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Joan Pau Verdier, un occitan en dissidence
Pour créer cette page, j'ai eu de nombreux échanges avec Joan Pau et nous avons eu une certaine fraternité sur des sujets qui nous tiennent tous deux tant à coeur. Nous avons évoqué le monde de la chanson avec ses travers et ses dérives, Léo Ferré, la liberté d'expression au travers de la création et plein de choses qui font que l'on a eu du plaisir à échanger.
Les chansons de Joan Pau sont des cris (titre d'ailleurs d'une de ses chansons "Je suis un cri"). Les thèmes tournent autour de l'injustice, de la reconnaissance de la culture occitane, de la connerie universelle. Joan Pau est de tous les combats lorsque le respect du genre humain est bafoué. Les textes sont parfois parlés pour mieux percuter, il les hurle même car il est des révoltes qu'il ne peut chuchoter. La musique a des tonalités rock qui collent bien aux textes sans les étouffer.
Joan Pau n'a pas choisi la facilité avec de tels textes. Il n'est pas aisé d'être révolté dans une société consensuelle où les chanteurs de conviction n'ont plus ou pas leur place.
A vraiment écouter son CD "Léo, domani" avec des interprétations en occitant de chansons de Léo Ferré que Joan Pau nous livre avec conviction et une incroyable sincérité d'où se dégage une émotion certaine.
"L'eissarpa de fuoc" Joan Pau Verdier / J.P Verdier & Pierre Fanen
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Photos J.F. Laffitte
Dessin Yves Poyet
"Après la Commune, Louise Michel est exilée en Nouvelle Calédonie avec d’autres communards. Là-bas, peu à peu et comme souvent, certains « révolutionnaires » se retrouvent à exploiter le peuple d’origine. Seule Louise se bat avec les Canaques. C’est pourquoi encore aujourd’hui sur le drapeau canaque, il y a une bande rouge qui représente l’écharpe rouge de Louise Michel. L’écharpe de feu. L’eissarpa de fuõc."
"Qu’es per tu Loisa per uèi e doman
Tu la femna a l’eissarpa de fu?c
Color de cireisa e perfum de pan
Sabi pas perque te disi qu?
Femna en plors a espiar lo regard del mond
Femna nuda dins l’ivern prigond
I’a pas cap de plaças a portar ton nom
Mas beleù mielh vau quela cançon ?
Un beu jorn veirèm la pica dau solelh
A cadun son torn cadun l’esper
Per sentir aqui coma lo vin novel
La cançon de Loisa dins lo ser"
"C’est pour toi Louise pour aujourd’hui et demain
Toi la Femme à l’écharpe de feu
Couleur de cerise et parfum de pain…
Je ne sais pourquoi je te dis ça.
Femme en pleurs a épier le regard du monde
Femme nue dans l’hiver profond
Il n’y a guère de places qui portent ton nom
Mais peut-être vaut-il mieux celle chanson ?
Un beau jour nous verrons la pointe du soleil
A chacun son tour ,à chacun l’espoir
Pour sentir ici comme le vin nouveau
La chanson de Louise dans le soir"
Photo Francis Annet
"T'aimarai"
Joan Pau Verdier
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Le Parcours
Dans les années 68, Joan Pau, musicien et déjà compositeur, se produit dans les cabarets de Bordeaux et de Paris. Il affirme son identité occitane révoltée. En 1973 sort son premier 45 tours en oc dont le titre est "Desemplumat" ("Désemplumé), suivi d'un 33 tours "Occitania" ("Occitanie toujours") que les régionalistes contestataires applaudissent, mais Joan Pau chante aussi en français sur l'une des faces. Le ton est donné.
Joan Pau chante sur une musique folk, mariage entre la guitare acoustique et l'orgue, puis il fait appel à des musiciens de studio notamment pour une de ses chansons "Soi una puta " (Je suis une pute").
Les thèmes de ses chansons sont occitans avec une tendance rock, mais Joan Pau est un admirateur de Léo ferré auquel il dédie une chanson "Maledetto Léo !". Ferré est un mythe pour Joan Pau, il enregistre "Ni Diu ni mestre" ("Ni Dieu, ni maître").
Puis en 1976 Joan Pau enregistre le disque "Vivre", tendance très rock, alternant des chansons en français et en occitan. En 1997 "Tabou-le-chat" est formé avec en fil rouge le thème du chat où la langue française prime.
En 1979, par le 33 tours "Le Chantepleure", la poésie en français devient plus réaliste, Joan Pau s'y exprime avec plus de conviction.
Le parcours de Joan Pau est long et semé d'embûches, comme chez tous les chanteurs de conviction. Je vous renvoie à son site qui vous en dira plus sur le reste de son parcours. L'on peut simplement dire que le régionaliste défendant les cultures provinciales est passée sous silence, à mon plus grand regret, car de la Bretagne à la Corse, de l'Auvergne au Périgord, et il y en a tant, il est des richesses culturelles que le parisianisme et la culture officielle ont franchement ignorées et stupidement censurées.
La chanson d'ouverture du CD de Joan Pau "Léo, domani" en hommage à Léo Ferré.
