Gérard Morel, du théâtre à la chanson, il n'y a qu'un pas
Les âmes chafouines, si elles écoutent Gérard Morel, le prendront pour un bouffon ou un déjanté, les poètes pour un Pierrot lunaire, les cartésiens pour un type qui a quand même la tête sur les épaules. Les fêtards pour un rigolo, les chanteurs pour un grand frère loufoque qui est rentré dans la confrérie suite à un pari stupide. Moi qui suis, je dois l'avouer, un peu fou de chansons et saltimbanque, je vois dans Gérard un peu de tout cela, j'écoute un poète qui jongle avec les mots avec justesse et subtilité, qui chante avec une bande de copains complices et frondeurs, pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Je partage alors sa joie de vivre et fais mienne sa formule du bonheur.
Mais Gérard, c'est aussi la poésie de la tendresse d'un homme qui a su garder un brin de naîveté d'enfant avec un esprit farceur. Il promène sa bonhommie et cette simplicité qui fait souvent cruellement défaut aux gens de scène, il communique avec le public avec le même ton qu'il prendrait pour parler à ses amis, alors un esprit de fraternité s'instaure avec son auditoire.
Gérard n'a pas la maîtrise du bel canto, il le reconnaît lui-même, mais qu'importe car son envie de partager prend le dessus et l'on se laisse envahir par le déluge de ses bons mots, parfois on décroche car il a un grand débit le Gégé, puis on replonge dans son univers le sourire aux lèvres. Je ne me risque pas souvent à des comparaisons, mais là en l'écoutant, je pense à Bobby Lapointe .
Côté musique ses différentes bandes de musiciens mettent en valeur les notes de Gérard, avec également un zest de déconne et une bonne dose de folie. Bref on ne s'ennuie pas en écoutant Gérard Morel. En spectale il ne laisse rien au hasard, le visuel a de l'importance pour lui. On sent bien l'homme de théâtre qu'il a toujours été et le metteur en scène incurable !
Alors continue mon bon Gégé, on a besoin d'oxygène dans ce monde de brutes !!!
"Gérard Morel et les garçons qui l'accompagnent" (Extrait du DVD "Tranches de Scènes")
"Les goûts d'Olga"
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Le parcours
Gérard Morel est un passionné de théâtre. Il fonde un groupe de comédiens amateurs dès sa sortie du lycée "le Théâtre de la chenille". Il suit une formation d'animateur et travaille pendant trois ans comme acteur et metteur en scène avec Alain Raïs et "Les spectacles de la vallée du Rhône" à Valence.
En 1980 il dirige "Le théâtre de la chenille" devenu compagnie professionnelle. Il met en scène et interprète une quinzaine de spectales. Lors d'une mise en scène d'un spectacle sur Edith Piaf, Gérard fait appel à Michèle Bernard qui interprète plusieurs chansons.
A partir de 1987, Gérard se consacre au travail d'acteur et joue dans quelques films et téléfilms, sans abandonner la mise en scène pour le théâtre et la musique. Il fonde le "Théâtre à découvert" et le dirige, festival qui s'est déroulé de 1985 à 2005 à Tournon-sur-Rhône et Tain l'Hermitage.
Pendant l'éte 1996, Gérard écrit par jeu quelques chansons. Un ami quelques mois plus tard le met au défi de les chanter sur scène, il accèpte le défi comme un canulard et "sort bouleversé de cette expérience". Il décide alors d'écrire d'autres chansons et fait appel à des amis musiciens pour présenter un spectacle créé en juillet 1998 "Gérard Morel et les Garçons Qui l'Accompagnent font leur sérénade", c'est le début de la carrière de chanteur de Gérard.
Photo J. Charreton
"Mon festin"
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
l'aventure de "Gérard Morel et les Garçons Qui l'Accompagnent" prend fin en août 2007 lors du Festival de Vaour.
Mais il met encore en scène et conseille plusieurs chanteurs, dont Les Nouveaux-nez, Vincent Gaffet, Zadig, et des pièces de théâtre, comme il l'explique si bien dans le DVD de "Tranches de Scènes" que je vous conseille vivement d'acquérir.
