Jean-Pierre Réginal sonde les profondeurs de l'âme
Jean-Pierre Réginal dites-vous ? Et bien je ne connaissais pas jusqu'à la réception de ses deux derniers albums, car pour les médias il est peu fréquentable. Un auteur-compositeur-interprète de talent, tant par son écriture et sa musique, que par son interprétation cela ne fait pas recette, et puis il n'étale pas sa vie privée, ni n'agresse pas avec force décibels, alors il va voir aussi un peu plus loin dans les pays limitrophes, car dans l'hexagone la médiocrité est de mise, pas pour lui. Poète chantant depuis trente ans, je me devais de lui ouvrir une page.
A une époque où les paroles des chansons tiennent plus des onomatopées des êtres du néolithique, on a envie de mettre nos pas sur ceux de Jean-Pierre "Passe Passe", "Tango révolutionnaire", l'humour en plus, même s'il est parfois noir, mais cela ne gâche en rien la poésie des textes.
Jean-Pierre entremêle les mots poétiques de la langue de Molière avec ceux de son quotidien "Le grand bêtisier", et pousse aussi des cris de détresse "Comme un voleur", se moque des habitudes "Madame Alice" malicieusement ou bien tendrement nous parle de sa mère "Ma mère m'a dit".
Réginal nous chante ce que nous sommes, lui, vous et moi, avec nos faiblesses, nos amours, nos espérances, pour preuve cette chanson "Diablerie" avec simplicité et réalisme, tout ce qui fait notre quotidien qui parfois prête à rigoler ironiquement "Dubois et Dupuis".
Son album "Jean-Pierre Réginal en concert" version piano-Voix est un véritable régal. Il nous conte ses incertitudes "Dans l'entre-deux", et de son dernier album "Fragile accalmie" ses amours rêvés "Tout de vous, l'amitié "Demain Lulu", et puis plus pessimiste en regardant notre monde "La vie, mon vieux" .
Côté zique, Jean-Pierre se sent aussi bien en version piano-voix, qu'avec des accents plus jazzis dans l'album "Fragile accalmie". Bon pianiste et compositeur, son interprétation est convaincante. Jean-Pierre est un magicien de mots et un jongleur de notes comme je les aime.
Tu m'as rempli de bonheur, alors le prochain album, c'est pour quand ?
"La vie, mon vieux"
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Avec Robert Restout à l'accordéon
Le parcours
Jean-Pierre Réginal promène sa vie d'artiste depuis plus de trente ans avec un enthousiasme intact.
Après des études de piano et d'art dramatique au Conservatoire de Reims, il s'installe à Paris où pendant cinq ans il exerce le métier de "prof de gym" avant de plonger définitivement dans la vie d'artiste.
Une première audition dans le célèbre cabaret l'Echelle de Jacob lui permet de se faire les dents face à un public exigeant et de tester ainsi l'écriture de ses premières chansons dont "Les mots s'en vont". Cette chanson enregistrée en 1968 sur un premier 45 tours largement diffusé sur les ondes de France Inter et d'Europe 1 obtint un vif succès. Il enregistre ainsi plusieurs 45 et 33 tours sous le label Sélection Record.
De cafés-théâtres en music-hall, il assure la première partie d'Annie Cordy, Nicoletta, Sim, Alain Barrière, Claude Nougaro, Léo Ferré, la plupart du temps seul au piano.
Au moment où il signe chez Musidisc un album de douze chansons arrangées par François Rauber, célèbre orchestrateur de l'oeuvre de Jacques Brel, la presse parisienne le découvre et encourage d'une façon unanime le public à aller l'applaudir. Il y fera dans la salle Les Petits Pavés le plein pendant plusieurs mois.
Puis il enregistre un nouvel album dont les arrangements sont signés cette fois Alain Goraguer, orchestrateur de Jean Ferrat. La presse écrite et quelques grands noms de la radio, José Artur, Claude Villers, Christian Barbier, le retrouvent pendant plusieurs semaines chaque année au cabaret L'Ecume dont il fera la fermeture en 1986, mais aussi au Palais des Glaces, au Théâtre de Paris où Cora Vaucaire l'a convié en première partie.
Photo Thierry L.Sturm
Suivront un dernier vinyle, "J'ai froid partout", la réintégration en CD de l'album réalisé avec François Rauber, ainsi qu'un CD de quatre chansons, "Le calendrier révolutionnaire", soutenu par Radio-France Bleue qui sera partie prenante d'un spectacle de deux mois à l'Aktéon Théâtre.
