Martin Gruer, sage réaliste & citoyen du monde
Martin Gruer est un griot blanc empreint de musique et de sagesse
africaines. Il a des choses à transmettre à ceux qui lui prêtent une
oreille attentive. De sa voix assurée et convaincante, Martin nous
parle de l'Afrique, mais aussi de ses colères contre l'intolérance et
la bêtise de notre monde européen, avec des accents de sincérité et de
passion.
Son écriture est concise, sans artifices, juste des mots simples
pour exprimer ses états d'âme, ses coups de coeur et ses coups de
gueule. La tendresse nous attend au détour de chaque vers, ainsi que la
fraternité, une main tendue vers "L'autre" avec générosité.
Les musiques aux accents africains portent les textes pour une meilleure écoute.
Martin est un chanteur qui marche en dehors des sentiers battus pour notre plus grand plaisir.
Bonne route à toi l'ami sur les chemins africains où l'on trouve encore ce que l'on a oublié chez nous : l'hospitalité !
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Bœuf au Magic Miror, Festival «Alors chante», Montauban, 2003
Le Parcours
"21 juillet 1952, naissance, ambiance rurale plutôt douce, richesse de
vie. Mère artiste, papa toubib. Modelage, peinture, gravure et
pyrogravure, émaux sur terre et sur métal, tricot, lirette, couture
main ou machine, menuiserie ou maçonnerie, voile ou cheval, camps
scout, camping, etc… Le Dimanche…Dame !… c’est la messe et tous
les sacrements. La chanson fait partie de la vie récréative de ma
famille depuis plusieurs générations. Folklore, chansons en canons, à
trois ou quatre voix. Il s’agit surtout de chansons bien sages mais qui
n’en sont pas moins le support d’échanges merveilleux entre nous.
1967 Première guitare. Une mexicaine qui s’accorde directement, avec
des mécaniques en bois. J’apprends seul et un peu en cachette. En
désaccord avec mon père. Je plie comme roseau sous les volontés
patriarcales du chêne, enfilant à petites moyennes et sans grande
conviction : Bacc scientifique, Fac de Bio puis Prépa véto. Les études
de Konrad Lorenz sur le comportement animal et humain m’interpellent
bien plus que la systématique. Echec aux concours d’entrée à l’école
vétérinaire donc service militaire !
1974 – 1975 – Rastatt, Allemagne, régiment semi disciplinaire, sans
doute repéré par les services des RG dans les grèves et les manifs de
72.
Excellents séjours répétés dans la prison militaire où j’arrive
toujours à faire incarcérer également ma guitare, pour le plaisir
des geôliers de garde. Premières compos mêlées à celles des
« maîtres » comme Serge Kerval, Djani Esposito, Hugues
Aufray, Graeme Allwright, Pete Seeger, Cohen, Dylan, Michel Corringe,
Glenmor, David Mac Neil, Pierre Barouh, Georges Brassens, Félix
Leclerc, et d’autres.
A ma libération, rues de Strasbourg, la « manche » avec mes
chansons pour gagner croûte et liberté. Le monde meilleur me semble
ailleurs et si je traîne un peu dans les festivals alternatifs de
l’époque, les MJC encore actives, les foyers de travailleurs, c’est
pour affirmer mes convictions que cette société du business qui ne
respecte rien des valeurs humaines file tout droit vers un mur. Je
prêche, avec mes copains, la décroissance à une société qui nous prend
pour des fous, des jeunes totalement fous et irresponsables. Nous
sommes des freaks.
Heureusement, pour ne pas me laisser dans la merde, KEROUAC, SALINGER
et TOLKIEN, me font sentir, pour de bon, l’odeur du grand large et les
parfums de la route. Si vous ajoutez Bob Marley vous avez le carburant.
1976 - Sac au dos et guitare pour mon premier voyage au Maroc.
Merveilleuse découverte du monde arabe, premières galères de route bien
sûr mais aussi premiers grands moments de liberté. C’est ainsi que le
monde est fait car à ces mêmes instants des innocents meurent dans le
bagne de Tazmamar du côté de Ouarzazate !
Je chante au restaurant « La Dolce Vita » à AGADIR, des copains
passent, en route vers l’Algérie, le Sahara puis le Niger, alors je
monte dans la voiture et par la même occasion dans l’aventure ! Et
quelle aventure ! Heureusement nous avons le désert pour boussole et
nos narines indiquent le sud. Deux mois de galères mécaniques et
nous « atterrissons » à Zinder au Niger. Je quitte mes
potes et remonte vers la France en « stop ». Mais Il faut que
j’y retourne et j’y retourne. (in the desert you can remember your name
because there ain’t no one for to give you no pain.
