950, elle s’associe avec le compositeur Léonardi qui lui écrit de belles mélodies pour des textes plus intellectuels de Francis Carco, Pierre Mac Orlan et Aragon. On retiendra plus particulièrement  Maintenant que la jeunesse et Un air d’Octobre. Plus encore qu’une artiste, Monique MORELLI est un personnage attachant, libre et sensible aux tribulations passagères de ce monde.

"L'affiche rouge" (extrait)
Louis Aragon / Léo Ferré

 
DossierColombo.JPG
Pia COLOMBO

Pia COLOMBO a débuté à l’Ecluse, célèbre cabaret de la Rive Gauche. Avec ferveur, elle s’est vite imposée d’une voix déchirante dans un répertoire sans concessions. Elle interprète les chansons de son compagnon Maurice Fanon, dont le pathétique Requiem autour d’un temps présent, mais aussi La colombe de Jacques Brel et Julie la rousse de René-Louis Lafforgue. Après avoir chanté dans les plus grandes salles parisienne, son talent et son courage la conduiront en tournée avec le Requiem à Aubervilliers et dans les Maisons de la Culture où elle combattra jusqu’au bout et sans se départir de sa drôlerie, la maladie l’emportera en 1986.

 
DossierSolleville.JPG
 Francesca SOLLEVILLE

Francesca SOLLEVILLE. Une flamme qui jaillit sur l’univers de la chanson significative. Elle a l’instinct et la détermination farouche d’une combattante obstinée. Sa générosité et son exigence la conduisent naturellement à des choix difficiles, vers des auteurs insoumis que sont Maurice Fanon La petite juive, Jacques Brel Amsterdam, son ami Jean Ferrat, Nuit et brouillard et Louis Aragon, Un homme passe sous la fenêtre et chante. Elle reçoit le Prix de l’Académie Charles Cros en 1964 et poursuit sa carrière sans peur et sans reproche dans les fêtes militantes. Elle inscrit à son répertoire la chanson antiraciste de Pierre Perret Lily. Et, en 1996, deux albums Al dente, avec Allain Leprest et La chanson des femmes. Elle poursuit inlassablement avec une dignité exemplaire une aventure artistique et humaine qui ne cesse de nous émerveiller. Jean Ferrat a préfacé ainsi le très bel ouvrage que lui a consacré Marc Legras : « …je propose qu’on prenne le buste de Francesca chantant pour symboliser Marianne dans toutes les mairies de la République

"Camarade Chili" (extrait)
Jean-Max Brua
 
 
DossierMartin.JPG
Hélène MARTIN

Hélène MARTIN Résolument tournée vers la poésie et la littérature, elle met en chanson des poèmes avec une finesse et une sensibilité rares. Elle débute à l’Ecluse en 1956 et met en musique des textes dont elle est l’auteur avant de puiser chez Louis Aragon, Luc Bérimont, Queneau, Seghers, Audiberti, Giono, Guillevic, Apollinaire, mais son premier succès est Le condamné à mort, de Jean Genêt. Ses mélodies la situent parfois entre la chanson et la mélodie classique. Pas de préciosité convenue cependant, mais une élégance cristalline dans l’expression et une intelligence particulière dans son propos. Elle poursuit une carrière bien vivante à l’écart du tumulte et des contraintes médiatiques. Elle a reçu à quatre reprises le Prix du Disque de l’Académie Charles Cros, celui de l’Académie du Disque Français, de l’Humour noir et de la SACEM. A la télévision, elle a réalisé 22 émissions sur des poètes et écrivains français et étrangers, des séries et Jean le Bleu d’après le roman de Giono qui écrit à son propos : « Son art est fait de mesure et de finesse. C’est un art essentiellement français ».

 
DossierPrucnal.JPG
 Anna PRUCNAL

Anna PRUCNAL. Personnage attachant à la fois fragile et despotique, malicieuse et sexy. Elle a séduit le public parisien en 1978, au Forum des Halles, avec Rêve d’Ouest-Rêve d’Est, et obtenu l’année suivante le Prix de la Révélation de l’année 1979 et le Prix de la Critique. Sa voix puissante, le rayonnement de sa présence et la qualité de son répertoire en ont fait une artiste internationale. Actrice avant d’être chanteuse, elle n’a cessé de provoquer la caméra pour le cinéma et la télévision sous la direction d’Edouard Molinaro, de Frederico Fellini, de Wajda et Vadim parmi tant d’autres. Comédienne, elle a prêté son talent à une cinquantaine de pièces, d’opéras et de revues dans les plus célèbres théâtres et festivals européens après avoir travaillé le chant à Berlin Est sur des œuvres de Kurt Weill, Bizet, Verdi et Puccini. Passionnée, charmeuse et futile, vibrante de liberté, généreuse et rebelle, elle incarne la femme partagée entre désir et refus, unique et multiple dans l’expression de sa vie et de son art.

"Quand on a que l'amour" (extrait)
Jacques Brel  / Jacques Brel
 
 
DossierVanderlove.JPG 
Anne VANDERLOVE

Anne VANDERLOVE. Une sirène des Pays Bas venue de la mer, comme il se doit. Une adolescence solitaire la conduit à l’enseignement, mais c’est la chanson qui lui permet d’exprimer sa quête des bonheurs simples de l’existence dont elle a été privée. Avec La Ballade en Novembre, qui révèle son talent, elle offre au public français une certaine mélancolitude. Le succès est immédiat et le climat créé par la jeune artiste qui s’accompagne à la guitare établit avec le public une émotion rare. En dépit de cette complicité la première tournée est épuisante et ce contact avec le métier ne laisse pas que de bons souvenirs.

En 1968, elle soutient la cause des femmes et participe à des concerts de soutien. Sa rencontre avec Félix Leclerc stimule son engagement artistique dans une perspective humaine. Son exigence de pureté la conduit vers les Jam-Sessions de Luc Bérimont où elle affirme sa personnalité et ses qualités artistiques. Première victoire en 1969 au Festival de la Chanson Latine, à Mexico. Sa carrière va pourtant se marginaliser en dépit des encouragements qui en font l’un des plus sûrs talents de la chanson française. Des amitiés se nouent avec Marc Ogeret, Francis Lemarque, Monique Morelli, Francesca Solleville et Maurice Fanon. Sa gentillesse naturelle et l’attention qu’elle porte aux démunis lui vaudra cinq années d’une terrible épreuve qui s’achèvera en 1996. Qui, de l’une, a adopté l’autre, Anne ou la Bretagne ?

La réciprocité se confirme avec le temps et l’influence de la musique irlandaise enrichit cet accord. Quarante années ont passé et Anne Vanderlove poursuit un parcours de légende jalonné de très beaux enregistrements tels Silver, Escales et plus récemment Rue Colombus où la sérénité atténue la mélancolie et la voix, patinée par les saisons, se pose avec une infinie délicatesse sur des accords de guitare porteurs d’une émotion devenue rare.

Anne Vanderlove a obtenu le Prix de l’Académie de la Chanson Française, celui du Diplôme du Haut Commissariat à la Langue Française et la Médaille de vermeil des Arts et Lettres

 
"Voyageur"
Anne Vanderlove  / Anne Vanderlove
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
 
 
 
DossierLemaire.jpg
  Georgette LEMAIRE

Georgette LEMAIRE. Elle a vu le jour à Paris, dans le quartier de Belleville où vivait sa famille, de condition modeste. Etudes normales avec une prédisposition évidente au chant. A ses débuts, aux Puces de Saint-Ouen, elle se fait connaître en chantant des chansons réalistes telles Le dénicheur et Padam -Padam.

En 1965, encouragée par sa mère, elle participe au Télé-crochet de Raymond Marcillac Le Jeu de la Chance. Pendant cinq semaines, elle est plébiscitée par les téléspectateurs, ce qui lui vaut un premier contrat discographique chez Philips et, dans la foulée, une première tournée d’été qui remporte un vif succès.

Charles Dumont lui confie de grandes chansons dont Le cœur désaccordé, Et si c’était vrai, Je ne sais pas. En 1967, elle enregistre de nouvelles chansons Elle ne chante plus, Lui, et se produit à Bobino dans le spectacle de Georges Brassens. Puis c’est une nouvelle tournée avec Alain Barrière.

L’année suivante, elle est à l’Olympia en vedette américaine d’Enrico Macias et enregistre l’une de ses plus belles chansons Vous étiez belle, madame.

