Gainsbourg, ange et démon
Il est très difficile pour moi de consacrer une page à Serge
Gainsbourg de manière sereine, tellement le personnage m'a déplu à la
fin de sa vie. Brûler un billet de banque, tenir des propos salaces sur
un plateau de télévision ne servent pas forcément la chanson française.
Pourtant Gainsbourg est un auteur-compositeur de génie qui a sa place
dans l'anthologie de la chanson française. Je gommerai donc son aspect
de provocateur maladroit dans les médias, pour ne présenter que le
chanteur.
Serge Gainsbourg a suivi très jeune des cours de peinture à
l'Académie de Montmartre avec pour professeur Fernand Léger, puis il
peint 400 toiles, inspiré par Paul Klee et Francis Bacon. Il les
détruit ensuite, prétextant qu'on ne peut vivre dans la bohème et donne
des cours de dessin.
En 1951, Serge Gainsbourg fait du piano-bar et joue dans les bals et
les boîtes de nuit. En 1954, il dépose, sous le pseudonyme de Julien
Grix, ses 6 premières chansons et en 1955, Gainsbourg dirige un
orchestre dans le cabaret de Madame Arthur, puis chante au Milors
l'Arsouille.
"Le poinçonneur des Lilas"
C'est en 1957 que Gainsbourg interprète "Le poinçonneur des Lilas", et
sort son premier 33 tours en 1958. Il obtient le prix de l'Académie
Charles Cros en 1959 et chante en première partie de Colette Renard,
cette année-là Juliette Gréco interprète certaines de ses chansons.
Gainsbourg ne plaît pas à tout le monde et on peut lire dans le journal
"Combat" en 1962 : "Mais Gainsbourg a changé, cela en se montrant
résolument Rive Droite tout en ne faisant point de chansons sottes. Son
univers est celui des bars des Champs Élysée et, en parfait gentleman,
le personnage dont la silhouette se dessine à travers ses compositions
pourrait être d'une grande utilité à qui tenterait de définir le dandy
1962". voilà une peinture bien réaliste.
En 1963, il déclare à Denise Glaser dans l'émission "Discorama" : "La
nouvelle vague, c'est moi". En 1965 il assure des premières parties de
Barbara mais il est mal accepté du public et abandonne la tournée.
Serge Gainsbourg a écrit pour Brigitte Bardot, France Gall, Michèle
Torr, Sacha Distel, Dalida, Françoise Hardy, Zizi Jeammaire, Juliette
Gréco, Isabelle Aubret, Jacques Dutronc, Alain Chamfort, Alain Bashung,
Catherine Deneuve, et bien d'autres encore.
Gainsbarre
En 1969, sa chanson "Je t'aime, moi non plus" provoque de très vives
réactions. Elle est censurée en Italie, en Suède et en Espagne,
critiquée par la presse catholique, jugée obscène et inaudible pour les
mineurs. Cette curie provoque une relance des ventes de l'album en
France.
En 1973, Serge Gainsbourg dans une émission de Serge Lancelot "A bout
portant", déclare : "J'aime détruire. J'aimerais détruire mes disques.
J'aimerais détruire ces premières chansons, me détruire pour me
renouveler".
En 1979, Serge Gainsbourg trouve une nouvelle sonorité originale,
batterie, basse et s'entoure de musiciens jamaïcains. C'est à cette
époque qu'il sort une version de la Marseillaise, autre objet de
scandale. Michel Droit écrit dans le Figaro : "En gros, il couine que
l'hymne est outragé et que c'est de la part de Serge un mauvais coup
pour ses coreligionnaires, autrement dit les youtres, les youpins, la
racaille juive ...", sans commentaire. Gainsbourg rachète plus tard aux
enchères, en 1981, le manuscrit unique de "La Marseillaise" composée
par Rouget de Lisle. Un de ses concerts est annulé à Strasbourg suite à
une alerte à la bombe. Gainsbourg ne baisse pas la garde et chante
l'hymne national dans sa version originale, debout, le poing tendu.
Cette même année 1979, Serge Gainsbourg remonte sur scène après
quatorze ans d'absence.
Serge Gainsbourg décède le 2 mars 1991.
Discographie
1958 - "Du chant à la une"
1959 - "Disque N°2"
1961 - "L'étonnant Serge Gainsbourg"
1962 - "Disque N°4"
1963 - "Gainsbourg confidentiel"
1964 - "Gainsbourg percussion"
1967 - "Anna"
1968 - "Gainsbourg & Brigitte Bardot : Initials B.B."
1969 - "Jane Birkin & Serge Gainsbourg"
1971 - "Histoire de Melody Nelson"
1974 - "Vu de l'extérieur"
1975 - "Rock around the bunker"
1976 - "L'homme à la tête de chou"
1979 - "Aux armes et cætera"
1980 - "Enregistrement public au Théâtre Le Palace"
1981 - "Mauvaises nouvelles des étoiles"
1984 - "Love on the beat..."
1985 - "Serge Gainsbourg live (Casino de Paris)"
1987 - "You're under arrest"
1988 - " Le Zénith de Gainsbourg"
1989 - "De Gainsbourg à Gainsbarre"
1991 - "Chansons et musiques de films"
Bibliographie
Il y a de multiples ouvrages de Gainsbourg ou d'autres auteurs. Je vous propose une petite sélection :
1968 - "Chansons cruelles" par Serge Gainsbourg
1969 - "Serge Gainsbourg" par Lucien Rioux
1980 - "Evguente Sokolov" par Serge Gainsbourg
1980 - "Gainsbourg" par Micheline de Pierrefeu & Jean Claude Maillard
1980 - "Au pays des malices par Serge Gainsbourg"
1981 - "Bambou et les poupées" texte et photographies de Gainsbourg
1983 - "Black out" par Serge Gainsbourg & Jacques Arnaud
1985 - "Gainsbourg" par Gilles Verlant
1986 - "Gainsbourg" par Serge Gainsbourg, Alain Coelho & Franck Lhomeau
1987 - "Mon propre rôle" par Serge Gainsbourg
Et plus récemment :
1992 - "Serge Gainsbourg mort ou vices" par Bayon
1994 - "Dernières nouvelles des étoiles" par Serge Gainsbourg
1999 - "Gainsbourg" par François Ducray
1999 - "Serge gainsbourg. La scène du fantasme" par Michel David
1999 - "Le mythe de Gainsbourg" par Paola Genone
2006 - Gainsbourg "Over the rainbow" d'Alain Wodrascka
"Aux enfants de la chance"
Filmographie
Serge Gainsbourg a été auteur de scénarios pour le cinéma, acteur dans
quelques films, compositeur de musiques de films, réalisateur de courts
métrages, publicités et de longs métrages. Je vous invite à visiter les
liens pour trouver des compléments d'informations.