Depuis plus de 30 ans Jean-Pierre Reginal parcourt le monde, avec pour bagages ses chansons. Il se fait l'ambassadeur d'une tradition de qualité avec un succès particulier en Allemagne et au Danemark. La Radio Sarroise lui a ainsi offert un enregistrement public gravé de dix chansons où seul au piano il nous promène avec bonheur dans cet univers qui lui ressemble, entre tendresse et humour. C'est en 2001 que le Forum Léo Ferré a accueilli cet album avec enthousiasme.
Aujourd'hui, à l'aube de l'année 2010, vient de sortir son dernier album, "Fragile accalmie" 14 titres orchestrés par Jean-Luc Arramy.
Au fil du temps, l'écriture de Réginal n'a pas pris une ride et son enthousiasme contagieux nous attend toujours autour de cette scène qu'il aime par-dessus tout.
"Madame Alice"
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Michel Valette parle de Jean-Pierre
"Dans l'entre-deux"
Vidéo Marc Servera
Emission "Tous à la une" en 1993
Discographie
1968, 45t, "Les mots s'en vont"
1969, 45t, "Vivre"
1971, 45t, "La vie nous glisse entre les doigts"
1971, super 445t "Les mots s'en vont"
1973, 45t, "Pierre et Ruby"
1975, 33t, sans titre
1978, 33t, "La chansonnette"
1981, 33t+45t "Un coup de grisou dans le coeur"
1985, 45t, "J'ai froid partout"
1989, CD+Cassette+45t, "La chansonette"
1991, CD, "Le calendrier révolutionnaire"
1996, CD collectif live "Artigues 95"
2001, CD, "En concert
2010, CD "Fragile accalmie"
"Les mots s'en vont"
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Initiatives & Créations
"Chanter me fut souvent insuffisant pour exister matériellement et socialement, encore que la vie d’artiste se prête mal au confort, de part son instabilité et son manque de visibilité permanents…
Et il m’a fallu d’autres armes que celles d’un auteur, compositeur, interprète pour combler les périodes de disette, où les contrats se faisaient rares.
Je me suis donc cherché un savoir faire dans d’autres domaines que celui de la chanson, mais un peu de la même famille. J’ai tour à tour : produit et animé une émission radiophonique, « Rencontre d'un autre type », sur les ondes de Radio France Internationale, pendant cinq année, écrit un jingle publicitaire par ci, composé une musique de feuilleton télé par là, créé des ateliers-chansons, tout d'abord à Paris pour l'école internationale Eurocentre, qui me conduisent aujourd’hui et depuis plus de vingt ans en Allemagne et au Danemark, où je propose auprès de ceux qui décident encore d’apprendre le français, une méthode basée sur la musicalité des mots, en chantant les chansons éternelles, qui font partie de notre culture, avec toute la richesse de vocabulaire qui s’y trouve. Car la chanson est vraiment l’art populaire suprême, au carrefour de l'expression du quotidien et du langage poétique et avec en prime une sorte d’espéranto, qui nous chante «parlez moi d’amour…"
Jean-Pierre parle de la chanson française
"La chanson, au-delà de la musique, reste pour moi, dans la froideur médiatique ambiante, la voie de communication la plus directe, la plus vibrante d’un humain à l’autre…
J’ai reçu cette certitude, lorsqu’il y a bien longtemps j’expérimentais «la manche», avec pour seule arme une guitare, une voix et mes premiers balbutiements d’écriture… dans ces restaurants, où tous ceux qui n’étaient pas venus pour moi, mais pour une poularde de Bresse à la crème et aux morilles, pour un tournedos Rossini, des quenelles à la Nantua, ou un bon vieux staek-frites, se décollaient de leur assiette pour rejoindre ma chanson. Alors, dans le pays de la bouffe, quelle victoire!
Quelques décennies se sont passées depuis et il m’arrive régulièrement de retrouver avec émotion, quelques-uns de ceux qui m’avaient acheté mon premier «45 tours»… C’est ce tissu émotionnel qui constitue la charpente du métier d’artiste, tel que je l’ai souhaité. Et c’est ensuite seulement que peut commencer le long apprentissage…
Le long apprentissage… Un jour ancien, je venais de chanter à midi dans un restaurant populaire et comme il se doit, je passais entre les tables, pour y recevoir mon «salaire». A l’une de celles ci trois types, aux mains blanchies de plâtre, me toisent narquois et l’un d’entre eux m’envoie vertement à la gueule, «tu ferais mieux de travailler au lieu de chanter…»
Et voyez vous, je chante toujours… et je poursuis mon long apprentissage !"
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