A ce stade de sa carrière, Georgette Lemaire est devenue une grande artiste de la scène et de la télévision que l’on retrouve régulièrement dans les grandes émissions de variétés telles Discorama, Télé Dimanche et Le Palmarès des Chansons .

L’Olympia l’accueille à nouveau en 1969 lors d’un Musicorama où elle se produit en vedette puis elle est l’invitée d’honneur du spectacle de Julio Iglesias, quelques années plus tard, et crée la chanson C’est fini d’Ornella Vanoni et chante a cappella Vous étiez belle madame, qui lui vaut un triomphe.

En 1980, elle enregistre un album composé de dix chansons de Charles Aznavour dont Désormais, Hier encore et De t’avoir aimé. Charles Aznavour qui, en quelques mots, résume parfaitement la personnalité de Georgette Lemaire : « Une voix, un cœur, une authenticité, et dans son chant les cris de l’animal blessé, telle qu’en elle-même. »

lle se voit décerner le titre de Chevalier des Arts et Lettres en 1986 par Jack Lang et, en la circonstance, Pascal Sevran lui consacre une émission spéciale de La chance aux chansons.

En 1989, sur l’intercession du Président de la République, François Mitterrand, elle est nommée membre du Conseil économique et social.

Un nouvel album de chansons nouvelles et Le temps des cerises, dédié à François Mitterrand. En dépit de l’émotion qui en émane et la reprise d’un de ses succès Munich par Steven Spielberg, parmi une pléiade de stars, Georgette Lemaire ne parvient pas à se hisser en pleine lumière.

Le 25 mai 2009 paraît un nouvel enregistrement Inoubliable qui comporte 10 titres inédits.

Une part importante de sa carrière a été contrariée par la concurrence artificielle orchestrée par le show-business avec Mireille Mathieu.

"Vous étiez belle, madame" (extrait)
Jean-Jacques Debout
 
 
 
DossierJuliette.jpg
JULIETTE 

JULIETTE. Un personnage atypique, une forte présence, un talent à toute épreuve. Elle a commencé à se manifester discrètement en 1985 pour gravir progressivement les échelons d’une étonnante carrière.

D’abord boudée par les maisons de disques, elle est vite appréciée à la scène pour la diversité de son répertoire, son humour parfois caustique et une décontraction apparente qui la protège de tous les complexes.

Du Music-Hall traditionnel à l’émotion la plus intense de textes littéraires, elle affirme des choix qui la singularisent. A l’écart des modes et de la facilité des médias, elle parvient à imposer un prénom qui surprend avant de plaire. Insensiblement, sa voix, sa gouaille et ses frisettes lui font gagner la sympathie d’un public de plus en plus nombreux, avide de découvrir l’univers de cette petite femme rondelette qui s’éloigne enfin de son piano pour affronter directement la salle.

Dans le même temps, sa production personnelle s’enrichit et les premières récompenses officielles consacrent son talent, notamment aux Victoires de la Musique en 1996. Toute en rondeurs, la nouvelle diva de la chanson francophone entretient une irrévérence qui lui sied à merveille et enregistre plusieurs albums qui agrandissent son audience : Qué tal ? en 191, Irrésistible, en 1993, puis Juliette chante aux Halles en 1995, Rimes féminines l’année suivante, Deux pianos et Assassins sans couteaux en 1998.

Truculence, fantaisie, élégance du verbe, richesse musicale, originalité du propos ne cessent d’embellir une création prolifique à la scène et en studio au point de séduire une grande firme discographique pour fêter 20 ans de chansons. C’est Ma vie, mon œuvre. En 2002, Le festin de Juliette, puis Bijoux et babioles, Mutatis Mutandis et, en 2011 No parano.

A l’évidence, l’itinéraire de Juliette est empreint d’une virtuosité naturelle soutenue par une grande rigueur dans la conduite de son travail, qui en font l’une des plus grandes artistes de sa génération et de la chanson francophone.

  "Assassins sans couteaux" (extrait)
Juliette / Juliette
 
 
  DossierSanson.jpg
Véronique SANSON

Véronique SANSON. Elle a apporté à la chanson un style, une voix au vibrato unique et une couleur rythmique très personnelle, empreinte de l’influence américaine des années où elle a choisi de vivre aux Etats-Unis. En France, sa rencontre avec Michel Berger lui fait adopter des sonorités nouvelles, proches d’un rock très souple qui lui vaut la faveur d’un nombreux public. Adoptée et soutenue par les médias, elle conduit une carrière aventureuse jalonnée par des expériences musicales audacieuses qui la font triompher avec Besoin de personne, Chanson d’une drôle de vie et De l’autre côté de mon rêve.

En 1989, au Théâtre du Châtelet, elle donne un spectacle avec l’Orchestre symphonique de Prague. Un album suit : Symphonique Sanson. En 1994, elle est fêtée aux Francofolies de La Rochelle par les vedettes de la chanson française, et de là encore, naîtra un nouvel enregistrement : Comme ils l’imaginent, cependant que Indestructible paraît en 1998. L’année suivante, elle enregistre un hommage à Michel Berger avec D’un papillon à une étoile. Le 29 septembre 2009, elle invite en scène Jean-François Copé, maire de Meaux où elle se produit, pour un duo inattendu et, en 2010, Plusieurs Lunes est son quatorzième album studio.

Batteuse avant d’être pianiste, elle retrouve aujourd’hui une diversité musicale et une joie de vivre qui contraste avec son apparente fragilité.

"Besoin de personne" (extrait) 
 
 
 
DossierCroisille.jpg
Nicole CROISILLE

Nicole CROISILLE. Est venue à la chanson par la danse et l’expression corporelle notamment avec le Mime Marceau avant de se produire dans les cabarets de Saint-germain des Prés et ceux de New York. Sa voix puissante et sensuelle lui fait d’abord choisir les musiques noires. Son premier disque, Halleluya, I love her so, est une reprise de Ray Charles. On la retrouve à l’Olympia dans le programme de Jacques Brel avant de mener la revue des Folies Bergères aux Etats-Unis en 1964. Son retour est marqué par la rencontre de Claude Lelouch et Francis Lai qui lui font enregistrer avec Pierre Barouh la chanson du film Un homme et une femme, qui connaîtra, avec Chabadabada, une succès international.

Deux années plus tard, en 1968, elle revient au cinéma pour interpréter la chanson du film de Marcel Carné Les jeunes loups, sous le nom d’emprunt de Tuesday Jackson. Dans le même temps ou presque, elle est l’une des deux voix de Anna livia plurabelle, jazz cantata, adaptée de Finnegans wake de James Joyce, entourée des meilleurs musiciens français de jazz de l’époque.

Nouvelle expérience en 1970 dans une comédie musicale, La neige en été, avec Mouloudji et Régine, au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Les années qui suivent vont lui faire connaître de nombreux succès parmi lesquels Une femme avec toi, Téléphone moi, Parlez-moi de lui et Si l’on pouvait choisir sa vie.

Elle prête à nouveau sa voix au cinéma en 1981 avec la chanson Les uns et les autres, dans le film du même nom, de Claude Lelouch où elle joue son propre rôle. Toujours avec Claude Lelouch, on la retrouve avec Qui me dira, en 1988, dans le film de Claude Lelouch Itinéraire d’un enfant gâté.

Il est alors permis de penser qu’elle délaisse la chanson au profit du cinéma. En réalité, elle s’intéresse au Jazz et aux métissages musicaux. Son public, nombreux et fidèle, l’accompagne à l’Olympia en 2003 lors du Festival de la Rose d’Or. En 2005, elle participe à Dolmen, la saga télévisée de l’été. Au cours de l’année suivante, elle est au Théâtre de Dix Heures dans le spectacle Nougaro, le jazz et moi qui réunit des chansons de son répertoire, les standards de jazz et les plus grands titres de Claude Nougaro. Le spectacle est présenté en tournée avant d’aboutir au Grand Rex, à Paris.

En 2008, elle enregistre en collaboration avec le compositeur Daniel Mercure un nouvel album Bossa d’Hiver.

Le 15 décembre 2010, Frédéric Mitterrand lui décerne le titre de Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur.

La discographie de Nicole Croisille est impressionnante. De 1961 à 2009, pas moins de 40 disques et albums. Au théâtre, 10 pièces jouées entre 1957 et 2010 parmi lesquelles Les matadors, de Marcel Marceau, Hello Dolly, en version originale, Trois chambres à Manhattan et Jalousie en trois mails, au Théâtre de la Tête d’Or à Lyon et au Théâtre Montparnasse.