"Les sentiers interdits"Joan Pau Verdier / P. Descamps
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Photo Louis Verdier
Joan Pau est encore debout, chantant avec conviction, librement et courageusement. Salut et fraternité frangin !!!
Enregistré à l'Estivade de Rodez le 27/07/2011 par l'équipe de l'Estivade.
Joan Pau nous parle de la chanson française
"Le vieux Brassens disait : «quand on me demande ce que sont la bonne et la mauvaise chanson, je ne sais que dire : pour moi il y a deux formes de chansons : la chanson qui s’entend et la chanson qui s’écoute».
Je ne suis pas loin de partager son avis. La chanson qui s’entend peut être entendue partout, en voiture, dans l’ascenseur, en faisant sa toilette, le ménage, bref en faisant autre chose. Elle est ambiance, décor auditif.
Au contraire, la chanson qui s’écoute nécessite une disponibilité totale. On arrête toute activité physique ou cérébrale pour se consacrer entièrement à elle. On n’écoute pas « La mémoire et la mer » de Léo Ferré en se rasant … Elle occupe toute notre attention, notre esprit , notre âme si elle existe .
Cela explique bien des choses qui se passent aujourd’hui dans le domaine de la production et de la programmation des chansons.
La censure ne s’applique plus comme jadis à des titres « révolutionnaires » « contestataires » et n’exclut pas des médias uniquement des Béranger, Colette Magny, Catherine Ribeiro pour leurs textes et propos qui « n’engagent que leur auteur » comme on écrivait sur les pochettes de l’époque. Cette censure non-dite, non-écrite sans ministère de l’Information est beaucoup plus pernicieuse .Personne ne la décrète ni ne l’impose. C’est pire : les producteurs et programmateurs se l’appliquent inconsciemment à eux-mêmes. Le fameux temps de cerveau disponible ne peut l’être que pour la publicité, Coca ou MacDo. Il ne faudrait pas que l’auditeur la gaspille en se concentrant sur une chanson intelligente qui par surcroît risquerait de l’aider à être intelligent. La censure était naguère idéologique, politique, elle est désormais banale, normalisée. Elle est dans l’air du temps et s’y respire en permanence. Nul besoin de slogans agressifs, de couplets dénonciateurs pour être censuré. Si tu ne parles pas de ton petit nombril, de tes amourettes rétro, du contenu de ton frigo, du porte-gobelet de ta bagnole, de cette poésie de supermarchés tu n’es pas au goût ( dégoût ?) du jour . Tu es un pauvre mec en marge.
Photo J.F. Laffitte
La chanson est toujours le reflet de la société où elle s’exprime. Tout ce qui n’est pas calibré, standardisé, formaté est systématiquement rejeté. Tout doit être dans le sens de cette fameuse pensée unique que nous imposent quelques politicards à la botte de la haute finance internationale, le tout relayé par quelques intellos parisianistes sensés éduquer le bas peuple. Si tu ne penses pas comme eux, tu es un ringard passéiste.
Cela explique pourquoi cette chanson actuelle si riche sur le terrain, dans toutes les régions de France, si inventive, est aussi pauvre sur les ondes. Le tamis est très serré.
Léo le disait déjà : « la poésie contemporaine ne chante plus, elle rampe ». Cela n’a fait qu’empirer.
C’est pourquoi je n’ai aucune conception particulière de la chanson si ce n’est qu’elle se doit d’être « autre », a-normale dans le sens de hors des normes imposées, bref insoumise.
Pour conclure, n’oublions jamais ce vers sublime de René Char :
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil »
Joan Pau Verdier
Bibliographie
Sur des illustrations de José Correa, des textes de Joan Pau Verdier, une ballade en terre de Périgord. ditions de la lauze
Photo J.F. Laffitte
Discographie
A visiter sur le site de Joan Pau ou bien sur :
http://www.pressibus.org/chanson/verdier_joan-pau/index.html
"Avec le temps / Coma lo temps", Livre / CD, 2007. Joan Pau a traduit et chante 16 chansons de Léo Ferré en occitan
"Ni diu ni mestre"
Extrait du CD "Coma lo temps"
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Livre / CD, 2008, "Trobadors" sur la culture occitane,
Joan Pau y présente le CD "Paratge" avec des textes et poèmes occitans.
"Les rêves Gigognes", 2010
"Tabou le chat" (1977), réédition 2010
"Le Chantepleure" (1979), réédition 2010
Une chanson que Joan Pau a écrite en hommage au peintre Vincent Van Gogh
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Photo Francis Annet
"Miséricordes - Misericordia"
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
Actualités
Joan Pau présente une spectacle "Y'a du Brassens dans l'air", avec le groupe "Verdier, Bonnefon, Salinié chantent Brassens".
Les trois copains ont sorti un CD avec des chansons de Georges Brassens. Je les ai écoutés lors du festival "Les fils de Georges" à Soucieu en Jarrest (69) le 27 mai 2006, un vrai moment de bonheur et pourtant dieu sait si les interprètes de tonton Georges sont nombreux. en plus ils prennent leur pied sur scène, alors le public en redemande.
N'oublions pas Jacques Gandon à la guitare et François Paoli à la basse.
Pour pimenter le tout, une version de "La mauvaise réputation" en occitan.
Photo: Prod'Oc
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