"Colette Magny chantait les poètes. Elle faisait du cut-up dans l’actualité, dans la pensée, partout où l’attirait son désir forcené d’amour et d’humanité : « le premier homme serait né en Afrique/il y a quinze millions d’années/est-ce de terreur qu’en occident/nous sommes devenus tout blanc ?... »
J’ai été élevé à sa mamelle d’amour par cette femme hors du commun, avivé et instruit, formé et creusé, ébloui, je dois à présent rendre la malle de merveilles et offrir le témoin qui m’a été transmis.
Me voici devant un rêve dont la Maison de la Poésie seule pouvait permettre : rendre hommage à la grande Magny !
La grande Magny qui chantait le blues !... la Magny qui chantait les luttes… la Magny qui chantait l’amour.
De Colette Magny, chanteuse des années 70, il ne reste rien, hormis un disque dans les bacs, une chanson célèbre, Mélocoton, et trois archives de télévision.
Cette chanteuse incomparable sillonnait le pays, chantait à Bobino, à l’Olympia, à la Fête de l’Huma, dans tous les galas de soutien imaginables, elle croisait la voix avec les contrebasses de Beb Guérin et Bare Philips, les orchestres de Texier, de Louis Sclavis, le piano d’Anne Marie Fijal…
Magny faisait chanson de tout bois. Elle mettait au service des poètes son talent inouï de mélodiste et de chanteuse. Elle a chanté Rilke et Maïakovski, Aragon et Hugo, Olivier de Magny, Machado, Louise Labbé, Artaud, Lewis Caroll, Rimbaud… Trente chefs d’œuvre.
J’ai transmis le goût de cette musique juteuse et gouleyante à Odja Llorca. L’exigence de la chanson de haut vol. La puissance du chant qui s’égale au sens. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de rendre hommage, mais avant tout de faire vivre cette puissance de feu de la poésie armée de musique. Que notre temps se mesure à cette beauté et qu’il en jouisse. Alors, rien ne sera plus pareil."
Claude Guerre, metteur en scène et directeur de la Maison de la Poésie