Actuellement Gérard propose plusieurs formules de spectacles :
1)"Gérard Morel et Toute la Clique Qui l'Accompagne"
"Hymne à mon beau-frère"
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Photos J. Charreton
2)"Gérard Morel et le Duette Qui l'Accompagne"
Photo D.Goudal
3)"Gérard Morel et la Guitare Qui l'Accompagne"
Photo J. Charreton
"Ode à la cornemuse"
Gérard Morel / Stéphane Méjean
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Discographie
"Gérard Morel et les garçons qui l'accompagnent",
CD live, 1999
"Oh Maryse", CD, 2002
"Mon festin, CD, 2005
DVD "Tranches de scènes", 2007
"Le Régime de l'amour", double CD, 2011
Interview réalisée par Christian Lassalle
C.L. : Tu es un homme de théâtre. Comment es-tu venu à la chanson ?
G.M. : C’était pendant l’été 96, je n’avais pas envie de bouger de chez moi (j’avais beaucoup tourné au théâtre pendant la saison) et je suis tombé sur des textes de chansons que j’écrivais au lycée, lorsque nous avions monté avec des copains un groupe de rock parodique dont j’étais le batteur ( Eh oui !...). Et j’ai passé mes vacances à écrire des chansons ! si j’étais tombé sur un vieux pot de peinture, j’aurais sans doute repeint mon grenier ! Quelques mois plus tard, un ami qui dirigeait un centre culturel en Franche-Comté a entendu ces chansons et m’a mis au défi de venir les chanter dans un festival qu’il organisait. J’ai relevé le gant, et... et voilà !
C.L. : Avec les Garçons qui l’Accompagnent, vous donnez l’impression d’une troupe. Car même si tu es le leader, tu te laisses souvent voler la vedette par ces garçons : te rends-tu compte que c’est assez unique comme manière de faire ?
G.M. : Lorsque j’ai relevé ce défi, je n’ai pas voulu déranger de « vrais » musiciens pour m’accompagner dans 6 chansons qu’on devait chanter 3 fois dans un festival. J’ai demandé à des amis comédiens dont je savais qu’ils jouaient un peu de musique de venir faire les crétins avec moi. Ensuite, lorsqu’il s’est agi de continuer plus sérieusement l’aventure, j’ai évidemment continué avec eux, en ajoutant un « vrai » musicien qui, prenant en charge les arrangements et la direction musicale, nous a mis au boulot ! Mais sur scène, on fait ce qu’on sait faire : interpréter des personnages qui racontent des histoires, en chantant, en improvisant, en jouant, que ce soit la comédie ou sur des instruments... Alors en effet, maintenant que je vois plus de concerts, je m’aperçois que c’est sensiblement différent de ce qui se fait généralement. Mais on ne se pose pas particulièrement la question, on fait comme on pense que c’est bien et que ça nous rend heureux, pas pour que ça rentre dans une norme. De toute façon, mon but dans la vie n’est pas spécialement de faire comme tout le monde !
C.L. : Tes textes ont la particularité d’être très longs. Pourquoi ?
G.M. : Pareil. Quand je fais ma chanson je ne me pose pas la question de sa durée. La chanson s’arrête quand l’histoire qu’elle raconte est terminée. Les 3 minutes habituelles sont essentiellement liées au format de diffusion radio, mais c’est un argument qui nous concerne peu.
C.L. : Le concept du « bon gars pas dégueu », c’est de toi. Simple, modeste, généreux, curieux, faussement paresseux, épicurien, rabelaisien, c’est toi ?
Photo Guy Deroussiaux
G.M. : Sans doute. Je n’ai pas du tout envisagé cette chanson comme un concept ! Mais c’est vrai que Rabelais fait partie des auteurs qui comptent beaucoup pour moi.
C.L. : Le vieux Léo, le grand Jacques, le père Brassens… Il se sent le plus proche duquel, le père Morel ?
G.M. : Celui que j’ai le plus écouté et que je connais le mieux des trois c’est Brassens. Mais j’ai beaucoup d’affection et d’admiration pour les trois.
