Le frangin m'a une nouvelle fois entrainé dans sa quête, celle qui le pousse inlassablement depuis quelques années déjà, à alimenter en artistes, en personnages extraordinaires ce sacré site "Chanson Rebelle," je pense à ça donc à lui alors que la voiture, sa p'tite auto a écrit Brel, s'arrête dans un vieux quartier, non pas de Bruxelles, mais de St Étienne. Il connait le coin le frangin, "Un bout de ma jeunesse" m'a t'il lâché un jour, un coup d'œil giratoire, un bras qui se tend, une main index pointé en direction d'une ruelle. C'est par là, comprenez la salle est par là ! D'accord ! Si tu le dis frangin, quelques centaines de mètres, un peu plus de pas et soudain des regards qui se croisent sur le trottoir, des mains qui se tendent, des bises qui claquent. Pas mal pour une première rencontre, ils sont trois; un mec de chez Chorus, Pierre le musicos, et Didier Cristini le chanteur, celui que je sais rebelle et que je suis venu entendre, certes, j'ai écouté il y a quelques temps son album "Les yeux cousus", depuis je le réécoute en boucle. Un talent d'écriture, doublé d'un talent d'interprète et cerise sur le gâteau sa musique, leur musique est en parfaite symbiose avec ses coups de gueule et ses mots parfois durs chantés pourtant parfois en douceur. Je parle de fusion et pourtant je suis sûr qu'elle n'a peut être même pas eu lieu d'être, elle a du naître avec, les yeux cousus d'accord mais pas le cœur, du nanan les gars. Je prends ici la liberté de vous dire que Pierre le compagnon de musique, le compagnon de voyages, le copain de galères, son frangin je suppose bref son pote vous le confirmerait les yeux fermés.
Nous décidons sur le champ d'aller bouffer ensemble avant la scène, le frangin Gérard et moi n'étions pas attendus, La femme du tavernier rajoute en souriant gentiment deux couverts, Didier s'asseoit à côté de moi. Discussions d'abord banales et puis un commencement de débat, obligés quand on commence à parler de médias, de label et autres requins comme cet internet en qui personne ne croyait au début, le temps que les gentils comprennent que les méchants se l'étaient accaparé... Moment de détente Didier me demande ce qui m'occupe professionnellement, en clair ce que je fais comme boulot pour vivre, je le lui dis à voix basse, nous décidons de ne pas en parler. "Tu sais Chanson Rebelle c'est bien, mais ça paye pas", et puis parce-que ! Au terme de notre repas, alors que Didier et Pierre nous ont déjà quittés afin de se préparer avant cette entrée dans l’arène, je vous fait grâce du fromage, du dessert, du café et bien entendu du pousse-café. Nous quittons monsieur et madame les aubergistes pour ce retour attendu à la salle Jeanne d'Arc, elle est tout à côté de l’auberge et c’est heureux. Je m’installe au bout des derniers rangs, je suis proche de la régie et de ses techniciens. Le vieux (*) arpente déjà les travées de fauteuils, se rapproche de la scène avec son appareil photo. Il m’a dit juste avant «C’est pour trouver le meilleur angle".
La scène s’éclaire peu à peu, mi-ombre mi-orangé. La salle est pleine de ces gens qui sont venus en réalité pour voir et écouter le couple qui va faire la deuxième partie. Je suis content, ils ne vont pas être déçus. Pierre tranquille est au clavier, Didier ajuste son harmonica, sa guitare, accorde un dernier MI, celui du haut hein ! Bobby ? Je l’attends il prononce quelques mots et nous offre les premières notes de « L’énergie du désespoir » entier et porté par sa voix, je prends le temps d’observer mes voisins, deux d’entre eux ont la bouche ouverte. Je les avais prévenus pourtant. Le public applaudit de ces claquements qui ne sont pas de politesse mais de surprise de ce qu’il vient d’entendre et dans l’attente quand même de la suite. Pas mal ! Ouais pas mal. Un mec siffle je suppose alors qu’il a aimé. Je crois que Didier et Pierre ont compris, ils ne laissent pas le temps à la température de tomber. Alors tout s’enchaîne, « Louis Romeï » « Je résiste, j’existe » « Mon arbre » et ce public qui adhère, qui partage et commence à se faire du souci pour leurs amis de seconde partie. Il redoute peut être que l’émotion que l’on transmet soit réellement un don et non pas un métier comme certains peuvent se l’imaginer. La science du partage ne s’apprend pas, on l’a en soi. Pourquoi le redouter ? C'est sa bonté qu'il faut attendre, je suis partisan ? Non ! Je vous parle d’un vrai talent ! Cristini. « Le goût du sang » me saisit, comme à chaque fois que je l’entends. Moi aussi j’ai connu ce temps qui perce le brouillard, j’ai connu ce regard du tireur délite dans un bureau ou tout se gagne au mérite. Tu as raison Didier la vie est un sport de combat alors je pense à Catena, si nous tirons sur cette chaîne comme d’un seul homme un jour elle finira par céder.
Ca y est c’est déjà fini, Didier et Pierre s’effacent le rideau se ferme. Un petit entracte, une bière et on y retourne. Le couple celui de la seconde partie entame son tour de chant. Ils sont sympas, rigolos même. Bons musiciens, bons chanteurs mais l’esprit consensuel qui se dégage de ces chansons populaires aux textes fades me lasse, m’énerve, me fatigue et puis après tout je ne suis pas venu pour ça.
"Dans tel et tel théâtre bouffe, la musique vive et sans art, des écus et des sous étouffent les cavatines de Mozart" Victor Hugo.
Je me lève le frangin m’emboîte le pas. Nous retrouvons Didier et Pierre dans le hall d’entrée, on promet de se rappeler, de se revoir. En guise d’adieu les deux frangins me raconte l’histoire de la chanson « Ils ont coupé mon arbre » je ne vous la raconterai pas à mon tour. Vous n’avez qu’à aller voir Cristini en concert. Il le mérite et vous ne serez pas déçus.
(*) C'est le surnom que me donne affectueusement mon frangin de coeur Christian (guitariste qui m'accompagne parfois sur scène) il dit aussi "Vieux soldat".
 |
Christian Rat, Mai 2009 |