"Une femme avec toi" (extrait)
 
 
DossierPestel.jpg 
Véronique PESTEL Photo : E. Bernal

Véronique PESTEL. Auteure-compositrice-interprète. Elle chante aussi des textes d’auteurs qu’elle met en musique avec l’élégance des grands chanteurs de tradition française.

Elle a vingt ans lorsqu’elle commence à chanter en public mais il lui faut attendre dix années de plus pour se révéler dans les principaux festivals de chanson francophone à Bourges, Val de Marne, Hauts de Seine, Montauban, La Rochelle, Montréal, Barjac et Charleroi.

Une solide formation de chanteuse et de pianiste ainsi que des études de philosophie enrichissent l’intelligence, la finesse et l’humour qui la caractérisent.

Dès 1990, elle assure la première partie des spectacles de Serge Reggiani, Maxime Le Forestier, Catherine Lara, Enzo Enzo, Juliette Gréco, Claude Nougaro, Julos Beaucarne et Marie-Paule Belle.

En 1995, elle est à l’affiche de l’Olympia.

Dans la nouvelle génération des artistes francophones, elle se caractérise par la multiplicité de ses sources d’inspiration, la diversité de ses climats musicaux, un optimisme mesuré et l’authenticité de son talent.

Entre 1987 et 2009, elle enregistré huit albums dont Laisser-courre qui lui a valu le Grand Prix du disque Charles Cros en 1995.

Véronique Pestel a obtenu le Prix Jacques Douai 2010.

 
"Prisons de femmes"
Véronique Pestel  / Véronique Pestel
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
 
 
  DossierBihl.jpg
    Agnès BIHL Photo Gérard Gorsse

Agnès BIHL. Son arbre généalogique lui vaut une certaine considération. Son arrière grand-père a fondé L'illustration, célèbre revue d’actualité. Sa grand’mère est peintre. Autant de raisons qui favorisent un héritage artistique considérable qui l’oriente vers l’écriture et le théâtre.

Le récital d’Allain Leprest, au Cabaret Libertaire Parisien, va la convaincre, avec les influences de Brel, Renaud, Brassens et Anne Sylvestre, de chanter à son tour.

Son univers personnel l’inspire et la singularise : poésie, humour et militantisme. Féministe, elle agresse les commando anti IVG, fustige les pétasses et aborde sans hésitation le thème du viol.

Un premier album autoproduit La terre est blonde en 2001 après des débuts dans différents lieux de Paris où elle se présente avec quatre musiciens et une robe à pois, et ce dès 1998.

Suivent deux nouveaux albums, Merci Maman Merci Papa en 2005 qui obtient le Grand Prix de l’Académie Charles Cros et Demandez le programme en 2007.

Charles Aznavour l’invite sur sa tournée 2007. Son talent est reconnu par le public qui lui réserve un accueil très chaleureux. Rêve Général(e) inspiré d’un slogan de Mai 68 est enregistré en 2009 et s’accompagne d’une nouvelle tournée 2010/2011.

Agnès Bihl , réputée pour son franc-parler côtoie sans cesse l’espoir et la colère. Elle dérange et enthousiasme à la fois : Je sais écrire des choses dures, je sais faire mal, mais est-ce que je peux écrire sur le bonheur d’exister ?

En 2006, Agnès Bihl a obtenu le Prix Félix Leclerc aux Francofolies de Montréal et le Prix Francis Lemarque.

 
  "Merci maman, merci papa"
Agnès Bihl / Jean Cayrecastel
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
 
 
DossierRuiz.jpg
 Olivia RUIZ

Olivia RUIZ. Elle a la beauté et l’accent du Sud. Jeune femme pétillante, charmeuse et convaincante, elle a été très influencée par son père, musicien et chanteur. C’est ainsi que le virus de la chanson, de la musique et de la scène la propulse dans les salles autour de Carcassonne. Ces premières expériences artistiques lui permettent de financer des études en communication bientôt sanctionnées par un diplôme.

Elle chante d’abord en duo avec son père des titres espagnols et rendent hommage à Claude Nougaro, que la jeune chanteuse vénère.

Au prix d’une surprenante audace elle se présente en 2001 au casting de la Star Academy, choix complètement inattendu et presque déconcertant si l’on considère le non-conformisme qui la caractérise. Cette étiquette sera d’abord préjudiciable avant que Juliette, qu’elle apprécie particulièrement, lui écrive J’aime pas l’amour qui donne son titre à l’album paru en 2003. Ce premier grand succès, vendu à plus de 50.000 exemplaires, lui vaudra son premier Disque d’Argent

En septembre de la même année, elle part en tournée et assure la première partie des Têtes Raides, d’Arthur H. Accueil inégal du public qui finit pourtant par se laisser séduire par les sonorités rock, jazzy et tango de la jeune interprète.

C’est en 2005 que les saveurs aigres-douces de La femme chocolat consacrent le talent d’Olivia Ruiz auprès du grand public en révélant son propre univers, fantasque, décalé et délicat L’année suivante, La femme chocolat est nommé album de l’année par les Victoires de la musique alors qu’elle participe à tous les grands festivals de l’été. Il sera vendu à 350.000 exemplaires.

2007 est l’année de la consécration. Elle remporte deux Victoires de la musique : Interprète féminine de l’année et Spectacle musical de l’année. En outre, son album est certifié Disque de diamant avec plus d’un million d’exemplaires vendus.
Il en faudrait bien davantage pour lui faire perdre la tête. En novembre 2008, accompagnée de son frère, elle s’envole pour le Burkina Faso afin d’enregistrer des artistes locaux pour cinq titres a vocation humanitaire à télécharger et dont les recettes serviront à construire une école dans le pays.

Dans le même temps, Juliette Gréco fait figurer deux textes de la jolie brune dans son album Je me souviens de tout cependant qu’Olivia écrit les textes de son troisième album Miss Météores, sorti en 2009 et dans lequel se manifestent des invités de tous horizons musicaux et internationaux.

Aujourd’hui, en 2011, Olivia Ruiz confirme qu’elle a gagné sa place dans le paysage de la chanson francophone.

 
DossierBelle.jpg
Marie-Paule BELLE

Il s’est passé bien des choses depuis ce jour de 1970 où je l’ai rencontrée dans le couloir des loges du Théâtre de la Ville, à Paris. Elle était intimidée par la présence de Félix Leclerc, discrète dans son apparence d’assistante sociale et dans ses propos. Elle m’a confié son premier 45 tours et a filé.

On l’a revue à l’Ecluse. Elle avait renoncé à ses études de médecine, pas à son piano. Sa frimousse frisée de provinciale délurée ne passait déjà plus inaperçue. Elle cultive avec talent l’ironie, la fantaisie, la gouaille et connaît le succès en 1974 en remportant le Prix de l’Académie Charles Cros avec Wolfgang et moi.

Son amitié avec Françoise Mallet-Joris lui suggère des chansons marrantes et c’est avec une parodie d’un thème d’Offenbach La parisienne qu’elle s’affranchit de sa timidité naturelle pour accéder aux faveurs du grand public. De théâtres en tournées, son personnage prend de l’ampleur jusqu’en 1980 où elle marque une longue pause. L’autre face de son talent se révèle dans la tendresse et la mélancolie avec notamment Quand nous serons amis.

Elle revient en 1995 avec un bel album, intime et sobre et une chanson de William Sheller  L’homme que j’aime le plus.

A son actif une douzaine d’albums qui jalonnent sa carrière avec des succès publics tels Les petits patelins, L’alibi de la libido et Héritage, enregistré lors de son récital à l’Olympia en 1978.

Sans tapage et sans arrogance, Marie-Paule Belle a pris une place importante dans la chanson d’expression francophone de qualité.

"La parisienne" (extrait)
 Françoise Mallet-Joris - Michel Grisolia / Marie-Paule Belle
 
 
DossierMamaBea.jpg
MAMA BEA  Photo Clément jourdheuil

De son vrai nom Béatrice Tekielski, elle se fait connaître par son personnage hargneux et parfois halluciné. La guitare électrique habite son expression tendue par une révolte mal contenue qui emprunte dans le blues à la grande Colette Magny et dans la fureur à Léo Ferré. Son premier disque, Je cherche un pays en 1971 révèle un lyrisme agressif dans la variété de l’époque, mais il faut attendre 1976 pour qu’elle impose son style avec La folle, suivi, l’année suivante par Faudrait rallumer la lumière dans ce foutu compartiment dans un déluge de décibels et d’incantations violentes. En 1978, Pour un bébé robot et Visages en 1979 confirment ce choix.