America)
1977-1980 - Je traverse trois fois
l’Algérie et son Sahara pour vendre des 404.M’attardant chaque fois un
peu plus longtemps et un peu plus profondément.
En Haute-Volta, actuel Burkina Faso, je rencontre Mahama KONATE, le
balafoniste fondateur du FARAFINA. En Côte d’ivoire je bosse comme
vendeur de livres, photographe ou prof de sciences nat en contrats
locaux. A Grand Bassam, j’améliore même mon petit « contrat
local » de prof en chantant le samedi et le dimanche midi dans les
grands restaurants libanais installés pour les touristes blancs ou
Africains sous les cocotiers de la plage, ce qui fait bien rire mes
élèves quand ils le découvrent. Ces merveilleux enfants qui m’ont
surnommé : «Monsieur Martin, le professeur de la science
naturelle! »
Caf conc "L’embarcadère", Veretz (37)
Mai 1981 - Après un mariage mémorable qui offre à OUASSA les
papiers de la liberté nous quittons la côte d’ivoire sans argent et à
pied, vers le nord. A Ouagadougou, je chante à l’Hôtel
« Indépendance » et dans quelques restaurants de la ville
pendant un mois pour acheter les billets d’avion puis nous convolons
vers la France.
Toulouse. Je reprends les concerts et quelques missions intérims
comme chauffeur poids lourds. Ouassa découvre la France et ‘’fait’’
notre fille un peu plus métisse que moi.
Je rame jusqu’en 85 en animant des soirées Beaujolais nouveau ou autre
avec un répertoire de reprises. Je monte des groupes avec basse,
batterie et guitare électrique solo pour tenter de faire du rock,
engouffrant économies et emprunts dans un 45tours : KAÏDARA avec
les titres « Nomade » et « Idée ».
Vers 1985 mon mariage métis flageole, tout le monde écoute du
rock, le Paris-Dakar est arrivé sur nos écrans de télévision et mon
ange vagabond a du plomb dans l’aile.
J’échoue au bar du COLIBRI, Place Plûmereau à Tours, pendant deux ans,
barman et programmateur : Alan JACK, Benoît BLUE BOY, et les
jeunes groupes du coin.
1987 – Régisseur, pendant 8 ans, du spectacle et bal pour enfants des
artistes tourangeaux François IMBERT et Françoise MOREAU, de vieux
amis.
1990 : Avec une autre maman, Léo mon fils et 1992 : Charlotte ma seconde fille
Martin avec sa fille Bintou en répétition
1994 - Je reprends le métier de chanteur avec des soirées
d’animations : « chansons en soul-musette » ou un
concert de mes compositions, accompagné de Gipe DUGAZON (voix, guitare,
accordéon). Album artisanal : « Chansons du chien
debout »
L’été nous sommes sur la côte Bretonne avec les touristes, l’hiver nous
rentrons sur notre Touraine avec de temps à autre quelques stupides
concours de chansons d’auteurs ou bien des passages bousculés sur les
scènes ouvertes de festivals verrouillés par la production, mais il
faut bien tout essayer!
2000 – Nom de scène « martin . g » (Point gé, sans majuscule!)
Cette année là je m’associe à quelques copains musiciens pour une
formation plus importante et nous répétons chez moi avec basse,
batterie, saxophone en plus de l’accordéon et de la guitare de Gipé. Ma
fille Bintou est dans le groupe aux percus et aux chœurs.
Janvier 2002 : Voyage en Cote d’ivoire, Ghâna, Burkina, rêve
longtemps attendu par ma fille et moi-même depuis le décès de sa mère.
Juin 2002 : « CIVILISATION SAUVAGE » album d’une
quinzaine de titres, dont je fais tirer 500 exemplaires à compte
d’auteur.
Octobre et Novembre 2002, à la demande de Graeme, rencontré dans un
concert, j’organise la tournée tourangelle « GRAEME ALLWRIGHT et
ses amis » où je chante accompagné de ses musiciens. Il m’appelle
« le bad boy au cœur mouillé ».
Novembre 2004 avec Gipé, Palme d’or au « festival des
chanteurs de rue » de Quintin, du premier coup! Contents. La
presse écrit : martin.g @ gipé dugazon émail gagnant !
2005 Voyage au Burkina et création de l’association Doni Doni.
Juillet 2006 - Martin GRUER et sa bande éditent l’album « SORA » d’inspiration africaine revendiquée.
2006 – Voyage au Burkina par la route et retour, en suivant la côte occidentale avec une vieille merco.
2007 – Idem avec des concerts ici ou là-bas selon les saisons. Quand le pli est pris !
