Gribouille
En 1966, j'ai découvert Gribouille en écoutant une jeune amie de
l'époque interpréter des chansons de cette artiste méconnue, alors que
nous avions créé, avec audace et innocence, une troupe baptisée
pompeusement "Rive Gauche" à Saint Étienne. J'ai été touché par les
textes qu'elle avait mis en musique, une révolte sourde, lucide et
réaliste qui me laissait quelques frissons lorsque je les écoutais.
Je n'ai su que plus tard qu'elle avait bénéficié de soins à
l'hôpital psychiatrique du Vinatier à Lyon. Une écorchée vif. Partie de
la région lyonnaise elle monte comme beaucoup d'artistes à Paris. Elle
rencontre Cocteau qui la met sur le rail des cabarets, puis Michel
Breuzard dont elle interprète les chansons en 1962, elle vit ensuite la
vie de bohème de cabaret en cabaret. Gribouille fait alors quelques
tournées en province et à l'étranger. A partir de 1966 elle enregistre
plusieurs 45 tours.
"Mathias" (G. Bourgeois et J.M. Rivière - Gribouille)
De Gribouille, hélas, ne restent que peu de trace. Sur la pochette
du 33 tours "Au présent définitif", Jean Monteaux (Le Nouveau Journal)
écrivait en janvier 1968:
"Un lutin à la tendresse râpeuse,
visage innombrable : colère, amour, joie douleur se succèdent en fondus
enchaînés. Des yeux qui crient. Un certain sourire entrouvert sur la
volonté de deux incisives. Une voix qui agresse la sensibilité. Un art
rugueux : s'y écorchent le cœur et l'esprit. Une silhouette tracée au
fusain. Des gestes donnant le choix : rêve ou cauchemar.
Tout cela : Gribouille. Et avec tout
cela, à "L'écluse", à "Bobino", au cabaret comme au music-hall, elle
vous bouleverse tel l'éclatement d'un amour au creux d'un orage."
"Les roses barbelées" (J. Moutet - Gribouille)
Plus loin, Jean Monteaux écrivait "Une
dizaine de "Dix-sept centimètres" (Pathé Marconi), une cinquantaine de
chansons. Toutes expriment la faim de vivre. Toute sont quête d'amitié.
Toutes exigent la communication. Parmi les plus acérées : "A ta santé,
Madame", "Dieu Julie", "Elle t'attend", "Les corbeaux", "Mathias", "Mon
ami, mon amour", "Si j'ai le cœur en berne".
"Les chansons sont au présent. Elles y
resteront. Depuis quelques jours, victime d'une intoxication
involontaire, et j'ai mes raisons de l'affirmer, Gribouille est à
l'imparfait. Pour beaucoup de gens".
"Pas pour ceux à qui elle a accordé son
affection. Pas pour moi. Elle demeure au présent définitif. Écoulez-la
: elle nous est bien sœur."
"A ta santé, Madame" (J. Debonckart - Gribouille)
Je sais, on croit rêver après une telle épitaphe rédigée en 1968.
Lorsqu'un chanteur nous quitte, en ce début de siècle, il est plus de
mise de porter des lunettes noires et d'utiliser le cirage, des fois
que l'on pourrait encore vendre des disques à titre posthume, comme
récemment lors de la disparition de Gilbert Bécaud. Gribouille s'en est
allée à l'âge de 27 ans, trop tôt, sans faire de bruit.
Monique Pianéa : " Quand tu la rencontrais, où tu te tirais dans le
quart d'heure qui suivait ou plus jamais, à tes risques et périls",
c'est bien cela Gribouille, où tu fuis où bien elle te prend aux tripes.
Gribouille a chanté des textes de Jacques Debronckart auquel j'ai consacré une page, car une sensibilité d'écorché vif les unissait.
Discographie
Je ne possède hélas qu'un disque de Gribouille (33 tours) de Pathé
Marconi, dont sont extraits les chansons qui figurent sur
cette page.
Les 45 tours:
- 1963 pat 1022
- 1964 ESRF 1475
- 1964 ESRF 1532
- 1965 ESRF 1603
- 1965 ESRF 1653
- 1966 ESRF 1754
- 1966 ESRF 1819
- 1968 EP 1196
Les 30 cm:
- 1968 SCTX 340.362
- 1962 C 062-11.912 MOURIR DE JOIE
Les C.D.:
- 1990 252.756-2 "Mourir de joie"
- 1997 855.243-2 "Mathias" (20 titres)
Bibliographie
"Je vais mourir demain", Edition Christian Pirot