Puis le ton change lorsqu’elle reprend un titre très poétique et sensible de Danielle Messia, La main gauche et en 1982, la voix d’Edith Piaf dans le film de Claude Lelouch Edith et Marcel. Le beau succès que lui vaut cette performance ne parvient pas cependant à rebondir. En 1986, elle enregistre La différence et reprend Les anarchistes de Léo Ferré.

De 1988 à 1998, elle fait paraître cinq nouveaux albums, Violemment la tendresse, No Woman’s Land, Ma compilation, Du Côté de chez Léo et Indienne.

"Le chaos"
(extrait)
 
 
  DossierJeanneCHERHAL.jpg
Jeanne CHERHAL

Native de Nantes. Elle fait de sérieuses études à Chateaubriant et obtient une licence de philosophie à l’université de Nantes. Elle porte les longues nattes de Marie-Josée Neuville et s’accompagne au piano dans les petites salles de la région. Un premier CD autoproduit suivi, en 2002 un album public sous le titre de Jeanne Cherhal. Dans l’intervalle, elle est consacrée Révélation du Printemps de Bourges.

Cette même année la voit débuter à l’Européen durant un mois où elle partage l’affiche avec Vincent Delerm.

Douze fois par an est le titre de son deuxième album studio, paru en 2004 et vendu à plus de 200.000 exemplaires et qui lui fait obtenir le Prix de l’Académie Charles Cros. Son audience s’agrandit
En 2005/2006, elle créé le groupe Red Legsavec J.P Nataf. Leurs chaussettes rouges les promènent des classiques des chansons de Brel à la Pop Internationale de Kate Bush aux Pretenders. Jeanne Cherhal est à la basse, Nataf à la guitare. Aucun album n’est enregistré, sauf une chanson sur un disque à Dick Annegarn.

A la fin de 2005, durant trois mois, on la retrouve au Théâtre dans Les monologues du vagin  et se voit attribuer une Victoire de la Musique dans la catégorie Révélation du Public de l’année. Elle est également lauréate des Trophées de la langue française.

En 2006, elle enregistre L’eau, troisième album, plus élaboré musicalement que les précédents et dont les thèmes sont plus personnels, plus engagés aussi. Elle effectue une longue tournée en Suisse, Belgique, Allemagne, Angleterre, Irlande, au Liban, au Québec et en Afrique centrale avant de rejoindre Paris, à l’Olympia.

Elle se distingue encore en février 2008 en mettant en ligne sur sa page My Space un titre inédit inspiré d’un sms Si tu reviens, j’annule tout.

En 2010 sort Charade bien reçu par la critique et moins bien par le public qui boude cette expérience musicale où Jeanne Cherhal joue de tous les instruments : claviers, guitare, basse batterie et synthétiseurs. 30.000 exemplaires seront vendus.
Nouvelle tournée avec un groupe nantais La secte humaine composé de guitares, basse et batterie. Plusieurs concerts au Bataclan, à Paris.

Une autre expérience unique au Printemps de Bourges 2010 avec un groupe de circonstance qui réunit autour de Jeanne Cherhal, Camille, Emily Loizeau, Olivia Ruiz, Rosemary de Moriarty et La grande Sophie, création éphémère et événementielle du Festival.

Elle s’est engagée depuis auprès des travailleurs étrangers en situation irrégulière et a été l’une des principales artistes du concert Rock Sans Papiers à Bercy (18 septembre 2010) allant chanter devant  notamment devant le Ministère de l’immigration avec Jane Birkin et Agnès Jaoui.

Le public semble avoir définitivement adopté la simplicité, la liberté d’expression de cette jeune artiste sensible, directe, épanouie et inclassable dans la diversité de son inspiration la richesse de son écriture et la singularité de ses choix musicaux.

"En toute amitié"
(extrait)
 
 
  DossierAubret.jpg
 Isabelle AUBRET 

Née d’une famille qui comptera onze enfants, à Lille. De condition modeste, elle est ouvrière avant de devenir championne de France de gymnastique. Elle commence à chanter dans les bals et les galas populaires où sa voix claire et la blondeur éclatante de ses cheveux font merveille.

Elle est remarquée par Bruno Coquatrix, alors directeur de l’Olympia qui la fait engager dans un cabaret parisien. En 1961, elle enregistre son premier disque Nous les amoureux. Deux rencontres seront bien vite déterminantes pour la suite de sa carrière. Jean Ferrat, qui deviendra son grand ami et Gérard Meys futur directeur de sa firme discographique. Tous deux sont subjugués par son charme. Jean Ferrat lui écrit Deux enfants au soleil et Gérard Meys lui fait signer un contrat.

En 1962,elle remporte le Prix de l’Eurovision avec Un premier amour. Le grand public la découvre en tournée, notamment avec Jacques Brel, où elle se produit en vedette américaine.

L’année suivante, elle est victime d’un grave accident de la route qui interrompt brutalement sa carrière pendant six ans. Avec un courage exemplaire, elle revient en scène cependant que Jean Ferrat, émerveillé, compose pour elle C’est beau la vie, un titre qui va émouvoir la France entière, et que Jacques Brel lui offre La fanette.

En 1968, elle remporte à nouveau le Prix Eurovision avec La source et repart en tournées en province et à l’étranger où elle interprète tout en douceur et avec un souci esthétique très affirmé Aragon, Brel, Brassens, Béart et Ferrat.

En 1980, elle séduit les japonais qui la consacrent Meilleure chanteuse du Monde. Au sommet de sa carrière, elle va encore subir la loi implacable de la malchance en 1982, en faisant une terrible chute au Gala de l’Union des Artistes où elle effectue un numéro de trapèze volant. Elle disparaît à nouveau pendant deux ans, mais son courage et son opiniâtreté la ramènent au premier plan et elle décide de rajeunir son style avec des chansons de Pierre Grosz, Claude Lemesle et Jean-Jacques Goldman.

En 1985, ses convictions politiques la conduisent à chanter toujours avec bonheur 1789 qui l’éloigne de l’univers conservateur du show-business. En 1991, elle enregistre sous le label Disques Meys 14 standards en anglais et, l’année suivante, un album Aragon sous le même label.

Aujourd’hui, en 2011, elle va conquérir le Palais des Sports, à Paris, au terme d’une série de concerts en province.

Le charme de sa voix et de sa personne agit toujours pour un public séduit par la qualité de son répertoire et sa sincérité d’interprète.

"Deux enfants au soleil" (extrait)
Jean Ferrat
 
 
DossierJulien.jpg
Pauline JULIEN

L’enfant terrible du Québec caractérisée par un appétit d’amour, de vie et de liberté.

Elle est la petite dernière d’une famille de onze enfants, d’abord attirée par le théâtre, avant le cinéma et la chanson. Une année à l’école de musique de Québec avant de gagner Montréal où elle rejoint la Compagnie du Masque.

Une bourse gouvernementale obtenue à l’audace, en 1951, lui permet de vivre à Paris la grande aventure de la Rive Gauche. Elle y rencontre Barbara, Anne Sylvestre, Léo Ferré, Jean Ferrat et Bernard Haller avant d’interpréter les chansons de Boris Vian et celles de Bertolt Brecht.

A l’Olympia, elle remporte le premier prix au concours des Numéros 1 de demain.

En 1957, forte de sa consécration parisienne, elle retourne au Québec. Elle rencontre Gilles Vigneault, est invitée à la radio et à la télévision et interprète le rôle de Jenny dans l’opéra de quat’sous de Brecht.

Insensiblement, une double prise de conscience va orienter son action en faveur de la libération de la Femme et celle du Québec. Elle ne tardera pas à rejoindre le mouvement indépendantiste qui se développe dans un climat insurrectionnel. En 1970, elle est arrêtée par l’armée canadienne de l’autorité fédérale et emprisonnée. Elle écrit alors une chanson qui est un appel à la révolte Eille. En novembre 1976, le Parti Québécois fête sa victoire, mais le rêve ne dure pas puisque le 20 mai 1980, le Québec se prononce contre l’entente proposée entre le Québec et le Canada, préfiguration d’une lointaine et possible indépendance.

En 1985, Pauline Julien renonce à prolonger l’épreuve du récital qu’elle pratique depuis trente années. Avec Anne Sylvestre, elle présente Gémeaux croisés.

Attirée par le continent africain, elle rejoint le Burkina Faso dans le cadre d’une mission humanitaire. Elle parcourt les  villages à moto pour participer à l’alphabétisation des jeunes et des femmes et essayer de répondre aux problèmes de malnutrition des enfants. Les conditions de vie sont précaires, mais sa générosité n’a pas de limite.

