Malik Moktar Al Mahdi, onzième fils digne d'un père caïman mâle, lion blessé, tigre aveugle, panthère blanche qui ne mange pas avec des lâches, qui couche avec dix femmes par jour, est né dans la joie, en brousse, au moment où le soleil de l'après-midi était entouré d'une auréole, signe qu'il a un destin grandiose, ô combien messianique, pathétique et prophétique ! Président de la Médiocropolie, il va rétablir les choses dans l'ordre normal. Mais puisqu'on est quelque part en Afrique, l'ordre normal des choses est souvent synonyme de terreur, torture, massacre, rébellion, guerre, pillage, peur, corruption, despotisme et démocratie tropicalisée, avec la bénédiction de la Métropuissance... Pas besoin d'y mettre les formes : le chef a tous les droits d'exiger et d'obtenir !
C'est l'histoire douloureusement typique d'un pays d'Afrique, à travers laquelle, malgré les noms inventés, il n'est pas difficile de reconnaître le Tchad. Sur fond de cette histoire mouvementée, défilent de nombreux personnages : un instituteur érudit dont l'immense connaissance dégarnit le crâne ; un goumier qui recueille le crachat du chef dans sa robe ; un prof expatrié pédophile qui baise ses élèves ; un intello présentant des théories sur le fonctionnement et le rôle de l'État ; un surdiplômé, passionné de Mozart et des arts qui continue d'étudier en Europe ; un journaliste désireux de quitter le pays ; des jeunes, lycéens et étudiants, avec leurs soucis et leurs amours ; et des femmes, aussi serviables qu'asservies, souvent plus fortes et plus courageuses que les hommes.
Ce premier roman de Kaar Kaas Sonn, une écriture orale, sait charmer le lecteur avec humour, ironie et humanisme.
Editions Kuljaama, 2007, Réédition par les Editions La sève, 2010
"Avec nos mains de chèvre"
Quatrième de couverture
C’est là-bas que je suis né. C’est sous ce soleil à la mansuétude rugueuse, sous cette magnifique terre où l’amour s’enferre dans la haine, terre désertée par les divinités orientales imposées, ce sol imbibé de sang aux senteurs de plomb que fut enterré mon placenta. Ce territoire où, à force de plaisanter avec les choses sacrées de la religion, il y a beaucoup plus gens au bar que dans des lieux de culte, églises et mosquées réunies. Parce que au Tchad, on s’est musclé les jambes pour faire du saute-mouton sur les vrais problèmes de développement en structurant dans la durée des pratiques qui amarrent le pays dans le sous-développement ! Comme si l'on faisait exprès de ne pas remarquer la beauté qui s’en allait, comme si l'on jouait les arlésiennes avec le bonheur, à l’image des enfants gâtés qui se divertissent à ruiner leur paradis.
Le Tchad, ce pays dont beaucoup de citoyens ont des mains de chèvre. On dit qu’une personne a des mains de chèvre lorsqu’elle ne s’en sert pas adéquatement pour faire ce qu’elle devrait faire. Enfant, ma tante me disait :
- Dis donc que tu as des mains de chèvre, toi !
Cela signifiait mon incapacité incurable à déplacer le caillou, ou le bout de bois qui m’avaient fait trébucher, qui avaient failli me coûter les dents ! Dans ce Tchad-là, en grandissant, mon constat est avéré : on a des mains de chèvre. Vous le saurez bientôt, ce ne sera pas une longue histoire !
Editions La sève, 2010
Ne me demandez pas ce que je pense de l'écriture de K.K.S., j'en aurai pour des heures à louer la qualité de sa prose, et sa capacité à sonder l'âme et le coeur des hommes avec lucidité et clairvoyance. Cela ne l'empêche pas de s'ériger contre toutes formes d'injustices "Dans le pays de Kaar Kaas Sonn, on préfère acheter des armes à la France que des livres pour les écoles" (préface de K.K.S. pour son livre "Au Sahel les cochons n'ont pas chaud".
A signaler l'Association TCHADANTHROPUS, 48 quai Albert Goupil – 53000 Laval - France, dont K.K.S. est l'un des co-fondateur. Pour plus d'infos ICI
Merci frangin pour tout ce que tu me procures de joie en t'écoutant chanter ou en te lisant, j'entends le griot me dire son pays natal, de belle manière,
dans la langue de Molière.
Je t'embrasse fraternellement
Gérard Gorsse, Janvier 2011
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