|
Photo F. Bergereau
Clément Bertrand, la relève est assurée
Que l'on ne vienne pas me dire qu'il n'y a pas de
relève de la chanson française d'expression et de conviction, et que
les jeunes ne savent pas écrire. Clément en est une vivante preuve. On
retrouve dans ses textes la précision des mots, la concision des
tournures de phrase, la poésie, qui manquent aux chansons sirupeuses et
insipides diffusées à longueur d'antenne dans les médias.
Il
maîtrise l'art de la syntaxe, des métaphores, l'équilibre des
formulations, la justesse des mots qui font que ses textes sont "Des
Belles Lettres" qui pourraient figurer dans des anthologies poétiques.
Clément aussi manie l'humour qu'il utilise sans excès et l'on sent chez
l'auteur une grande culture, ce qui est à souligner dans ces temps
d'inculture notoire.
Photo O. Bissonet
Clément chante clairement et pleinement sur des musiques
variées qu'il compose, et son interprétation est convaincante, les
arrangements sont efficaces car ils ne sont pas tonitruants, et cela
permet de mieux entendre et comprendre les paroles. Il aborde avec
courage des thèmes peu porteurs dans le monde du spectacle : La pub, la
mort, Le vieillissement, la pauvreté, mais n'est-ce pas la la liberté
des poètes.
Merci p'tit frangin de faire vibrer cette chanson française qui est
encore, malgré tout, toujours bien vivante et portée par une nouvelle
génération bourrée de talent.
Le parcours
Clément BERTRAND est né le 2 juin 1982 à Nantes, à peu près neuf mois
après la mort de Georges Brassens, ce qui laisse supposer une
réincarnation probable du bon maître dans le sein maternel ou du moins
une fornication éventuelle avec sa génitrice. Originaire de l’île
d’Yeu, il apprend le piano vers l’âge de dix ans sur un instrument
poussiéreux et fatigué qu’un oncle donne à ses parents. Bercé par
Souchon, Cabrel, il apprend la guitare à l’adolescence avec Brassens,
Boby Lapointe, Leonard Cohen, Bob Dylan, Noir Désir ou Renaud… Un
professeur de mathématiques, pianiste et passionné par la chanson,
débarque sur l’île, et lui fait découvrir Brel, Barbara, Thiéfaine...
C’est le coup de foudre partagé, et le déclic, avec les premières
scènes dans des cafés, les premières chansons (il écrit depuis qu’il
sait tenir un stylo), et les premiers enregistrements.
(Avec l'amicale autorisation de l'auteur)
Pour clôturer ses années de lycée, il obtient un baccalauréat
littéraire. « J’ai un bac+2, c'est-à-dire un bac plus deux
semaines de fac puisque je n’ai pas vraiment trouvé ma place (au
sens propre comme au sens figuré) dans les amphithéâtres de la faculté
de Lettres de Nantes ». Durant cette période étudiante, il
s’intéresse à la poésie, à la littérature, au théâtre, fréquente les
salles de concert, peaufine son écriture et plonge, oreilles déployées,
dans le génie révolté de Ferré, Tachan, Jehan Jonas ou Allain Leprest.
En 2000, il rejoint le trio « La rue des Gars Prompts » basé
sur l’île d’Yeu, avec lequel il tourne pendant deux années sur le grand
ouest, avec une centaine de dates à leur actif, premières parties,
festivals et cafés les accueillent.
Clément au sein de "La rue des gars prompts", photo M. Ferret
En 2002, suite à la séparation du groupe, il décide de tenter
l’aventure seul, et monte un récital piano chant, d’une vingtaine
de chansons originales, qu’il teste dans les cafés ou il travaille. En
2004, il enregistre son premier disque autoproduit
« L’hypocondriaque », avec la participation des musiciens de
Vaguement La Jungle. Le disque est encouragé par Jean-Louis Foulquier,
qu’il rencontre lors d’un tournage.
La qualité de ses textes est plusieurs fois récompensée, lauréat du
prix Yves Montand à Lille, lauréat du prix Mont-Dore au Carrefour de la
chanson à Clermont Ferrand. En juin 2006, il reçoit le prix de
l’écriture et de l’Amopa au Pic d’Or de Tarbes. En même temps sort son
deuxième disque autoproduit « L’amour dans une brocante »,
aidé une nouvelle fois des Vaguement La Jungle, bien accueilli par la
critique (Chorus, Chant’Essonne, Ouest France) et par de nombreuses
radios de proximité. Il fait la connaissance de quelques
« confrères du métier » comme Jean Duino, Bernard Joyet,
ou Louis Capart.