Elle subit les premiers symptômes d’une maladie cérébrale qui la déstabilise et perd en 1994 son compagnon de toujours, Gérald Godin, poète, éditeur, journaliste et militant actif de la cause indépendantiste.

Vaincue par la maladie et la solitude, elle se donne la mort le 1er octobre 1998 à son domicile de Montréal.

Belle et farouche,  farouche et tendre comme l’était sans doute le bébé qui refusait le biberon pour se nourrir à la cuillère, farouche comme l’était cette fillette de douze ans qui contredisait à tort ou à raison sa maîtresse de classe dans la congrégation des Filles de Jésus, farouche enfin cette jeune chanteuse qui, en 1964, refusait de chanter pour la Reine d’Angleterre qu’elle qualifiait d’étrangère.

Telle était Pauline Julien, artiste flamboyante, femme généreuse et libre.

"Ce soir, j'ai l'âme à la tendresse" (extrait)
Pauline Julien - François Dampierre  
 
 
 
  DossierDufresne.JPG
 Diane DUFRESNE

Dans le monde de la chanson, son arrivée, et ce n’est pas un hasard, coïncide  avec la libération des mœurs engendrée par l’émancipation du Québec dans les années 60/70et l’avènement du rock.

C’est précisément en 1965 que, dans une boîte à chanson de la banlieue de Montréal où elle chante Brel et Ferré, qu’elle rencontre Luc Plamondon, son futur parolier. L’année suivante, elle est à Paris où, après un bref passage dans un cabaret de Montmartre, elle opte pour la Rive Gauche à l’Ecluse et l’Echelle de Jacob, mais le public n’est pas prêt et c’est l’échec. De retour au pays, elle est considérée comme trop française.

Il lui faut rencontrer François Cousineau, jeune compositeur, pour relancer sa carrière.

En 1972, elle sort son premier album Tiens-toé ben, j’arrive qui déjà , la caractérise dans l’outrance, la provocation, l’humour, la tendresse et la violence. Ce cocktail détonant surprend le public désarçonné par une présence scénique volcanique. Son premier 45 tours J’ai rencontré l’homme de ma vie est un succès immédiat.

Il faut attendre l’année suivante et la tournée Québec à Paris où, avec Chanson pour Elvis  elle est adoptée par le public français.

En 1978, l’opéra rock  Starmania écrit par Plamondon sur une musique de Michel Berger lui offre un rôle à la mesure de son talent et un énorme succès .

Au Québec, elle chante le 23 juin 1981 devant 350.000 personnes pour la clôture du show de la Saint-Jean, Fête Nationale. Mais depuis 1980, le ton de son répertoire est devenu plus nostalgique, mais en scène, quelle que soit l’ambiance de la chanson, le personnage est toujours juste, même dans la démesure et se confond avec le titre interprété.

En 1984, au stade olympique de Montréal où elle se produit en rose, 46.000 personnes se présentent ainsi vêtues. Le déguisement du public et le sien se confirmeront encore pour assister au Symphonique n’roll présenté dans de nombreux pays entre 1988 et 1992.

Cette belle bête de scène a enregistré pas moins de 26 albums entre 1969 et 2000, avec une intensité, une dose de provocation et un romantisme rock’n’roll jovial et réjouissant.

 
"J’ai rencontré l’homme de ma vie" (extrait)
F. Cousineau / L Plamondon
 
 
DossierBernard.jpg
 Michèle BERNARD

Auteur-compositeur et interprète née à Lyon.. Elle a consacré quelques années au théâtre avant de choisir la chanson pour s’exprimer.

Premiers cours de piano en 1953 et, vingt années plus tard, premier vinyle Le temps des cerises et première série de concerts.

Il lui faut attendre le Printemps de Bourges 1978 et son second enregistrement Le kiosque est récompensé par le Prix de l’académie Charles Cros pour se faire connaître. Depuis, des dizaines de chansons et, à nouveau, le Printemps de Bourges 1980 et le Festival d’Eté de Québec. Un troisième vinyle Sur ces routes grises.

Elle s’affirme comme une artiste beaucoup plus préoccupée par ses choix artistiques que par la promotion que pourraient, dans le meilleur des cas, lui assurer les médias. Michèle Bernard est une artiste d’exception dont les textes sont imprégnés de générosité, d’humanité et d’humour. Ses mélodies puisent aux plus belles sources d’inspiration et lorsqu’elle choisit d’interpréter, elle prend tous les risques, en particulier celui de chanter en s’accompagnant à l’accordéon l’un des titres les plus difficiles de Félix Leclerc La Drave, qu’elle offre à son auteur dans le cadre de l’hommage qui lui est rendu au Printemps de Bourges 1982.

Cette même année est édité son quatrième vinyle Le bar du grand désir.

Et son audience prend le large pendant trois ans, en tournée en France et au Chili. En 1987, cinquième vinyle Pleurez pas.

 En 1988, premier album CD En public. Michèle Bernard est programmée au Printemps de Bourges et au Café de la Danse. Une fois encore, elle obtient le Prix de l’académie Charles Cros. On la retrouve au Festival d’Avignon de 1989 à 1991.

Dans le domaine de l’éducation populaire, elle ne cesse de manifester une présence très active, sans délaisser pour autant une création riche et diversifiée dans des créations de spectacles musicaux pour le théâtre, la composition de musiques pour le théâtre et la télévision, et des mises en scène. Elle écrit également pour les enfants (Editions Mômeludies, Rencontres Chorales de la région PACA, rencontres vocales Rhône-Alpes).

Elle intervient dans de nombreux stages et ateliers et organise au sein de l’association Musiques à l’Usine un ensemble de festivités dans le Parc du Pilat et dans son village de la Loire Saint-Julien-Molin-Molette.

Quatorze productions Mômeludies aux Editions Le Fonds de l’Air est frais, et une vingtaine d’enregistrements de grande qualité jalonnent son parcours ainsi que quatre spectacles importants : Diva Blues, Des nuits noires de monde, pour chanteuse, chœur de femmes et petit orchestre forain, Lala et le cirque du vente, comédie musicale de Anne Sylvestre et L’oiseau noir du champ fauve consacré à Louise Michel, révolutionnaire de la Commune de Paris  et surnommée la Vierge Rouge.

Avec le temps, le propos est plus doux, les mots moins revendicatifs. Michèle Bernard chante toujours les anonymes, sans fard, ni gloriole. Elle pose sur eux un regard de tendresse qui devient colère lorsque le mépris gagne le Monde.

 
"Trois pigeons sur la fenêtre"
De et avec Michèle Bernard et le groupe "Evasion"
"Des nuits noires de monde"
 
Jean Dufour & Gérard Gorsse, Février 2011
 
______________________________________________________________________________________________________________
 
 Valette1.jpg
 
Michel Valette

 
Michel Valette

La Colombière, AUNAY-MARECHAUX  - 91640 – BRIIS sous FORGES

Tel & Fax : 01 64 90 76 25 - Port : 06 82 30 09 14
 
 VISITEZ LE SITE WEB : http://michelvalette.lacolombe.org/
  
 
Avertissement  :

Tous droits de reproduction, de copies par quelques moyens que ce soit, sont rigoureusement interdits sans mon autorisation et que l’utilisation d’extraits partiels qui en seraient tirés doit obligatoirement faire figurer la date ci-dessus  et mon nom.

Michel Valette
 
Elles sont l’avenir de l’homme …

Je vais donc me forcer à ne parler que d’elles.


Avant la guerre (de 39-40)

Au cours de mon adolescence boutonneuse, je ne disposais que d’une radio pour y entendre des chansons. Certes ma mère avant qu’elle n’eut la douleur de perdre la sienne m’avait fredonné d’une fort jolie voix des chansons sentimentales de Lucienne Boyer Parlez-moi d’amour, de Berthe Silva,  chargées d’une émotion inévitable comme les célèbres Roses blanches, des chansons rigolotes de Mistinguett  ou de Joséphine Baker et de quelques autres tirées pour la plupart d’opérettes comme le Pays du Sourire ou L’Auberge du Cheval Blanc. J’avais aussi entendu, je ne sais plus où,  les chansons d’une diseuse exceptionnelle des années 20, Yvette Guilbert dont Le fiacre était un petit chef d’œuvre. Quoiqu’il en soit, ma mère se tut définitivement après son deuil.

