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Un cœur tendre dans une peau d'ours mal léché
C'est à l'âge de 17 ans que j'ai découvert Brassens, 46 ans après sa
naissance, alors que la majorité de mes copains écoutaient Johny
Halliday, Les Chaussettes Noires, Sylvie Vartan et autres chanteurs de
variétés de l'époque. Ces chanteurs m'ennuyaient. Déjà Bernard
Lavilliers montrait son nez et venait parfois chanter Ferré, dont "Les
quatre sans coups", dans quelques lieux intimes de Saint Etienne que je
fréquentais à l'époque.
J'ai, dans ces prémices de mai 68, été touché par ceux qui chantaient
la révolte, plus proche du monde ouvrier, de mon environnement social
et de nos préoccupations de l'époque, à savoir comment en finir avec la
morale bourgeoise et sa guimauve sirupeuse.
Puis un jour un ami, jeune peintre, m'a fait découvrir Brassens que
l'on écoutait un peu sous le manteau, un bandeau affligeant indiquait
"Chansons Gaillardes" sur une pochette de disque et le qualificatif de
"Chansons gauloises" collait à l'image de Brassens. Plus tard était
mentionné "Chansons pas pour toutes les oreilles" sur un 33 tours ou
Brassens chantait "Le gorille", "Hécatombe", "Le pornographe", "P. . .
de toi", "Le mécréant" et quelques autres. Cela fait un peu rire
aujourd'hui pourtant à l'époque les chansons de Brassens avait un
parfum de scandale.
"Les trompettes de la renommée"
Parti de Sète, la patrie de Paul Valéry, Georges Brassens est issu
du monde ouvrier, son père est maçon. C'est un solitaire qui vient
tenter sa chance dans la capitale, après un premier séjour à Paris. Il
lance dans ses textes un défi à la morale bourgeoise, il se rebelle
contre l'ordre établi, raille, gouaille, animé d'un esprit libertaire.
C'est un tendre qui se révolte, avec un haine des fausses valeurs,
utilisant le sarcasme, l'humour grinçant ou l'ironie.
En fait il dit tout haut ce que l'on pense et que l'on ose pas dire,
"Mourir pour des idées", "Fernande", "Le temps ne fait rien à
l'affaire" etc . . . En ces temps-là on crevait de faim en chantant,
heureusement il y a avait la Jeanne et son mari qui lui ont offert gîte
et couvert, et pour qui il a composé "L'auvergnat", c'était en 1944.
Rabelaisien, Brassens est un poète populaire qui décrit les
problèmes de son temps avec réalisme, avec ce que certains appellent
grossièreté, avec humour, une peinture des petites gens avec leur
travers, comme ils sont, comme dans la vie autour de nous, simplement,
"La complainte des filles de joie, "Le mauvais sujet repenti", "Le vin"
etc . . . C'est ce qui nous le rend proche.
Brassens a donné son adhésion au mouvement anarchiste et sa gaieté
apparente masquait de la colère et de la révolte contre les injustices,
contre une morale qui ne laisse pas de libre-arbitre.
En 1946 il participe au journal "Le Monde Libertaire". Puis
accompagne Patachou en tournée en 1952. Suit sa rencontre avec Paul
Fort et René Fallet qui écrit en 1953 dans "Le Canard Enchaîné". Il
écrit "Les copains d'abord" pour le film d'Yves Boisset en 1964,
chante, comme Léo Ferré, dans différents galas de soutien au mouvement
libertaire. La rencontre sur les ondes de Jacques Brel, Léo Ferré et
Georges Brassens en 1969 est un moment de grande émotion.
Photo Jean Pierre Leloir
"Le pornographe du phonographe"
Georges Brassens est non-conformiste, n'accordant qu'une valeur
relative à la valeur des mots telle que la morale bienséante en donne
la définition. En lettré éclairé, il a fait référence à des auteurs, ce
qui montre sa grande culture et un lyrisme à faire pâlir les auteurs de
chansons contemporaines. J'ai dû moi-même ouvrir maintes fois un
dictionnaire pour saisir la définition des mots qu'utilisait Georges
Brassens.
Homme fin, réservé et courtois dans sa vie privée, il n'a eu que de
ressources d'être indécent pour crier sa révolte, sûrement pour être
entendu. La concision de ses textes et la curieuse alchimie entre sa
poésie et un style poétique qui lui est propre lui ont permis de
communiquer ses ressentis comme peu de chanteurs ont pu ou su le faire.
Mêlant l'argot, le langage populaire, le style académique, les
différentes formes de versification et de syntaxe, il a su, par tous
ces moyens, toucher un auditoire vaste, des gens du peuple aux couches
sociales les plus cultivées. Quand on me parle de Brassens j'ai
tendance à dire "Merde que diantre", à mon avis c'est plus vrai et plus
élégant que les élucubrations des chanteurs actuels.
La vie, la mort, l'amour et l'amitié
Comme dans œuvre de Ferré, Brel et quelques autres chanteurs de
cette période on trouve uns constance dans ces thèmes qui nous obsèdent
comme la mort, la peur de vieillir etc. . . Brassens en parle
simplement, parfois avec humour comme dans "Oncle Archibald" ou bien
avec tendresse et émotion comme dans "Le testament" ou "Bonhomme",
jamais de manière neutre.
Il en est de même pour l'amitié, Brassens ayant été toujours fidèle aux
personnes qu'il affectait. Roger Nicolas, son contrebassiste qui l'a
accompagné jusqu'au bout, et tant d'autres qui ont fait partie de son
entourage. René Fallet, Jacques Brel et Léo Ferré, sans oublier la
Jeanne, sont de ceux-là.
Georges Brassens s'en est allé au paradis des poètes, le 29 octobre
1981 nous laissant un héritage de chansons que nous nous devons de
transmettre aux futures générations, afin que tonton Georges ne soit
pas oublié.
Discographie
Il n'y a que l'embarras du choix
Bibliographie
Consulter les sites consacrés à Georges Brassens, et il y en a
beaucoup, vous trouverez forcément des références sur les livres qui
parlent de chanteur.
"Oeuvres complètes"
Présentée et annotée par Jean Paul Liègeois (Le cherche Midi)
"Il a résisté jusqu'à son dernier souffle, jusqu'au 29 octobre 1981.
Il n'a pas plié sous les compliments ni cédé aux sollicitations
consensuelles. Il a refusé l'Académie Française et toutes les breloques
qu'on lui a proposées. Il a persisté à ne pas suivre les chemins qui
mènent à Rome, à aimer librement, à dialoguer avec la mort, à
stigmatiser l'armée et la police, à s'en prendre à toutes les formes de
pouvoir, à agonir toutes les manifestations de la barbarie humaine, à
maudire les hypocrisies et les sectaires de tous poils. Il l'a fait en
donnant de la plume et de la voix et en s'en réjouissant
ostensiblement"
Jean Paul Liègeois
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