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Du blues dans la voix
Bande son enregistrée lors d'une manifestation en mai 68 et qui introduit la chanson.
Colette Magny a été une chanteuse non seulement boudée par les médias,
mais encore carrément censurée du temps des gouvernements de droite,
tant son engagement politique a fait des vagues dans le monde aseptisé
la chanson sous contrôle.
Née en 1926, Magny chante d'abord le blues (Bessie Smith, Billie
Holliday). Elle débute dans la chanson à 36 ans, dans une première
partie du spectacle de Sylvie Vartan à l'Olympia, avec dans son
répertoire "Melocoton" qui fut son unique tube.
Magny, par la suite, tombe un peu dans l'oubli, refusant l'étiquette de
chanteuse de bues nationale que certains voulaient lui faire endosser.
Colette Magny nie le et les systèmes et affirme son engagement
politique sans concession, ce qui amène la contestation de certains
militants jusque dans ses spectacles.
Colette Magny ébranlée par tant d'oppositions cesse un temps de chanter en public et se tourne vers la création collective.
Dans une interview pour la revue "Paroles & Musique", elle dit à
Jacques Vassal : "Les artistes disent : les planches me brûlent; moi ça
me brûle pas. J'ai une responsabilité parce que les gens se déplacent
pour me voir chanter". C'est l'intégrité de la chanteuse qui parle et
qui n'accepte pas la censure, c'est pour cela qu'une de ses copines qui
travaillait alors à l'O.R.T.F. lui avait confiée "Vos disques sont
rayés transversalement au stylet". Colette Magny n'en n'a pas moins
pour autant continuer de chanter sa révolte.
Elle a abordé des thèmes peu porteurs dans le monde du spectacle : le
racisme, le nucléaire, l'indifférence, l'écologie, les hommages aux
peuples opprimés et qui luttent (le Viêt-nam, Cuba), les guerres
anti-impérialistes, et tant d'autres encore.
"Voix ultime de la protestation charriant les révoltes, Colette Magny
(1926-1997), s’est toujours absentée du système au point de tenir
à l’écart ceux qui voulaient augmenter son prestige. Au début des
années 70, elle m’avait invitée rue de Flandres, dans le petit
appartement parisien qu’elle occupa longtemps avant de prendre la
tangente du côté de Saint-Antonin-Noble-Val, aux confins de l’Albigeois
et du Quercy. Notre conversation, enregistrée sur un magnétophone à
bandes, devait paraître dans Gulliver, un mensuel de contre-culture
dirigé par André Bercoff. Je voulais élucider le singulier parcours qui
mène une dactylo de l’UNESCO au blues le plus radical, en passant par
l’Olympia dont elle partage la scène avec Sylvie Vartan. Il me fallait
tracer une chronologie. Cette tentative fut un fiasco. Colette Magny
s’évadait lorsque mes questions la frôlaient. Elle préférait évoquer
les saloperies et comment en finir avec l’oppression en organisant une
grève générale mondiale. Concernant ses projets, elle m’annonça (et son
visage s’était illuminé) qu’elle désirait convaincre Léo Ferré
d’enregistrer un album duettiste. Imaginez l’explosive aria qu’un tel
alliage aurait pu susciter. L’entretien ne parut jamais. Colette
Magny s’étant opposé à cette publicité qu’elle jugeait dérisoire.
Elle a 35 ans lorsqu’elle débute en chanson sur le continent
Contrescarpe. Sa voix de cyclone souffle les incantations félines de
Bessie Smith, un blues prolétaire qui ne pleure pas les amours vaincues
mais l’horreur des puissants. Un premier 45 tours publié en 1963 grave
un poème de Rainer Maria Rilke et « Melocoton », air poignant
dédié à l’enfance. Colette Magny tient le tube qui ouvre les portes
mais elle ne cherche pas les falbalas. Ses chansons serviront à évoquer
la situation au Vietnam au moment des bombes Nixon. Elles documentent
la réalité du Chili après le coup d’état d’Augusto Pinochet et de la
CIA contre la coalition d’Allende. Sur les pochettes de ses
albums : Che Guevara, Hô Chi Minh…
Passer à la radio ou à la télévision, du moment qu’on ne lui demande
pas de se promouvoir, elle ne dit pas non. Les médias ne lui feront pas
de cadeaux. À l’ORTF, ses disques sont rayés au stylet. Interdite
d’antenne, censurée, y compris par les ayants droits d’Antonin Artaud,
lorsqu’en 1981, elle rendra hommage au Mômo, Colette Magny n’en
continue pas moins son travail de «journaliste chantante », une
locution qu’elle s’est choisie pour faire taire ceux qui la traitent
d’artiste engagée.
