Jean Marc Le Bihan gueule sur scène ou dans la rue
Etonnant Jean Marc haranguant la foule dans la rue, son lieu de
prédilection pour toucher les gens du peuple avec des mots simples mais
efficaces qui te remuent les tripes. De sa voix éraillée et rauque,
Jean Marc a envie de te dire la connerie, l'injustice, en broyant
parfois du noir mais avec le poing tendu en signe de liberté, sans
concession pour les bonnes manières politiquement et socialement
correctes.
Si tu attends que Jean Marc te caresse dans le sens du poil et fera
tout pour te plaire, alors basta, passe ton chemin, mais si tu
t'arrêtes un instant tu sentiras la sensibilité de cet écorché vif, au
travers de ses coups de gueule, te toucher le coeur.
"Printemps de Bourges" dans les années 80
J'ai un grand respect pour les chanteurs qui osent se produire dans la
rue, et ils sont rares. Jean Marc est un de ceux-là qui s'expose à la
vindicte des passants, sans filet, sans organisation, juste ta voix et
ta gratte, une simple sono. Alors tu dois être convaincant, sinon reste
chez toi, ou alors les badauds ne feront que passer sans te voir, tu
dois être humble, les passants ne sont pas obligés de s'arrêter pour
t'écouter. Je connais ce genre d'exercice pour l'avoir pratiqué pendant
bien des années, et ce n'est pas facile.
Photo:Pierre Prouveze
"La vieille djellaba"
(Avec l'amicale autorisation de l'auteur)
Le parcours
Jean Marc commence sa vie professionnelle à l'usine et dans différents
métiers, il écrit et rencontre Dominique Pardo en 1973 avec lequel il
crée "Le Café-Théâtre" de Rue de la Ré à Lyon, il commence alors des
spectacles de rue et de scène, avec Dédé Perras à l'accordéon, Didier
Biffi aux percussions. Bien sûr la marée-de-chaussée se fait un
malin plaisir d'embarquer régulièrement tous ces trublions musiciens.
Les rues piétonnes doivent être propres braves gens !!!
Ils créent "La Fête des gueux", "Le temps des cerises" en invitant
d'autres artistes de rue. Suivent des spectacles à "la Salle de la
Mutualité" à Lyon, "Le Forest National" en Belgique.
Dans les années 80 Jean Marc tourne en solo, et continue à se produire
dans les rues et sur les scènes, lors des veillées quartier, les
cafés-théâtres, le festival "OFF" d'Avignon, le Théâtre Espace
Perspectives etc...
Photo:Guy Porte
"Chanson surréaliste "Jean Marc Le Bihan / Dominique Pardo
(Avec l'amicale autorisation de l'auteur)
Discographie
"Entre l'espoir et la détresse", 33 trs, 1978
"Spy",
33 trs, 1980
"Que faut-il dire ,", 33trs, 198
Enregistrement public à la Bourse du Travail, 33 trs, 1984
"ècoute le coeur des
gens", 33 trs, 1987
"Vivre",
K7, 1989/1990
Jean Marc Le Bihan CCo Villeurbanne, K7, 1991
"Le
migrateur", CD, 1994
"Pas à pas", CD, 1995
"Histoires vécues", CD, 2002
Photo:Pierre Prouveze (Jean Marc en studio)
Initiatives et créations
Dans
les années 94, 95, 96 il rencontre les enfants de l'ècole Primaire de
Frais-Vallon à Marseille. Les enfants écrivent, et un CD est gravé
"Voyage dans l'imaginaire, voyage en orgue de barbarie ".
"La chanson des enfants"(Chanson du CD)
(Avec l'amicale autorisation de l'auteur)
Photo Jean Luc Mourgues
Jean Marc se livre un peu
Je suis un chat de gouttière
"Les textes de ce livre sont seuls. Je veux dire qu'ils sont l’envie
d'un homme fou, mais fou ! Rien ne s'explique, on n'explique rien. Les
choses de la vie existaient bien avant nous; quand je dis «nous», je
veux dire tous, mais tous. Enfant de passage, gosse tranquille,
colérique aussi, mais d'une vraie colère. Il est vrai que chacun
cherche une part de vie; il me faudrait cent mille oiseaux pour noircir
cent mille pages, mais les oiseaux d'hier ne sont pas foncièrement ceux
d'aujourd'hui. Si vivre ne sert à rien, rien ne sert à rien. Cela peut
vous faire peur, mais c'est ainsi ! La vie ne se brade pas, à nous de
la vivre comme nous voulons. Mes chansons sont des lieux communs, les
suicidaires ne sont pas ceux que l'on croit.
