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Leprest40.jpg
Photo Jean-marie Legros avec son aimable autorisation
 
 
ALLAIN LESPREST est parti sans dire "au revoir"
 
 
Il pleut encore sur la mer, et ça ne sert toujours à rien
 

Allain s'en est allé sans crier gare, à sa façon, et la chanson d'auteur est en deuil, nous laissant attristés et orphelins, comme après le départ d'un frangin d'une grande sensibilité, d'un chanteur debout dans ses bottes qui a marqué de sa plume ces dernières décennies.

Plutôt qu'un hommage pleurnichard qui t'aurait surement déplu, je préfère livrer une de tes chansons de circonstance.

   "Je ne te salue pas" 

Et puis cette interview lors du festival "Paroles et Musiques" de Saint Etienne, en 2009, où tu as accepté de répondre à mes questions, comme deux vieux copains qui se retrouvent après bien des années en devisant : 

"A coeur ouvert, et en toute simplicité"

Chanson Rebelle :  Salut Allain, peux-tu nous parler de ta collaboration avec Romain Didier ?

Allain Leprest  :  Elle date de 1985, il avait assisté à mon spectacle au Festival de Bourges, et notre tourneur commun nous a fait nous rencontrer en 1986. Notre première collaboration a été une chanson qui s'appelait "Après", pour commencer c'était bien !!! Des choses à l'envers. Nous avons fait une soixantaine de chansons ensemble.

C.R. : En fait tu es parolier ?

A.L. : Je suis plutôt auteur, parolier je ne sais pas trop le faire, il faut connaître les gens comme Francesca Soleville, Enzo, Romain. Parolier c'est un art très à part, c'est un habilleur, un styliste, il voit la silhouette et c'est très difficile, il vaut mieux ne pas connaître la personne. J'ai tendance à écrire pour moi-même, et quand j'écris pour une femme comme Francesca, j'écoute son histoire. Je ne suis pas mélodiste.

C.R. : Tu as une page sur le site, et j'ai constaté que tu avais peu de reconnaissance des médias, pourquoi ?

A.L. : Il y a des tas d'explications, mais plutôt que de passer pour un aigri, je préfère regarder le métier comme ça. C'est évident que c'est le genre de chansons qu'on présente qui fait que l'on correspond à la norme, tantôt elles sont jugées comme trop intimistes, tantôt c'est trop compliqué. Les gens qui te disent ça, je ne te citerai pas de noms, les grands présentateurs tel qu'on les conçoit, tel qu'on les connait, n'ont pas ce qu'ils proposent à leurs auditeurs ou leurs téléspectateurs dans leur discothèque et d'une, et de deux il y a leur esthétique, c'est un peu trop bon pour leurs ouailles.

Tout chanteur aspire à une ouverture plus grande sur les médias, mais ça passe mal, heureusement il y a la scène. Je ne suis qu'heureux que quand je suis sur scène, d'un côté c'est pénalisant parce que tu n'as pas d'oreilles aux échos et pour la diffusion de tes disques, de ce que tu peux faire par ailleurs.

C.R. : Tu as un sacré palmarès, de nombreux prix, donc normalement tu devrais être plus médiatisé ?

A.L. : On ne fonctionne plus du tout par les prix, je ne vais pas cracher dans la soupe, mais je souhaite aussi à d'autres jeunes chanteurs la reconnaissance de leur passage. Je pense que le métier ne fonctionne plus comme ça. C'était l'époque d'une autre chanson française, celle de Jacques Bertin, Jean Vasca et d'autres, ça avait du poids la nouvelle chanson française. L'académie Charles Cros était reconnue, un certain éclat. Aujourd'hui c'est la Starac, les victoires de la musique.

C.R. : Tu as des regrets par rapport à cette époque

A.L. : Plus maintenant, à savoir si j'en ai jamais eu d'ailleurs. Il faut avancer, constituer des choses, un bloc, être bien entouré, j'ai des pairs comme on dit, reconnaissances que j'ai choisies, dans le métier, mon entourage, c'est très chouette, enfin ceux qui m'aiment bien comme Higelin, Fugain, jusqu'à mes potes du boulot, de cabaret, sans être péjoratif, le milieu de la chanson, les saltimbanques, comme on est quoi. Y'a des gens moins fréquentables, mais il y a des gens gentils, formidables avec qui je m'entends très bien.

