Michel Valette, infatigable créateur
Que de joie d'écouter ta poésie dont la qualité d'écriture concise
enveloppe des torrents de sensibilité pour nous chanter l'amour ("Le
blues de Copenhague"), ton profond respect pour les humains ("Les gens
merveilleux") ou bien ta révolte ("Pauvres cons").
Michel n'a jamais choisi la facilité, et sa fringale de servir une
certaine chanson peu médiatique l'a un peu relégué dans l'ombre.
Qu'importe Michel se rattrape avec son dernier CD d'une dizaine de
chansons dont il est l'auteur.
A ma question sur sa conception de la chanson française, Michel m'a répondu :
"Contrairement aux apparences, elle se
porte parfaitement bien. Précisons;;; Dans sa création ! Sûrement pas
dans sa diffusion. Le paradoxe est que les auteurs compositeurs qui à
l'époque des Brassens , Brel, Ferré se comptaient par dizaines et ne
pouvaient que passer par Paris pour se faire connaître, surgissent
maintenant dans tous les coins de France. Je ne parle que de ceux qui
savent écrire de beaux textes et des musiques originales. Laissons de
côté, la chanson fabriquée, les chanteurs formatés, les voix calibrés
comme les poires aux étalages. C'est un autre métier. Pas besoin d'en
parler et tant mieux pour ces jeunes si on leur fait gagner du fric
pour quelques mois.
Parlons plutôt chanson française. Pourquoi
donc ces jeunes artistes bourrés d'idées, d'originalité et de talent ne
peuvent atteindre un public qui si on lui donnait de la qualité
pourrait les apprécier de la même manière que les médiocres stars
académiciens? La réponse est dans la question. De leur côté il faudrait
plus de temps. Brassens 14 ans de galère, Béart 4, Anne Sylvestre 7 ou
8. Barbara dix ans. Les maisons de disques se sont rendues compte que
leur qualité n'est plus rentable. En dessous d'une vente de 50.000 CD
par an un artiste ne peut les intéresser.
Combien de ces jeunes artistes qui
s'autoproduisent par la force des choses arrivent-ils à dépasser 2 ou
3.000 CD , Sur 200 d'entre eux, on pourrait les compter sur les doigts
d'une main. Un star académicien peut vendre 100.000 albums en six mois
! Reprocher aux maisons de disques de vouloir gagner de l'argent est un
faux procès. Ce sont des marchands. Leur raison d'être est de faire du
fric. Il y a d'autres responsables. Les médias. Les programmateurs de
radio sont de moins en moins cultivés. Leur esprit critique réduit ne
leur permet d'apprécier que ce que plusieurs années d'écoute
radiophonique les ont formés à écouter. D'où chez eux un mépris pour la
poésie ou pour ce qui nécessite un certain effort de méninges. Les
émissions de télé prolongent cet état de fait. De temps en temps on se
donne bonne conscience en programmant du rétro. Mais la plupart du
temps du rétro choisi dans ce qui était le moins bon il y a 30 ou 40
ans. Parfois une vedette actuelle comme P.B. découvre des chansons
patrimoniales connues comme s'il était le premier à les entendre et les
enregistre en les interprétant d'une façon qui l'aurait fait siffler
par le public à l'époque de leur création.
Conclusion. La chanson française ne s'est
jamais si bien portée. Il existe partout en France des réseaux comme il
existait des résistants du temps de la France vichyssoise. Des réseaux
de gens qui ont su conserver leur esprit critique. Hélas, ils ne sont
pas assez nombreux pour que survivent les jeunes chanteurs en tant
qu'intermittents du spectacle. Ils constituent un terreau qui peut
s'agrandir.
Les militants qui permettent cette
extension créent des petits lieux, des associations et font boule de
neige. ll suffirait que les services publics, l'état, les conseils
généraux et départementaux prennent conscience de l'importance qu'il y
aurait à sauvegarder cette spécificité de la culture francophone en
économisant moins qu'ils ne le font leurs subventions."
Merci Michel pour cet hommage à la chanson française que tu as si bien défendue.
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Le Parcours
Michel Valette a obtenu les "Lauriers d'or de la Culture et des Arts"
en 1998. Il a démarré sa carrière de chanteur comme interprète, puis il
a écrit des textes pendant une dizaine d'années et des musiques depuis
quelques temps. Il tourne avec des récitals "Poésie et chanson" et avec
ses propres compositions.
Michel a été comédien au théâtre, au cinéma et à la télévision. Mais
Michel est également auteur de dessins et d'affiches, initiateur de
jeunes comédiens aux techniques de relaxation et d'improvisation,
animateur d'un stage d'expression orale. En fait cet artiste plein
d'énergie créative a plus d'une corde à son arc.
Il a écrit des scenaris de BD
(pour le journal Pilote), imaginé des affiches et dessins, créé des
décors, mis en scène "L'azote" de René Obaldia, écrit une pièce de
théâtre "Vie et mort d'un cycliste écologique", produit une émission de
télé "Il y a vingt cinq ans la Colombe" et bien d'autres choses.
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Initiatives et créations
Michel c'est le créateur du cabaret "La Colombe" lieu dans lequel, de
1954 à 1964, il fit débuter des auteurs-compositeurs comme Pierre
Perret, Guy Béart, Jean Ferrat, Anne Sylvestre, Georges Moustaki,
Francesca Soleville, Maurice Fanon et quelques autres.
Puis Michel a administré et animé le "Théâtre Mouffetard" de 1968 à
1974 et a été membre du "Théâtre des cinquante" de 1979 à 1993.
C'est aussi le créateur de l'Association "Chant'Essonne" qu'il a dirigé
de 1993 à fin 1999. Cette association a référencé le site "Chanson
Rebelle" dans ses pages. Cette association se définit par ce texte :
"C'est une association “Loi 1901” créée en 1993, qui tente de
promouvoir la chanson à texte, celle que vous avez connue avec Brel,
Brassens, Léo Ferré, Jean Ferrat... et qui, loin d'avoir disparu,
regorge de nouveaux talents qui, hélas, ne sont pas médiatisés."
Discographie
"Ne
reste que l"amour", 45 trs, 1990
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"Michel
Valette chante Gilbert Hennevic", CD, 1993
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"De
la Colombe à la Colombière", CD 4 titres,
1999
"J'ai
le cœur à chanter", CD, 2003
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"J'ai connu des
gens merveilleux", CD, 2004
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Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Biliographie
"De Verdun à Cayenne"
Magnifique bouquin dans lequel Michel retrace le parcours de
Robert Porchet, un jeune homme ordinaire plongé, à peine sorti de
l'adolescence, dans le carnage de la guerre de 14-18. Envoyé au bagne
de Cayenne pour désertion avec les prisonniers de droit commun, Robert
Porchet en ressort en 1929.
Michel nous parle des débuts de Jean Ferrat au cabaret "La Colombe",
cabaret qu'il gérait avec Beleine son épouse, et malgré les difficultés
de gestion du lieu, il a permis à des chanteurs comme Anne Sylvestre,
Guy Béart, Jean Ferrat et quelques autres de se produire en public.
Jean et Michel sont devenus des amis, et Michel nous dévoile le parcours
de celui qui nous a quitté le 13 mars 2010, et en lequel il a toujours
cru, en égratignant au passage les médias qui ont ignoré l'artiste, et
qui l'ont encensé comme des nécrophages après sa disparition.
Ce livre retrace avec fidélité la carrière de Jean Ferrat, simplement
comme le dit Michel.