Mes textes sont des histoires parfois vécues, elles viennent d'un
regard sur les autres qui n'est que le mien. On ne voit pas tous les
mêmes choses au même moment, à la même seconde. Toutes mes chansons ne
sont pas foncièrement moi, mais elles expriment un désir de rencontre,
elles sont les idées d'un homme seul qui ne peut pas vivre sans les
autres. Ma solitude se peuple très vite de visages disparus, de pays
âges jamais vus, comme un enfant qui se couche dans un pré, regardant
le ciel, il se met à jouer avec les nuages; nuage devient un autre
personnage. On ne peut pas vivre sans imagination. Malheur à ceux qui
se moquent de l'enfance, qui ricanent devant un nez de clown, pauvres
esprits sont-ils ! Rien n'est plus beau qu'un rire de gosse, rien n'est
plus triste que ses larmes..,
J'aime les gens du voyage, plus que tout que le voyage soit imaginaire
ou réaliste, du vagabond à la putain, de la vieille au vieillard
meurtris, de l'espérance au désespoir, de la femme à î'homme, de Fez à
Paris, de Moscou à Syracuse, d'un village perdu aux trottoirs du
Brésil, d'un champ de blé à une terre en jachère, d'un océan à la
source d'un ruisseau, et de celui qui meurt à celle qui va naître. La
vérité ne peut mentir, mais il y a des mensonges qui sont des vérités.
Si la poésie existe, elle ne sert à rien, elle le sait, cela l'arrange,
car elle déteste le statut des vainqueurs, leurs monuments d'airain,
leurs grands noms dans l'histoire, leurs plaques en avenues. La poésie
aime les sentiers perdus, les chemins de traverse, la poésie est
nomade, elle ne sédentarise pas ses idées, elle les sculpte au jour le
jour comme un enfant fait d'un morceau d'écorce le plus beau et le plus
libre des voiliers. Le vent. la pluie, la neige, le souffle du berger,
l'oiseau, la nuit, le jour qui se lève en sachant qu'il faudra qu'il se
couche, les amoureux enlacés sur leur couche, l'enfant qui te réveille
la nuit et te demande de rester près de lui. L'ombre dans cette ruelle
sombre qui avance seule en essayant de ne pas tomber. L'étrange regard
de cet étranger dans un camp de rétention, je veux dire de
concentration, qui se demande encore où sont les siens et pourquoi
fallait-il les quitter. C'est dur de gagner son pain; ce policier qui
frappe avec violence la tête de ce pauvre type qui n'a rien fait à
personne. Pourquoi ce même policier, le soir, en rentrant chez lui,
embrassera femme et enfant ?
"Femmes"
De et par Jean-Marc Le Bihan et le Chœur des Gens en 2003
Tous ces politiciens menteurs qui se forgent un pouvoir sur le
déséquilibre humain, jusqu'à devenir des assassins de l'ordre, ces
religieux faux prophètes qui n'ont rien dans la tête et qui se croient
plus grands que Dieu et Dieu lui-même qui se croit grand. Pourquoi
faut-il souffrir et pourquoi faire souffrir ? Au royaume des hommes
devenus masochistes, cette tendresse errante sans frontière, sans
papiers, dérange l'ordre établi. Nous sommes tous des errants. Il n'y a
pas d'élus. Les races ne sont que les vêtements du corps, la pensée
mise en tendresse est de toutes les couleurs, elle ne se soumet pas à
la connerie universelle, au troupeau. La pensée est poésie, elle voyage
sans drapeau, sans pays. Elle solitude l'homme pour le rendre à
lui-même. Elle n'est pas un numéro ni un compte en banque, elle ne
s'agenouille pas devant le pouvoir de l'argent, elle déteste les
puissants, elle sait que toute action qui conduit à la destruction de
l'autre est une infamie Elle est émigrante, cela fait cent mille ans
qu'elle émigre, qu'elle dépasse tout horizon, elle ne sert à rien
d'autre qu'à nous faire rencontrer. Nous sommes la pensée. Ce petit
livre, si tu le gardes, mets-le dans ta poche, lis-le de temps en
temps, cela te rapprochera de moi, je n'ai ni tort ni raison, je
cherche sans savoir quoi chercher. Sache que mes chansons sont des
petites chansons qui ne servent à rien, mais si elles peuvent t'aider,
je suis le plus heureux des hommes. Je ne suis qu'un porteur de
chansons, un griot de l'espoir, inutile en tout, mon indépendance pour
vérité. Je suis un chat de gouttière."
Jean-Marc Le Bihan
pp.11-13 « MES CHANSONS » (Éd. EPISTOLES 7/2004)
Photo:Pierre Prouveze
"Silence"(En public, le 21/12/2006)
(Avec l'amicale autorisation de l'auteur)