C.R. : Tu as écrit quand même des chansons d'anthologie "SDF", "Nu", "Le copain de mon père"

A.L. : Il n'y a pas à s'étonner qu'une chanson comme "SDF" sur la radio telle qu'elle est conçue aujourd'hui, même sur le service public, soit un peu grinçante.

C.R. : On a aussi connu la censure il y a quelques années

A.L. :  On n'en n'est plus là heureusement

C.R. : Tu as des projets pour le moment ?

A.L. : Le projet ? Pour la petite histoire j'ai quand même été arrêté 3 ans, des pépins de santé. J'ai quand même continué de chanter et d'écrire, mais maintenant c'est derrière moi. Il y a la sortie de ce dernier CD et je récupère de très anciennes chansons que j'ai rarement défendues sur scène, ou alors il y a très longtemps et que le nouveau public ne connait pas. On verra ça à la rentrée avec les nouveaux musiciens et l'envie de faire une tournée solo/piano, et ça peut prendre une très grande ampleur.

C.R. : Que penses-tu de la dérive de la chanson. Est-elle un art mineur, un art majeur, n'était-elle pas vendue comme du dentifrice ou de la lessive ?

A.L.ça toujours été pareil, on parlait de 1967, j'ai 54 balais, et quand j'étais minot j'étais déjà critique. J'étais allé voir un chanteur qui faisait des "chansons à la main" comme on le disait. Tu me parles de tube dentifrice, pour moi une chanson était quelque chose qui sortait toute faite d'un transistor ou d'un appareil radio. Là je vois un type, Michel Bézu, un comédien qui faisait ses chansons, et un autre type le présente à ma grande surprise comme quelqu'un qui écrivait ses chansons. Je me suis dis "Alors c'est vrai, ça peut se faire soi-même, ça sort pas d'un tube", et c'est à ce moment-là que ça à commencé à me démanger un petit peu.

C.R. : Lors d'une discussion récente avec Pierre Tisserand nous avons pensé que si des Brel, Brassens, Ferré, Ferrat et Béranger essayaient de percer maintenant, ça ne marcherait pas. Qu'en penses-tu ?

A.L. : On dit toujours ça, mais je ne pense pas, car je crois qu'ils n'écriraient pas la même chose aujourd'hui d'une part, et qu'ils n'auraient pas la même culture musicale d'autre part. Il y aurait des choses différentes. Les chanteurs contemporains manquent de gagner de la force. Je ne peux être juge et partie, j'ai toujours eu du mal à porter des jugements, ça ne me plait pas.

J'ai des grands enfants qui m'initient à Loïc lantoine, aux punks, ils m'embarquent avec eux en quelque sorte, c'est vachement sympa.

C.R. : Dans ta biographie j'ai été surpris de constater que tu avais été éducateur

A.L. : Oui très peu, ça ne me convenait pas, enfin plutôt je ne convenais pas à ce métier, parce que je suis trop entier, je donnais trop de moi-même, tu le sais très bien, il faut savoir se protéger sinon on est vite broyé humainement, quand tu y mets la main, tout y passe.

J'étais pas taillé pour, ça m'a rendu service, j'ai un ami comédien qui travaillait dans la réinsertion d'anciens taulards et j'avais écrit une pièce de théâtre "Le gardien de phare". J'avais une femme et mes gosses et un copain me disait "Tu chantes bordel, à Paris j'ai des cousins qui pourront t'aider". C'est comme ça que j'ai débarqué à Paris.

C.R. : Beaucoup de chanteurs que je présente sur le site sont justement d'anciens travailleurs sociaux. Est-ce que tu penses que cela leur a fait toucher du doigt la misère et qu'il en ressort des textes ?

A.L. : Exactement, je suis natif de Rouen, et j'ai reçu la Médaille d'Or de la ville. On m'avait dit que nul n'est prophète en son pays, et je ne suis pas gourmand en récompense.

Cela m'a fait énormément plaisir, j'ai distribué des remerciements à la pelle pour tous les copains, mes copains travailleurs sociaux et qui le sont restés depuis 20 ans, qui touchaient déjà du doigt ce qui nous explose à la gueule actuellement.

Rarement j'ai fait une interview aussi authentique, elle est bien à l'image d'Allain

"Y'a rien qui s'passe" 

Et puis tes copains qui t'ont rendu hommage il y a quelques mois.

"Les amis d'Allain chantent LEPREST"  

- Jean-Sébastien Bressy

- Gérard Pierron

- Jean-Pierre Laurant

- Jean-Yves Nicolas

- Catherine Mathey

- Gérard Prats

"Salut l'artiste"
Jean-Sébastien Bressy /  Jean-Sébastien Bressy
Chanté par tous les amis
Avec l'aimable autorisation du "Label Table Ronde"

Salut frangin, je suis triste ce soir, à plus tard.