Discographie
|
|
"L'hypocondriaque",
CD, 2004 |
|
"L'amour
dans une brocante", CD, 2006
|
 |
Clément et la chanson française
"Il y a une quinzaine d’années, la chanson était plutôt délaissée voire
ringarde. Aujourd’hui, elle est devenue à la mode. Trop. J’aime son
côté discret et convivial, mieux vaut fréquenter des petites salles
d’une centaine de places plutôt que des zéniths hallidaysques.
Les médias ont trouvé des coqueluches toutes neuves, cinq ou six
têtes d’affiche qu’ils ont parqué dans le ghetto « Nouvelle
chanson française ». En suivant le sens du vent, ils ont laissé de
côté de nombreux artistes qui mériteraient tout autant d’être mis en
avant. Non pas que je dénigre le travail de ces chanteurs hissés sur le
piédestal télévisuel, matraqués par les radios et vendus comme des
produits de consommation primaire, mais je les trouve pour la majorité
un peu timide, un peu gentil, presque fade, quand tant d’autres
bâillonnés par l’anonymat auraient des choses à raconter. La censure ne
sévit plus, de nos jours on pratique l’indifférence et l’ignorance,
c’est pire.
Festival de Tadoussac, Québec (Photo A-C Roberge)
Et puis ce qualificatif interminable d’auteur-compositeur-interprète,
qu’on accroche comme une médaille, à n’importe quelle personne capable
de gratter deux cordes en chantant trois vers maladroits me fatigue. Je
lui préfère de loin le terme chansonnier, qui rappelle le côté
artisanal de l’ouvrage, la nécessité d’avoir de bons outils, du
savoir-faire, et le désir de le perfectionner avec le temps.
J’aime l’idée qu’une chanson puisse traverser des générations
sans perdre de sa verve ni de sa richesse en cours de route, qu’elle ne
se découvre pas dés la première écoute, et nous surprenne à chaque fois
par des images, des métaphores, des rimes dissimulées qui se découvrent
au fur et à mesure des auditions. J’aime le fait d’obliger
l’auditeur à ne pas être passif envers une chanson, à venir vers elle
pour la mettre totalement à nue. J’aime l’idée qu’une chanson puisse
être lue sans artifices comme un poème, j’aime le frisson qui électrise
mon système pileux plus ou moins fourni lorsque je pose le point final
d’un nouveau texte et que chaque virgule est à sa place. J’aime la
contrainte de la métrique de la versification et de la rime riche qui
me pousse vers d’autres mots, des anciens, des nouveaux, d’autres
tournures de phrases.
(Avec l'amicale autorisation de l'auteur)
Photo D. Villarbu
"J’aime qu’une chanson ait du relief, du fond, de la forme. La
contestation, c’est de l’amour, de la tendresse, de la sensibilité qui
n’a pas su s’armer contre la connerie ambiante, rien d’autre. C’est
l’aspect le plus brut et le plus pur de l’être humain. C’est la
virginité du cœur. Elle n’a jamais été autant indispensable
qu’aujourd’hui, en ces temps de régression générale, ou l’on voudrait
nous botter le cul chacun dans notre camp, dans notre communauté, pour
mieux choisir son roi ou son dieu. Diviser pour mieux régner, c’est
vieux comme le monde !
Je continuerais d’écrire des chansons humanistes avec ma plume
libertaire tant que je pourrais penser, loin des clans, des partis et
autres cages. La chanson c’est la solitude. C’est se foutre à poil tout
seul sur une feuille blanche et suer sang et eau pour la noircir. C’est
la magie de chanter en public, de balancer sa solitude à la gueule des
gens, en les amenant à côtoyer la leur, à l’apprivoiser, à la rendre
féconde. Quand chacun de nous aura rencontré sa solitude respective,
peut-être alors qu’un projet commun sera possible. Pour l’instant, on
en est loin"
Clément BERTRAND
(Avec l'amicale autorisation de l'auteur)
Photo L. Lafolie
Actualité
|