L’intérêt que représentait alors la T-est-ce-F était son éclectisme total en matière de musique. Tous les styles de chansons françaises y étaient diffusés et les musiques dites de genre c’est-à-dire légères côtoyaient la musique classique aussi bien que les fanfares et les valses musette. Chacun à condition d’être patient y trouvait ce qu’il aimait et forgeait à sa guise son bon goût ou son mauvais goût. On pouvait ainsi préférer Charles Trenet, Jean Kiepura et Martha Eggert à Tino Rossi. Lys Gauty et son Chaland qui passe annonça pour moi la fin de la paix. A peu près en même temps que la très agréable Danielle Darrieux et son Premier Rendez-Vous.

Pendant la guerre ni Léo Marjane, ni Rina Ketty, ni Suzy Delair ne me fascinèrent, je les trouvais trop gnangnan et j’étais peu sensible aux voix d’opérette d’alors. J’eus du respect pour Damia et pour Frehel dont le phrasé dramatique m’impressionnait mais qui pour moi était déjà toutes deux des vieilles dames. Enfin on pouvait découvrir en écoutant sa parodie sur Radio Londres une comédienne allemande devenue chanteuse qui savait faire pleurer les soldats d’occupation Marlène Dietrich. Suzy Solidor reprit sa chanson Lili Marleen ce  qui lui valut d’être épurée à la libération. Mais elle anima par la suite un cabaret rue Balzac où de nombreux copains chanteurs passèrent. Marianne Oswald allemande comme Marlène, morte en 1937 l’avait précédée elle aussi, en chantant en français des chansons de Brecht, et déjà de Prévert et de Cocteau. Plus tard, Marlène Dietrich devait enregistrer des disques en français à la demande et sous la direction de Jacques Canetti.

La chanteuse qui pendant l’occupation représenta le mieux le pétainisme ambiant fut Irène de Trébert la Mademoiselle Swing de l’époque, sans aucune arrière pensée politique. On disait d’elle qu’elle faisait partie des zazous, mot créé pour évoquer les pales imitations du skat qui étaient bien loin de valoir les musiques de Trenet. Dans le même temps, on commença à entendre sur Radio Londres Anna Marly nous interpréter Le Chant des Partisans.

Concurrente de Marlène Dietrich la suédoise Zarah Léander n’acquit pas en France la même popularité et à ma connaissance ne chanta pas en français.


A la Libération

Tant pis si cet article ne devrait faire mention que des chanteuses francophones je ne peux m’empêcher de parler du plaisir que j’ai ressenti à la libération en découvrant avec plus de quarante ans de retard la vraie musique de jazz, celle du peuple noir, qui d’abord me surprit puis me fascina. J’avais ignoré dans ma jeunesse l’épopée parisienne du Bal Nègre des années 30 rendu célèbre grâce au Cabaret du Bœuf sur le Toit. Je découvris alors tardivement les chanteuses noires Mahalia Jackson, Sarah Vaughan, Billie HollydayBessie Smith et surtout la grande Ella Fitzgerald (et le véritable skat), qui tous pays confondus, reste pour moi une des plus grandes chanteuses du monde au XXe  siècle.

Parmi les françaises qui chantaient, je repérai une certaine Mireille qui avait l’audace de swinguer ses chansons et qui apportait incontestablement une jeunesse à une forme de chanson française un peu poussiéreuse. Les Sœurs Etienne m’amusèrent.  Irène Hilda venue des USA se consacrait à des chansons traduites de l’américain mais ne balançait pas et chantait I love Paris.

Mon éclectisme me fit aussi apprécier la chanson réaliste française lorsqu’elle était interprétée par Renée Lebas et surtout Edith Piaf qui par son interprétation et son phrasé exceptionnels sut donner une noblesse inattendue à des textes souvent très médiocres. Mais après tout, les textes anglais des blues que j’aimais n’étaient-ils pas eux aussi d’une extrême pauvreté ?

Quand j’atteignis mes dix sept ans, je fus vivement impressionné par la voix très sensuelle d’une chanteuse de 22 ans Josette Daydé. Je ne connaissais son visage et son allure que par les petits formats que je pouvais me procurer à des prix très raisonnables. J’aimais sa façon de chanter Quand Betty fait boop et surtout Je suis amoureuse de mon prof d’anglais, Mister Jimmy Bradley…. Je lui écrivis pour lui demander une photo dédicacée qu’elle m’envoya sans me faire attendre  "Vivent les chansons et les garçons ! ". Elle avait aussi à son répertoire Le rythme américain qu’elle chantait beaucoup mieux que Lili Fayol, une chanteuse qui connut un succès populaire important dans ses années là et que je trouvais d’une grande vulgarité (Le Gros Bill, La guitare à Chiquita). Cette Lili avait une vingtaine d’années de plus que Josette ! Marie Dubas avait également plu à un public important et je devais rencontrer plus tard des chanteurs à qui elle avait donné des conseils utiles. Je n’étais quant à moi aucunement emballé par son J’y va-t-y, j’y va-t-y pas !  D’après ce que j’ai appris plus tard, elle avait été fascinante sur scène dans les années 30.

Il faut se rendre compte que je n’avais jamais vu toutes ces chanteuses, ni en scène, ni à l’écran et que je n’imaginais à l’époque leur gestuelle et leur physique que comme doivent le faire aujourd’hui les non-voyants. Je vivais en province dans la ville de Laon et les quelques spectacles que j’y pus voir après la Libération n’étaient souvent que des pales copies des émissions publiques qui se faisaient pour et par la radiodiffusion française. (D’insipides radios crochets, des Ploums ploums tralalas par exemple)

J’avais donc une culture chanson exclusivement radiophonique et ma radio était tout le temps branchée pendant mes devoirs scolaires.


Après mes études

Lorsque, les deux bacs en poche, je vins finir mes études à Paris après deux ans à Strasbourg,  je découvris en allant voir Irma la Douce. Colette Renard dont la voix me séduisit. Une décennie plus tard elle devait devenir une amie et j’admirais sa parfaite diction et sa rigueur musicale. J’admirais aussi Juliette Gréco que je vis au Tabou et Cora Vaucaire que j’allais voir au Bar Vert. La qualité de leur répertoire me rendit  plus sensible et plus exigeant quant au choix des textes et à partir de ce moment-là, je sus séparer la chanson de divertissement banal de la chanson signifiante soit poétique soit humoristique, celle qui possédait pour moi une valeur littéraire. Qu’on ne me vienne surtout pas me parler de chanson intellectuelle !

Agnès Capri disait merveilleusement ses textes. Je me suis appris alors à aimer en priorité  Germaine Montero chantant Mac Orlan et Catherine Sauvage dans les chansons de Léo Ferré et des poètes. Mes goûts allèrent aussi vers Lucette Raillat pour sa Môme aux Boutons de l’ami Pierre Louki, vers Patachou dans Brassens, puis plus tard dans Béart, vers Christiane Legrand dans ses chansons jazzy, bien plus que vers Georgette Lemaire, Gloria Lasso, Gaby Bruyère, Mireille Mathieu, Dalida, Rika Zaraï. Lesquelles faisant pour moi partie d’une famille bien distincte. Je ne les méprisais pas mais ce n’était pas ma tasse de thé.

J’avais parfois du mal à classer certaines chanteuses dans l’une ou l’autre de ces familles et j’avoue avoir eu de la tendresse pour des interprètes comme Yvette Giraud, Zizi Jeanmaire, Jacqueline François, Lucienne Delyle, Line Renaud, Nana Mouskouri, Petula Clark et d’apprécier l’abattage d’Annie Cordy, sans qu’aucune d’entr’elles ne fasse partie de mes préférées.

En revanche même moins connues j’appréciais Georgie Viennet, Brigitte Sabouraud, Béatrice Moulin et Michèle Arnaud la muse de Francis Claude.


Lorsque nous créâmes mon épouse et moi le Cabaret de la Colombe,

A partir de 1954, ayant créé La Colombe, je me spécialisai dans la découverte d’artistes non connus, qui débutaient ou presque. J’eus la chance de tomber dès 55, sur une merveilleuse interprète, qui également écrivait de remarquables chansons poétiques Hélène Martin.

Elle reste aujourd’hui une des plus grandes poétesses de la chanson du siècle. Peu après, je fis débuter Colette Chevrot un véritable titi dont la gouaille fit les beaux jours de la Colombe mais qui, mal conseillée par des directeurs artistiques de maisons de disques, s’engagea dans une voix plus commerciale qui se révéla être pour elle, une impasse.

