Attention
à la chanson spongiforme
Attention à la chanson spongiforme
Quel rapport entre Creutzfeldt-Jakob et Star
Académie? Aucun, me direz-vous? Pas si sûr! Et si Star-Ac et consorts
étaient à la chanson ce que la vache folle est à l'entrecôte?
Pendant des années, poussés par la société de
consommation et l'industrie agroalimentaire, nous avons voulu bouffer
de la barbaque deux fois par jours tout en réduisant de plus en plus la
part de l'alimentation dans notre pouvoir d'achat. L'agriculture
productiviste, encouragée par la grande distribution, subventionnée par
les pouvoirs publics, nous a permis d'obtenir le steak quasi gratuit
sans que nous nous préoccupions le moins du monde de la façon dont il
était produit. Les petits éleveurs ont disparus, les boucheries de
quartier aussi, quand à la qualité et au goût je ne vous en parle même
pas. Je ne vous rappelle pas la suite…
Pourtant, est-on plus malheureux, en moins bonne
santé, si on ne mange de la viande (mais de la bonne!) que deux fois
par semaine? Tous les nutritionnistes vous diront le contraire! Alors
pourquoi ce comportement irrationnel suicidaire?
Aujourd'hui la musique est partout,
omniprésente, envahissante. Pourtant, avec le développement des
graveurs de CD et d'Internet, avec la multiplication des concerts
gratuits depuis la création de la fête de la musique, la notion de
musique gratuite est en passe de s'imposer comme un standard
obligatoire. Le consommateur de musique est devenu à la fois boulimique
et réticent à toute idée de participation financière.
Pour la grosse industrie de la musique, des
médias et des télécommunications, cette boulimie est une aubaine. Et
qu'importe si les ressources financières ne peuvent pas être issues de
la vente du produit par lui même! Les ressources de la publicité, de la
vente des produits dérivés et des communications surtaxées que l'on
sollicite à longueur d'émissions sont une manne inépuisable. La qualité
n'a pas plus de chance de trouver sa place dans une musique fabriquée
de cette façon que dans le steak de Buffalo Grill (je sens que je vais
me taper un procès…).
La chanson alternative ou artisanale semble être
dans le même état que l'agriculture bio il y a 15 ans : portée à bout
de bras par une poignée de militants qui se débattent contre vents et
marées et en ordre dispersés. Mais de quoi peuvent vivre les artisans
de la chanson (les artistes, les techniciens, les organisateurs, les
micros labels,…) s'ils ne veulent pas être esclaves de la publicité et
avalés par l'industrie?
De subventions publiques? Même le statut
d'intermittent du spectacle est remis en question! Même s'il ne s'agit
pas directement de fonds publics, cette offensive contre les
intermittents est une belle illustration du refus de la collectivité de
contribuer à la survie des artisans du spectacle!
Avec l'avènement au pouvoir de la gauche caviar et de sa gestion
désastreuse de la culture, les petits lieux de culture de proximité ont
pratiquement disparus. Les crédits se sont concentrés sur les salles et
les manifestations d'envergure et de prestige. Pas dans un souci
d'amélioration de la qualité, ni même d'augmentation de la
fréquentation, mais simplement pour une question d'image et d'esbroufe,
de retombées médiatiques pour quelques caciques. Avec le retour de la
droite, les budgets de la culture sont en chute libre.
Alors quoi? L'agriculture bio se porte de mieux
en mieux, se démocratise lentement (au point que les industriels et la
grande distribution s'intéressent dangereusement à la chose) et
pourtant elle n'est pas particulièrement subventionnée. Ce sont les à
la fois les acteurs de la filière et les consommateurs qui sont à
l'origine de ce succès.
Il a 10 ans, il n'y avait dans les magasins bios
que les militants purs et durs et quelques farfelus un peu friqués.
Aujourd'hui le public s'élargit et ils sont de plus en plus nombreux,
ceux qui rééquilibrent dans leur budget la part qu'ils consacrent à
l'alimentation.
L'essor de la "chanson bio" ne se fera pas sans que quelques hurluberlus marchent à contre courant de la musique gratuite.
Almoyna