"
Texte de Martin Guer
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Discographie
|
"Sora", CD autoproduit, 2005
|
 |
|
|
"Civilisation sauvage", CD autoproduit, 2002 |
"Chanson de l'inhumanité"
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Martin parle de la chanson française
"Quelques fois j’aime les chansons
compliquées et j’achète même le CD, en fait je l’écoute peu mais c’est
un vrai voyage et je ne peux rien faire d’autre en même temps. Exemples
de choix, les chansons de Romain Bouteille, celles de Plume Latraverse.
Une bonne chanson, c’est normal de l’écouter, c’est normal si elle oblige un peu à l’écoute.
Quand les chansons sont des histoires, des
petits contes avec un refrain qu’on attrape tout de suite sur une
musique au service des mots, quand on découvre par la suite un sens
caché ou second dans un vers ou dans le jeu des rimes, je savoure et
j’en redemande.
Quand j’écoute le répertoire d’un
chanteur j’aime y trouver une certaine variété, du rire et des larmes
comme dans la vie, j’aime passer de la profondeur à la légèreté tout en
restant sur l’harmonie d’une personnalité et pour cela, quelques images
qui reviennent suffisent, une manière de tourner, de caler les phrases,
une façon maîtrisée mais originale de bousculer vocabulaire et
grammaire dans le souci des sens du mot.
"Les années Joué", Joué les Tours, 2006
J’ai une certaine tendresse pour l’engagement, j’aime savoir en l’écoutant
comment se place un auteur de chansons dans le contexte universel. J’ai
une préférence pour les rythmes. Mots, genre et tempo, assemblés, font
la chanson qui me parle.
Certes je ne trouve pas grand-chose de ce
genre sur les grands médias et dans tout ce tas de chanteurs d’élevage
et de paroliers en vogue que les grands distributeurs utilisent pour
envahir le marché de la chanson francophone. Mais quand je fouille j’en
trouve encore assez pour me satisfaire et puis j’écoute beaucoup de
chanson étrangère, de chanson du monde.
Pour ce qui est de mes compositions,
dans cette période ou la chanson est devenue soit marginale, soit
formatée, j’ai fait mon choix et pour ma liberté, y a pas d’arrangement
!"
Inititiatives & Créations
"Carnet de route"
(Film documentaire)
"De retour en Afrique, après 25 ans, Martin Gruer, est bouleversé
par la misère et les méfaits du libéralisme. Il s’engage alors pour
établir «Des ponts, des passerelles» entre le Sud et le Nord. Il crée
l’association Doni Doni et initie des aides aux projets d’auto suffisance alimentaire et socio-culturels au Burkina Faso. «Carnet de route»
est le récit du voyage effectué en 2005-2006 de Dolus-le-Sec
(Indre-et-Loire) à Bobo Dioulasso, périple peuplé de rencontres et
retrouvailles, retraçant les engagements de l’association."
L'association "Doni Doni"
Chez Mohamed à Taroudant (Maroc) dans l’atelier pour une soirée « Gaméla »
Depuis plus de trois ans l’association DONI DONI s’active au Burkina
Faso dans un esprit de fraternité. Elle cherche, dans ses actions de
soutien, à fortifier l’échange et la rencontre en évitant les écueils
de l’assistanat.
A l’occasion de ce 20ème anniversaire de l’assassinat du capitaine
président Thomas SANKARA nous répétons avec lui que « l’aide doit
servir à tuer l’aide ».
"Notre monde crée des richesses pour
les riches dans une société beaucoup trop inégalitaire pour engendrer
la paix. Cette entreprise internationale ne fera pas reculer les
délinquances parce qu’hélas les délinquances ne la feront pas reculer.
Je crains que la violence encadre les années à venir sans ignorer que
s’annoncent par ailleurs les catastrophes écologiques que la
nature, déjà si violente, prépare pour l’humanité en réponse à son
inconsciente existence."
Martin Gruer, président fondateur de l'association
à l'orphelinat "l'arbre d'en face" à Bobo Dioulasso au BURKINA
Mahama Konaté
"Mahama Konaté enrichi la tradition sénoufo en invitant doun doun, tama, djembé, n’goni et maracas à se joindre aux balafons et baras dans sa formation Farafina lili.
Les racines de la musique noire poussent les valeurs universelles de la vie au delà des frontières.
Mahama libère sur sa gamme pentatonique des réflexions essentielles en mêlant les idées neuves aux traditions, la mélodie survolant tous les rythmes pour une véritable transe auditive.
Dans leurs cultures autochtones et leurs identités collectives, les peuples puisent le courage d’être libres."
Martin Gruer