Pour ne parler que du beau sexe, mes recrues furent Jacqueline Dorian, une excellente comédienne qui avait monté un duo avec Paul Hébert et qui plus tard monta un numéro pour elle seule et créa en 1964 un cabaret La Chanson Galande, Eliane Lubin une jeune fille très émouvante dans un premier tour d’auteure-compositrice fraîche et naïve. Elle devait par la suite se sophistiquer  sans pour autant perdre sa fraîcheur vocale.

Anne Sylvestre fut et reste pour moi un fleuron parmi mes débutantes. Bien qu’elle fut pendant plusieurs années occultée par les média qui voulurent ignorer ses chansons d’adulte pour ne vouloir considérer que ses Fabulettes pour les enfants, elle repart avec vigueur depuis le début du nouveau siècle sans jamais s’être laissé aller à une quelconque médiocrité. Elle est devenue sans contexte une référence en matière de chansons de qualité. 

Marie-Claire Pichaud après avoir fait plusieurs disques marqués par un certain mysticisme, laissa tomber la chanson pour la peinture sous le nom de Marie Pichaud. Mariel Clarmont jeune poétesse à la guitare, atteinte d’un problème de surdité, se consacre aujourd’hui avec un grand talent à la tapisserie d’art. Une autre auteure compositrice, Isabelle Florent ne persista pas après la disparition des cabarets d’auteur.

Je donnai aussi sa chance à Luce Klein qui fit des débuts très honorables avec ses propres chansons et qui créa avec Christian Dente et Gilles Elbaz une école de la chanson, devenue aujourd’hui sous une autre direction La Manufacture Chanson.

A la Colombe Françoise Marin chantait des chansons d’un inconnu du nom de Pierre Perret qui l’accompagnait à la guitare et ainsi me permit de le faire débuter lui aussi. Elle continua seule par la suite d’abord sous le nom de Françoise Lo  en assurant le secrétariat de Barbara et d’Anne Sylvestre, puis sous le nom de Sophie Mac No quand elle se remit à chanter cette fois ses propres chansons.

Dans la salle du premier étage de la Colombe où il y avait un piano et un pianiste pour accompagner les artistes je programmai Elisabeth Carradot, une chanteuse de haute taille interprète pleine d’autorité, Danielle Darmond interprète plutôt fleur bleue, Mireille Desbois, piquante et malicieuse, Suzanne Girard, sensuelle et charmeuse. Anne Alexandre une bonne comédienne reprit les chansons d’Yvette Guilbert puis monta un duo humoristique avec Jackie Molho une fantaisiste.

Parmi celles qui devinrent de très grandes chanteuses, j’ai engagé la majestueuse Monique Morelli, et la subtile Christine Sèvres dont la présence sur scène captivait nos spectateurs (une très grande interprète). Elle se maria avec Jean Ferrat et quitta hélas le métier de chanteuse.

Arlette Bach est une comédienne qui essaya des chansons fantaisistes au cabaret, Lilyane Vasseur chanta quelques mois ses chansons à la guitare, puis fit ensuite une carrière de chorégraphe sous le nom de Mélanie Grant et revient aujourd’hui à la chanson.

Pauline Julien une très grande comédienne venue de Québec où elle devait par la suite refuser de saluer la Reine d’Angleterre venue la féliciter pour un prix qu’on lui avait attribué, passa plusieurs fois à la Colombe en chantant du Brecht, du Ferré et de l’Anne Sylvestre. Elle devait avec cette dernière monter un spectacle Gémeaux croisés qui remporta un franc succès.

Jeanine Forney fut une interprète estimable que j’ai perdue de vue par la suite.

Christiane Tiack était une auteure-compositrice suisse. Après deux passages de trois semaines à la Colombe, elle participa à un cabaret et à une tournée en Suisse puis y créa une association culturelle à Lausanne « La Pena del Sol » dont elle est la présidente. 

Lucile Pierre, participa à un duo « Les Menestriers » en chantant du country américain traduit puis chanta seule des chansons de son cru d’une voix à la Joan Baez.

Maryse Simonneau, chantait des grands auteurs Aznavour Léo Ferré, Brassens et Louise Verdal. Ico Pruneau avec une certaine sensualité ajoutait Ferrat à FerréAnne Gacoin petite bonne femme au coffre puissant, passait des chansons acidulées de Boris Vian à  celles souvent très fortes de son compagnon Jean-Claude Massoulié.

Francesca Solleville fit et fait toujours partie des meilleures chanteuses du « Protest song » français. De sa voix puissante et sans concessions, elle mord, elle attaque, elle crie que ce soit contre le racisme comme dans La petite Juive de Maurice Fanon, contre l’armée, les guerres et les injustices en défendant avec fougue de grandes chansons de Jean Ferrat.

Christiane Jacquier était malicieuse et excellait dans des chansons insidieusement perverses. Anne Krier la compagne de Claude Vinci fit une brève apparition dans la chanson mais laisse un souvenir d’une voix fraîche et douce. Elle s’exprima ensuite  dans les arts décoratifs. Claudette Cico avait une bonne petite bouille ronde,  Renée Tolédano était plutôt rigolote, Virginie Vitry chantait Jacques Prévert et Raymond Queneau avec beaucoup de fraîcheur,  Dominique Ney compositrice-interprète s’accompagnait au piano et fit un temps un duo avec le chanteur Gilles Olivier. Stella Bray chantait à l’époque des chansons d’Anne Sylvestre et de Jean Ferrat mais aujourd’hui sous le nom de Stella Gutman elle interprète des chants judéo-espagnols.

Chantal Laurentie était inénarrable dans des reprises de chansons de Mistinguett. Devenue par la suite une excellente sculpteure au Mexique, elle mourut victime d’un cancer, Marjorie passait de la légèreté drôle au romantisme grave et sensuel, Lydia Kilian à la voix enfantine chantait des bluettes de sa composition, Manouchka chantait L’amour quotidien qu’elle donna à Jean-Claude Pascal et Françoise Vatel était une comédienne rigoureuse dans ses choix qui avait essayé de mettre sur pied un répertoire de grande qualité.

Michèle Laurent une grande fille brune toujours de bonne humeur communiquait son rire au public avec des chansons prises chez Francis Blanche comme peut le faire aujourd’hui avec talent la chanteuse Annick Roux.

Pia Colombo alliait le charme et le métier en détaillant avec subtilité des chansons de Maurice Fanon qui fut son compagnon. Elle serait devenue une très grande si sa carrière et sa vie n’avaient brutalement été stoppées par un cancer, Lise Médini avait également fort bien démarré en mettant en musique des chansons poétiques du poète Sani mais elle ne revint pas d’un voyage en Inde qu’elle fit après mai 68, ainsi que Simone Bartel pour laquelle le comédien-poète Louis Ducreux avait écrit de très spirituelles chansons et qui chantait également Mac Orlan. Micheline Ramette était de la même trempe et interprétait AragonRilke, Desnos, Supervielle et elle aussi Mac Orlan.

Plus légère Christiane Lasquin interprétait de délicates chansons de son mari le comédien Ivernel et Louison Roblin avec sa voix bien placée d’une comédienne sans failles passait d’une époque à une autre en exhumant des chansons du passé, Annie Colette joviale et malicieuse chantait les textes de sa mère qu’elle avait mis en musique, Peggy Lonati avait les qualités d’une grande fantaisiste.

Chaleureuse et sensible Brigitte Sauvane chantait en puissance ou en douceur du Nougaro, du Gilbert Hennevic ou du Ferrat . Elle chantera plus tard les chansons de Damia et de Fréhel puis de Jacques Brel. Elle a été dernièrement au Théâtre une Mère Courage remarquable. Michèle Stalla passait en duo avec Christian Stalla dans des chansons de leur composition qui évoquaient les amoureux de Peynet. Marion Loran comédienne avait monté un tour de chant de fantaisiste où elle chantait Boris Vian, Roger Riffard, Bernard Dimey et Louis Ducreux cité plus haut.

Marie-Thérèse Orain elle aussi comédienne de talent, interprétait des chansons de Brel et des inédites d’auteurs peu connus avec une élégance rare. J’appréciais aussi une autre comédienne dotée d’un abattage étonnant et d’une voix qui en imposait : Catherine Seneur, taillée pour les grandes chansons de l’Opéra de quatre sous de Brecht et Kurt Veill. Odile Ezdra chantait dans le duo Marc et Odile des chansons de Ferré. Le duo se sépara et ce n’est qu’après l’arrêt des attractions qu’Odile monta un numéro seule avec talent .