Gérard Gorsse, Août 2011



  Commentaires (10)
1Bon voyage, Allain...
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 16-08-2011 12:42

T'en avais marre, je peux comprendre... Quand on a plus de souffle on ne peut plus chanter. 
Et puis, quoiqu'il en soit, tu restes là, on te garde avec nous ; ça, tu n'avais pas prévu, hein ? 
Si tu vois mon Jo, là-haut, dis-lui que je l'aime... 
Robinsonne

2adieu ..si j'ose dire!....
Ecrit par yvie, le 16-08-2011 13:36

Bon, mais il doit exister un truc.. un endroit .. une auberge.. un site, où celui que tu ne saluais pas, invite les poètes pour des soirées joyeuses où résonnent vos voix!... 
Bon voyage Allain!..

3Adieu Allain
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 16-08-2011 19:22

Je ne le connaissais pas, lui. Et toi Gérard as mis tellement de passion à m'en parler dans notre ITW, que, je dois te l'avouer, j'ai dû aller vite chercher qui était ce personnage dont je ne pouvais même pas prononcer son nom. Leprest. Et j'y ai rencontré un univers de poésie, de musique, de profondeur. Aujourd'hui quand j'ai lu l'info, j'ai tout de suite pensé à toi. Alors, voilà, je t'embrasse très fort et je te remercie pour m'avoir "présenté" Allain. Maintenant on partage cet adieu. Bisous. Ester

4Hommage à Allain LEPREST
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 18-08-2011 10:51

Un poète vient de mourir, ne l’oublions pas ! ! 
 
Cette petite parodie d’un de ses textes en cadeau d’amitié, de respect et de gratitude ! 
 
Dans le sac à main d’la putain 
 
Y avait pas de place pour ta mort 
 
Mais tu as décousu le satin 
 
Pour y planquer ton désaccord 
 
T’a pris la simple solution 
 
Celle de changer de décor 
 
Et sans te fair’trop d’illusions 
 
Tu as choisi ton corridor 
 
Dans le sac à main d’la putain 
 
Y avait des copains et des verres 
 
Des vers de cœur des verres de vin 
 
De quoi attendre après-demain 
 
Et même le jour d’après la peur 
 
Pour qu’il n’y ait aucun témoin 
 
Tu auras bien choisi ton heure 
 
Pour mettre sur ta ligne, un point. 
 
Dans le sac à main d’la putain 
 
Là où tes mots fleurissent 
 
Sur des musiques de Romain 
 
Nimbées de soyeux délices 
 
On gardera de toi des chansons 
 
Et plus de vin qu’on ne peut boire 
 
Et c’est alors que sans-façon 
 
On pourra se dire au-revoir ! 
 
Michel BOUISSE

5Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir , le 19-08-2011 10:58

Reposes en paix l'Ami 
Que ton chemin là-bas, tout au loin... soit parsemé de notes de musique, de mots qui te réchauffent, et de bons souvenirs qui te remettent en mémoire le meilleur du meilleur. Que Brasens, Brel, Tino, Cloclo et les autres te fasses la haie d'honneur que tu mérites. La reconnaissance en soit, n'est autre que le regard du sourd. Il voit, comprend, observe l'attitude de l'autre, mais ne peut hélas s'exprimer verbalement. 
Louisiane

6A Allain
Ecrit par Gérard-André, le 19-08-2011 17:23

De Gérard-André artiste, auteur compositeur interprète, créateur des Etaisiades du Théâtre Rural de La Closerie 
 