C.L. : Es-tu lent pour faire une chanson ? 0u es-tu comme ces auteurs vifs comme des mobs à réaction ?
G.M. : Ah non ! pas les mobs, ça pollue l’azote !
A quelques rares exceptions près, je mets beaucoup de temps pour écrire une chanson. D’autant que j’en mène souvent plusieurs de front.
C.L. : Quand tu écris, ce qui prime d’abord, c’est la forme ou l’idée ?
G.M. : Pour moi, c’est la forme qu’il faut trouver d’abord. Les idées il n’y a pas à les trouver, il faut les avoir avant. Si tu trouves la forme judicieuse, les idées s’exprimeront d’elles-mêmes. Si tu commences par les idées, tu fais une rédac, et pour la chanson, le pire à mon sens c’est la rédac !
C.L La musique vient avant, pendant ou après ?
G.M. : J’écris toujours sur une mélodie, qui m’est nécessaire pour les accents et les rythmes qu’elle impose au texte. Cependant il n’est pas rare qu’une fois le texte terminé, ou en cours d’écriture, la musique ne me convienne plus et que j’en compose autre, mais qui gardera généralement les mêmes accents et les mêmes caractéristiques rythmiques.
C.L. : Cette vie folle de saltimbanque : Paris, New York, Amsterdam, Chaumont, et, pour finir, Vittel, Bordeaux, n’est-ce pas dangereux pour ta santé ?
G.M. : La santé oui, mais seulement si la faute est jolie.
C.L. : On sent bien chez toi l’influence des groupes de rock anglais : tu te sens plus proches des groupes de chroniqueurs laïcs ou des groupes de crosses ecclésiastiques ?
G.M. : Ah, les groupes qui sentent un peu le catho, j’aime bien…
C.L. : Ton beau-frère, il a fait vraiment le tour du monde en tracteur ?
G.M. : J’ai fait cette chanson « Hymne à mon beau-frère » parce que Christian Hurault, le mari de ma sœur, sillonne vraiment la Terre en tracteur, et joue vraiment du clairon. Il est parti pour faire le tour du Monde, mais a dû s’arrêter en route : il faut dire qu’il a posé la roue du tracteur sur le territoire américain le… 11 septembre 2001 ! Ce serait long à raconter ici, on peut avoir le détail de son périple et de ses autres aventures sur son site www.tractodak.com.
C.L. : Tu as repris une chanson de Roger Riffard, je trouve ça très bien… et, dans ton duo avec Romain Didier, on ressent l’esprit Riffard. Tu te sens proche du bonhomme ?
G.M. : Très. Jusqu’à récemment, je ne connaissais que l’acteur que j’avais vu souvent au théâtre et au cinéma. Lorsque j’ai découvert ses chansons et sa façon unique de les chanter, j’ai eu l’impression de rencontrer un parent proche dont on m’avait caché l’existence.
C.L. : Tu n’es pas très engagé dans tes chansons. Aux rebelles qui te disent « Lève ton poing, camarade ! », tu réponds quoi ?
G.M. : Que ça fait cinquante ans que je lève le poing, et que j’ai bien l’intention de continuer. Je me sens très engagé dans mes chansons. Autant que mon pote boulanger communiste l’est dans le pain qu’il fabrique : mais ce n’est pas pour autant qu’il fait des pains en forme de faucille et de marteau, non, il essaye juste de faire le meilleur pain possible.
C.L. : Je t’ai entendu dire « Salut France », c’est quoi, ce patriotisme un peu osé ?
G.M. : Ah ! Des saluts oui, mais… développe !
Et je salue aussi les italiennes : dès qu’elles sont en France elles mangent des pâtes.
En fait dans une chanson, le plus important c’est la musique.
… Et les paroles.
Parce qu’il ne faut pas négliger les paroles, hein ! c’est très important aussi les paroles, c’est au moins aussi important que la musique, les paroles....
Peut-être plus même !
… Quoique…
En tout cas, si tu veux réussir une chanson, un conseil : primo, compose ta musique bien en mesure, et deuzio, mesure bien tes paroles aussi !"
Gérard Morel, juillet 2004
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