 

Les dernières chanteuses que je pus programmer à la Colombe avant l’arrêt du cabaret furent :

Louise Verdal, que j’avais retenue pour ses excellentes chansons d’auteure-compositrice ne put que passer 3 semaines et je le regrette d’autant plus que je ne sais ce qu’elle est devenue.  Annie Nobel put passer deux fois trois semaines. Elle montera par la suite un duo avec Philippe Richeux qu’elle épousa. Elle continue aujourd’hui encore dans la chanson. Annie Perec interprétait ses propres textes qui  mis en musique par Ricet Barrier et Edgar de Bishoff étaient devenus des chansons fraîches et bien faites. C’était une adorable petite.

Une autre auteure-compositrice Monique Godard me fut envoyée par Jacques Canetti afin qu’elle se rode pour concourir au Prix de l’Académie de la Chanson. C’était une personne très réservée qui bien que n’ayant pas le profil des débutantes de l‘époque faisait des chansons solides et les interprétait joliment. Elle devait obtenir le prix au printemps 1964. Elle fit partie de l’un des derniers programmes.    

 J’avais donné une date de programmation à Gribouille qu’elle dut annuler à cause d’un deuil familial et je ne pus lui en trouver une autre car à cette époque là nous dûmes stopper à fin mai 1964 les engagements d’artistes. J’ai regretté beaucoup de ne pouvoir la faire travailler car j’aimais son côté Gavroche et ses chansons. Elle connut peu après une fin tragique.

Il me faut préciser que la grande Barbara n’a chanté que 3 soirs à la Colombe. Lorsqu’elle était venue me demander de la programmer, elle était déjà une vedette et je lui expliquai que ne programmant que des débutants, il n’était pas question que je le fasse. Elle insistait tellement que je lui permis de remplacer Christine Sèvres pendant trois soirs. Elle ne présenta jamais le modeste chèque que je lui remis comme cachet.


Après l’arrêt des attractions :

La Colombe se convertit en restaurant sans spectacles et devait devenir en quelques années un restaurant gastronomique très côté. La musique de fond se composa alors de musique classique, en général  baroque afin d’éviter les frais de SACEM qui avaient contribué à la chute  du cabaret  et nous ne retrouvions l’ambiance chansons que les deux soirs du réveillon de fin d’année.  Je demandai alors à des amis chanteurs de venir animer ces soirées. C’étaient en général des anciens de la Colombe mais aussi des artistes entendus après coup comme ce fut le cas pour Valérie Ambroise qui chantait ses propres chansons et qui plus tard  interpréta magistralement Brassens.

Je voudrais parler aussi de deux auteures de chansons qui n’en interprétèrent jamais aucune mais qui furent d’une grande importance dans l’histoire de la chanson. Michèle Senlis et Claude Delécluse écrivirent plus de 500 chansons pour Edith Piaf, Yves Montand, Jean Ferrat et de nombreux autres interprètes.

Pour ceux qui s’intéressent à cette partie de l’histoire de la chanson du XXème  siècle et découvrir aussi les chanteurs (hommes)  que j’ai engagés en même temps que toutes ces dames, je leur conseille de se procurer mon livre : «Le Joli Temps de la Colombe» qui devrait paraître dans l’année.


Celles que je n’ai pas engagées :

On peut s’interroger sur le fait que pendant cette période Cabaret de la Colombe, Je sois passé à côté de chanteuses estimables comme Béatrice Arnac, Jacqueline Danno, Caroline Clerc et Anne Vanderlove. Subjectivement je dois avouer qu’elles ne m’ont pas touché.

D’autres sont venues me voir alors que mes derniers programmes étaient complets et j’ai regretté de ne pas avoir pu les faire travailler : Julietta ironique et charmeuse,  Jacqueline Dulac que j’admirai beaucoup pour sa délicatesse, Eva, une chanteuse allemande d’une grande expressivité, Frida Boccara dont la voix était superbe et nuancée, Colette Magny que je me mis à apprécier hélas trop tard, Brigitte Fontaine qui avait déjà en elle les prémices de sa magnifique dinguerie, Dominique Grange qui débutait  et n’était pas encore devenue la pasionaria de mai 68, Catherine Ribeiro qui à l’époque ne passait qu’avec un orchestre rock. Je fus également intéressé par Catherine Derain dont je n’ai plus qu’un vague souvenir. Si elle était venue me voir à ses débuts j’aurais certes engagé Isabelle Aubret. Je découvris plus tard une intéressante tragédienne de la chanson Sarah Boréo et Vanina Michel passée de Hair où elle chantait avec Julien Clerc à des chansons plus « traditionnelles » dans leur forme.

Lorsque je devins animateur du service culturel de La Mouff, je découvris Mannick, à la voix cristalline, Mama Béa, chaleureuse et puissante, Myriam Anissimov qui à ma connaissance ne persista pas dans la chanson alors qu’elle me paraissait très douée, Claude Antonini une prêtresse de la chanson de qualité et surtout Michèle Bernard devenue aujourd’hui par son grand talent la vedette d’un public avide de pureté et rébarbatif aux nouvelles stars de la télévision. Parmi celles qui vinrent plus tard je citerai Danielle Messia qui disparut trop tôt, Maurane et Juliette pour qui j’ai énormément d’admiration. Je n’avais entendu France Léa que dans des textes et elle s’est mise ensuite fort joliment à la chanson

Je n’avais pu engager celles qui entre temps étaient devenues déjà des vedettes.  J’appréciais  Magali Noël qui chantait remarquablement Boris Vian, Nicole Croizille dans ses chansons de Michel Legrand, Piarre Barouh et Jean-Pierre Lang, la polonaise Anna Prucnal, la grande Jeanne Moreau dans ses chansons de Bassiak (Rezvani) et Catherine Lara.

Toutes les chanteuses du Québec (je devrais dire peu d’entre elles) ne sont pas parvenues à nos oreilles mais je serai injuste de ne pas reconnaître à celles que nous avons pu entendre et parfois voir, un talent global : Linda Lemay, Isabelle Boulay, Louise Forestier, Hélène Maurice, Louise Portal, Diane Tell, Fabienne Thibeault, Diane Dufresne, Renée ClaudeCarole LaureNatacha Saint-Pierre.

Pour parler de celles qui présentaient pour moi un intérêt moindre (Celles qui n’étaient pas « de la même famille »), je citerai : Brigitte Bardot, France Gall, Jeanne Mas, Jane Birkin, Céline Dion, Lara Fabian, Zazie, Clio. Je ne peux que reconnaître leur professionnalisme.

Je classerai à part Françoise Hardy que j’avais trouvé mièvre et insipide à ses débuts et qui de chansons en chansons a amélioré la qualité de ses textes et de ses musiques pour devenir une chanteuse très estimable. Je ne déteste pas non plus Véronique Sanson.

Je n'oublie pas Martine Sarri, Mireille Rivat, Anne Péko, Arlette Téphany, Martine Caplanne, Arlette Mirapeu, Clarisse Lavanant, Véronique Pestel et Marie-Paulle Belle.

 

Je présente ici mes excuses à celles que ma mémoire de vieux bonhomme aurait occultées.

Si j’ai moins d’intérêt à vous parler des chanteuses des 30 dernières années, ce n’est pas par mépris pour les jeunes mais par apitoiement sur leur sort dans un système qui les bride. J’ai du mépris pour les machines à faire des vedettes qui les formatent, les transforment, les utilisent comme des produits jetables à consommer rapidement.  On les fait enregistrer n’importe quoi sans aucun respect pour leurs propres œuvres en s’arrangeant pour que la balance du son ne permette pas à un auditeur moyen de comprendre leurs paroles. Seuls des cris ou des chuchotements dominent. Leur message s’ils en ont un, est incompréhensible. Quelques-unes réussissent malgré tout à sortir du lot de la médiocrité.

Voilà. Malgré cette conclusion pessimiste, cette immersion dans l’univers féminin de la chanson francophone m’a rempli de joie. Mes choix comme vous pouvez le constater ont été subjectifs et je les assume.

Michel VALETTE,  Mars 2011

Michel Valette a déjà publié deux livres :  "De Verdun à Cayenne" qui est une biographie authentique de Robert Porchet déserteur en 1916 et condamné à quinze ans de bagne à Cayenne et "Jean Ferrat tout simplement" l’histoire de son amitié avec le poète chanteur découvert à la Colombe en 1956.

En attente de publication "Le Joli Temps de la Colombe".

 
© 2013 Chanson Rebelle