Allain LEPREST, dont le nom est assez peu connu du grand public, vient de mourir en Ardèche à deux pas du cimetière où repose son grand ami Jean Ferrat disparu il y a un an et demi.  
Qualifié par Jean d’Ormesson de «un Rimbaud du XXème siècle», Allain LEPREST, auteur compositeur interprète, était pour moi, à l’instar de Jean Ferrat, Jacques Brel, Léo Ferré, Georges Brassens… un immense artiste que nous ne cesserons de découvrir au fil des ans à venir car il ne fait aucun doute que son œuvre laissera sa trace poétique comme celle d’un François Villon ou d’un Guillaume Apollinaire.  
Lorsqu’il interprétait sur scène ses propres textes, ses propres chansons, le public, touché au cœur, était transporté, en apnée poétique en quelque sorte. Ceux qui ont eu la chance de le voir et l’entendre seront unanimes à entériner mon témoignage.  
Ayant résidé de nombreuses années dans le Val de Marne, département d’Allain LEPREST, et, sans être un intime ou un interprète de ses chansons, je l’ai évidemment souvent croisé et, plus d’une fois, nous avons longuement échangé, à bâtons rompus, nos points de vue et nos passions-engagements. Alors en situation de programmer l’agenda culturel d’une ville de la région parisienne, en Essonne, je fis partie des premiers à l’inscrire sur le calendrier artistique …: Et, comme si c’était hier, je me souviens de son spectacle qui subjugua le trop faible public (moins de 50 personnes)… Je le connaissais bien mais ce fut une fois encore le choc.  
Je me souviens aussi des paroles de Pascal SEVRAN au Forum des Halles, en 1997, alors que nous fêtions ensemble devant 800 personnes, à une trentaine d’artistes, le 80ème anniversaire de Francis Lemarque, disant d’Allain LEPREST qu’il était "un géant". Ce soir là il ne put chanter mais il fit passer, aussi bien à travers le public qu’à travers nous tous, les chanteurs réunis pour l’occasion, la brise et l’embrun de nos cœurs.  
Une année, à la Fête de l’Humanité, nous avons participé ensemble à un débat sur l’avenir de la chanson française et insisté sur sa remise en cause dramatique par le système du show business et de la Star Academy, dans lequel la création n’a plus sa place, supplantée par le roi dollar et les artifices des tubes sans consistance. 
Bien entendu nous nous retrouvions parfois sur une même scène comme ce fut encore le cas récemment à Vitry sur Seine lors d’un Hommage à Jean FERRAT.  
Et ici, depuis près de 5 ans que j’anime le Théâtre de La Closerie, dont le fil rouge est la poésie, j’avais déjà pris des contacts pour le faire venir lors d’une prochaine saison, lui qui s’inscrit si bien dans la lignée d’un Jean Ferrat : comme notre marraine, mon amie Francesca Solleville, (qui a enregistré un CD consacré à ses chansons), il faisait partie des quelques rares intimes qui partageaient des moments de sa vie à Antraigues sur Volane  
Bien sûr, la vie (et la mort…) en ont décidé autrement et nous ne l’entendrons pas déverser son trop grand cœur ses blessures sur la scène de La Closerie mais, en ce week-end des 20 et 21 août où le hasard du calendrier m’a fait programmer deux artistes qui l’ont côtoyé, Jean Sé et Gérard Prats, nous lui rendrons ensemble un premier hommage, dans l’émotion que l’on imagine car tous deux l’ont aussi bien connu : Jean-Sé pour sa part l’a accompagné au piano, tandis que Gérard Prats a participé, en interprétant une de ses chansons, au CD collectif «Les amis d’Allain chantent Leprest».  
 
Oui, Allain LEPREST, que beaucoup à ce jour ne connaissent pas encore, était bel et bien un géant et le Rimbaud de l’écriture poétique du XX siècle. Mais, comme le dit Georges Brassens, le temps ne fait rien à l’affaire et un jour, j’en suis certain, il aura la reconnaissance du grand public qu’il mérite… 
Gérard-André

7Des larmes
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir , le 19-08-2011 21:21

Pour ne jamais oublier .

8Bel hommage
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 22-08-2011 17:42

Un bien bel hommage, hier soir, à La Closerie de Gérard-André, à la fin d'un superbe spectacle de chanson d'expression, de chansons d'auteurs, prévu de longue date. Ils étaient deux à partager le scène hier, deux auteurs compositeurs, Jean-Sé et Gérard Prats, et, ironie du sort, tous deux amis d'Allain Leprest. Beaucoup d'émotion pour un moment d'hommage simple et profond, en communion totale avec le public. Et pour clore cette superbe soirée la belle idée de Gérard-André de nous dire ce texte magnifique du grand Allain, "Le temps de finir la bouteille".

9fragile
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir website, le 24-08-2011 12:11

loin du Cotentin tu as rejoint ton ami Jean, un signe de croix mourir si loin des vagues peut importe. Ton image seras toujours présente a chaque spectacle il n'y aura pas un artiste mais toi caché derrière et tes amis que je connais bien, la salle est pleine vas-y Allain tu peux commençer.

10Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir , le 24-08-2011 15:16

C'est tellement beau ... il n'y a rien à dire de +.

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