Artiste, tout de même, le mot est juste. Car cette voix de la rue de
Flandres qui aurait pu faire illusion sur les rives du Mississipi
savait accrocher des mots sur la répression au Chili autant
qu’empoigner l’auditeur avec des textes d’Antonio Machado ou de Pablo
Neruda. Passeuse de « révoltes logiques » (Arthur Rimbaud),
elle chante Louis Aragon et surtout Antonin Artaud qui a, dit-elle,
« craché, vomi, excrémenté pour les enfants du monde ». Sa
colère est artiste qui sait aller vers la beauté pour attirer
l’attention de ceux qui se font sourds. Elle s’entoure de grands textes
et de hauts musiciens, choisit le jazz pour retrouver le son des
anciens rugissants. Autour d’elle : Claude Barthélémy, Raymond
Boni, Patrice Caratini, Louis Sclavis, Henri Texier, François Tusques.
Sa voix anti-impérialiste est sardanapalesque sur « Rap’ toi de là
que je m’y mette », magnifique chanson-collage (un genre dont elle
est assurément l’inspiratrice) avec quatuor à cordes. Ce blues-rap
accompagne 14 autres titres sur Inédits 91, album payé de sa
poche. Pionnière, en somme, dans l’éjection par les maisons de disques,
Colette (qui se surnomme volontiers la pachyderme) n’a pas la courbure
de vente nécessaire. Pèse pas lourd sur la balance des hits
planétaires.
En 1983, je me trouvais au Théâtre de la Ville. Le rideau se lève
(façon de parler) sur une scène nue. Piano de cérémonie et Colette
Magny au proscenium. Le concert débute par « Etude Op. 10
n°2 » de Frédéric Chopin, la « Révolutionnaire ».
Anne-Marie Fijal aux touches. Je suis secoué de frissons. Colette Magny
chante « Strange Fruit » et je crois voir des arbres chargés
de pendus. Puis elle chante « You Go To My Head », « My
Man », « All Of Me » et chacun de ces airs connus
remplissent l’air d’ondes vraiment fraternelles. Ce soir-là, sans aucun
doute, nous avons tous ressenti que ce cœur de femme gigantesque
battait à l’unisson des divas. Nous pensions à Billie Holiday, à Ella
Fitzgerald. Ses petites sœurs."
Blues LE CHANT DU MONDE/HARMONIA MUNDI, 1983
Paru dans Muziq n°8 Novembre-décembre 2006, article signé Guy Darol
Très influencée par le jazz, ce qui lui a valu cette étiquette de
chanteuse de blues, Colette Magny a été accompagné par le guitariste
noir américain Mickey Baker, mais également par l'accordéoniste Lino
Léonardi, complice de la chanteuse Monique Morelli. Magny a mixé des
textes et des documents sonores au sein de ses chansons, créant un
style nouveau et unique.
Colette Magny a rendu un hommage à Antonin Artaud, mis en musique des
textes d'Arthur Rimbaud, Antonio Machado, Louis Labbé, Pablo Néruda,
Victor Hugo. Elle a également interprété des chansons de Vittorio Jarra
et de Violetta Parra, chanteurs chiliens
Voix cri, voix blues, voix vérité, Colette Magny la contestataire de
l'ordre établi quand il y a injustice, remet en cause nos certitudes,
défend des causes comme celle des "Black Panthers" ou des peuples
opprimés. Magny chante l'homme, la révolte, la tête haute sans jamais
baisser la garde. Authentique et entière, elle l'est toujours restée
malgré les critiques et les quolibets, la censure et l'ignorance, pour
être cette grande dame de la chanson française, hélas trop oubliée.
Dernier petit clin d'œilà Colette Magny pour ce disque enregistré avec
des enfants d'un I.M.P. (Institut Médico Pédagogique) pour financer un
projet d'ouverture d'une crêperie et cet autre pour le peuple chilien
en collaboration avec Maxime Le Forestier
Dessin de Enerst Pignon - Ernest
Discographie
- 1963 Melocoton - Basin
Street Blues - Nobody Knows you when you're down and out - Co-operation
(45 tours)
- 1964 "Frappe ton coeur" (33 tours)
- 1965 Les tuileries
- Monangamba - Rock me more and more - Chanson de la plus haute tour -
etc ... (33 tours)
- 1966 "Avec", poème avec
structure musicale d'André Almuro, (33 tours)
- 1967 "Viêt-nam 67" (33 tours)
- 1969 "Magny 68/69" (33 tours)
- 1970 " Feu et Rythme" ( 33 tours)
- 1972 "Répression" (33 tours)
- 1975 "Chili
- Un peuple qui crève", Colette Magny - Maxime Le Forestier (33 tours)
- 1976 " Transit" (33 tours)
- 1977 "Visage - Village" ( 33 tours)
- 1979 "Colette Magny - Je veux chanter" (33 tours)
- "Viêt-nam 67 - Mais 68" (CD)
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