La première fois que je suis allé écouter Jacques Brel, j'ai eu la
chance de me trouver dans les premiers rangs de la salle. J'avoue que
j'ai été impressionné, jusqu'à avoir les poils des bras hérissés en
regardant ce chanteur nous envoyer en "pleine gueule" sa souffrance, sa
révolte, sa soif de dire et de chanter. Lui, dont on disait qu'il
vomissait avant de rentrer sur scène car il avait une peur bleue, était
capable de vous entraîner dans une spirale inimaginable. L'on ne
pouvait pas sortir de ses concerts indemne, à moins de ne pas avoir de
cœur ni de sensibilité. Il éructait ses chansons avec de la sueur, des
larmes, des postillons, des rictus du visage, des déformations de son
corps que c'en était parfois difficile à supporter tant tout chez lui
vibrait pour debout nous mettre dans les bras ses textes.
Brel est né en 1929 près de Bruxelles d'une famille aisée. Médiocre
élève, surnommé "La bougeotte" par ses copains, il rate ses études,
rentre dans l'usine de son père, vend du carton et s'ennuie. Il écrit
des poèmes, gratte la guitare et s'installe à Paris en 1951. Après des
débuts difficiles aux "Trois Baudets", Brel passe à l'Alhambra avec
Zizi Jeanmaire et connaît le succès. Ce fut le début de sa carrière
qu'il faillit abandonner à de multiples reprises tellement le moule
dans lequel on voulait l'enfermer lui était insupportable.
Au delà de l'anecdote, Brel fut, avec Brassens, Ferré, Félix Leclerc et
quelques autres, un des précurseurs de cette chanson française qui a
bouleversé quelques décennies par sa tendresse, sa révolte, la qualité
de ses textes, son réalisme, son témoignage du temps présent. D'où
cette appellation de "Chansons à texte", en opposition à la chanson
guimauve qui permet de guincher le samedi soir et qui est d'une grande
médiocrité.
"Les bourgeois"
Brel, comme tant d'Auteur-Compositeurs de cette époque, a dépeint la
société dans laquelle il vivait en brossant des portraits de petites
gens avec leurs travers et ces petits traits d'humour, de joie, de
faiblesse et d'espoir qui font que l'homme est l'homme. Chanteur
torturé par les sentiments contradictoires qui l'animaient, Jacques
Brel présente une galerie de portraits sans concession, faisant fi de
toute bienséance, balayant des tabous, mais toujours avec un profond
respect du genre humain.
Jacques Brel a oscillé entre espoir et désespoir en ce qui concerne sa
carrière. Déçu du système qui l'oppressait et cette volonté de
continuer à dire et à chanter, entre le succès de ses spectacles et
l'insuccès de sa comédie musicale "L"homme de la Mancha", lui
l'explorateur du cœur des hommes, avec ce respect qui le caractérise,
il a voulu aller voir plus loin et tire le rideau de la scène en 1966
après 15 ans de chansons.
"Ne me quitte pas"
Brel, toujours plus loin
Jacques Brel abandonnant la scène de la chansons a choisi de se
consacrer au cinéma. Acteur, réalisateur, scénariste, il a participé à
un certain nombre de films.
"La chanson de Jacky"
Contrairement à Léo Ferré et Georges Brassens, Brel n'a pas milité pour
les mouvements libertaires et anarchistes. Il n'en demeure pas moi avec
eux un chanteur qui a marqué son temps
Filmographie
- 1967 "Les risques du métiers", film d'André Cayatte
- 1968 "La bande à Bonnot", film de Philippe Fourastie
- 1969 "Mon oncle Benjamin", film d'Edouart Molinaro
- 1970 "Mon Dragon" de Jean Valère
- 1970 "Les assassins de l'ordre", film de Marcel Carmé
- 1971 "Franz", film de Jacques Brel, avec Barbara
- 1972 "L'aventure c'est l'aventure", film de Claude Lelouch
- 1972 "Le bar de la fourche", film d'Alain Levent
- 1973 "Le Far West", film de Jacques Brel
- 1973 "L'emmerdeur", film d'Edouart Molinaro ,avec Lino Ventura
Extrait de l'affiche du film "Mon oncle Benjamin"
"La chanson des vieux amants"
Jacques Brel est passé de la chanson au cinéma, de comédien à
navigateur, puis de pilote d'avion à une retraite aux îles Marquise où
il décède en 1978 à l'âge de 49 ans. Sa disparition nous a laissé sans
voix tellement nous considérions son œuvre comme une œuvre immortelle,
tellement le personnage d'une telle force balayant tout sur son passage
ne pouvait être que présent à nos côtés.
Jacques Brel, ce géant avec un cœur si grand, avec ses révoltes que
nous avions faites nôtres, avec cette simplicité et cette fragilité que
nous nous y reconnaissions, s'en est allé sans faire de bruit, nous
laissant en héritage un dernier album, testament d'un homme qui a tant
dit.
"Voir un ami pleurer"
Bibliographie
Parmi les différents ouvrages consacrés à Jacques Brel, il n'existe
qu'une seule biographie vraiment complète. Pendant deux ans Olivier
TODD a rassemblé les éléments de son enquête de Bruxelles aux Marquises
en passant par la France. Il a recueilli les témoignages des compagnons
de métier du chanteur, de sa femme et de ses filles. Il a écouté les
souvenirs de ses amis et de ses compagnes. Il a exhumé textes inconnus,
poèmes, lettres, notes, embryons de romans, toute une correspondance
étonnante, attendrissante, irritante ainsi que des documents inédits et
de nombreuses photographies qui dévoilent l'homme sous la célébrité.
A signaler le livre "Jacques Brel va bien, il dort aux Marquises" de P. Berruer
Discographie
L'œuvre de Jacques Brel étant suffisamment importante, je ne peux pas
vous conseiller d'albums particuliers, laissez-vous là encore guider
par votre instinct. A noter toutefois le dernier album qu'il a
enregistré avant de nous quitter.
Un montage de Bernard Chaplais
"Interview de Jacques Brel à Knokke le zoute (Belgique), en 1971"
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