Cloporte ou Poète
Vous parlez trop de vous, petit poétereau coureur de médailles, grand poireau devant l'éternel de nos entrailles.
Rien ne sert de courir les tables
des dictionnaires, les répertoires d'encyclopédies, dans cent ans, dans
mille ans, petit poète vantard et blême, qui parlera encore de vous ?
Évidemment on dit un peu vos
poèmes, on vous gratte quelques mots de bienvenue entre critiques
élitistes pour vos beaux yeux tristes de lamentin élémentaire.
La poésie est dans le Pot/ Cours-y vite Poétereau !
Ceci est un manifeste : remettons les
poètes aux fourneaux, à la cuisine épicée et rare, obligeons-les à
choisir des légumes un peu plus frais, empêchons-les de mijoter des
mots abscons, des mots vides, des mots sans valises. « Quand le Poète
s'ennuie, il écrit ». Nous percevons des poètes qui s'ennuient hélas
tous les jours. Papiers noircis, stylos usés, pensées onéreuses, peu
oniriques. Vous dépensez des pensées et des coquelicots
absents. Au milieu du champ
clos la poésie ne dort pas, elle meurt.
Au bord des trottoirs, les poètes continuent à Poèter , non, erreur à peau et tisser.
Et pourtant on vous aime, alors un peu d' égards pour ceux qui ne phrasent pas comme vous.
Est-ce un mal venu dés la
naissance ? Votre berceau était-il de bonne constitution ? Avez-vous eu
peur de vous noyer dans la Mort subite ? Avez-vous alors conçu en
vers sizainés, une sorte de conjuration utilisable tous les jours de
votre existence pour donner le change face à la carabosse nature ?
Votre mal est trop ancien.
A nous la poésie rebelle iroquoise !
Il est urgent que la Poésie sorte du domaine de l'évidence, la Poésie témoignera et démolira.
Elle n'est pas là pour entériner
les malheurs du monde. Elle n'est pas là pour encenser dans le sens du
poil. Elle est une fiction projective qui devient réalité. C'est le
pôle positif de toute énergie. Elle est l'arc donné aux flèches
de nos vies individuelles pour qu'elles s'inscrivent sur la ligne de
mire du bonheur humain. La poésie « remue » pour demain. Ignorons
systématiquement « la poésie poétique » qui travaille la forme pour
cacher le vide de son propos.
On parle beaucoup de poésie « en se frottant la panse » la poésie n'a pas besoin de «ces gens-là»
La poésie prends garde à
toute indifférence, c'est un mur de conscience fragile.
La poésie ne prend pas de retraite
Ne se prend pas la tête
Ne s'éprend, comète
Que du ciel
Et nous surprend
Ella Desfrichons
(Contribution à la réflexion sur la poésie commencée en février 1998 à
Vesdun (centre de la France) dans la forêt des 1000 Poètes et qui est
toujours d'actualité en décembre 2005)