Identification






Mot de passe oublié ?
Pas encore de compte ? Enregistrez-vous

Visiteurs


Il y a actuellement 3 invités en ligne
Totals Top 10
 63 % France
 11 % United States
 4 % Belgium
 3 % Canada
 2 % Ukraine
 2 % China
 < 1.0 % Germany
 < 1.0 % Switzerland
 < 1.0 % Japan
 < 1.0 % Unknown
Accueil arrow Tribune Libre arrow Des Oiseaux de passage au Vol arrêté
Des Oiseaux de passage au Vol arrêté Version imprimable

 

Bacchus.jpg
 
 
Des " Oiseaux de passage " au " Vol arrêté " 

"Le spectacle et le disque précédents finissaient par une chanson de Brassens et Richepin, " Oiseaux de Passage ", un texte à la gloire des gueux, oiseaux précaires mais libres, canards sauvages que regardait passer le troupeau hébété des volailles de basse cour, bourgeois envieux malgré tout, du fond de leur sécurité grillagée, envieux de ce ciel dangereux mais infini.

C'était bien beau.

Pis on y croyait encore un peu ; ça paraissait possible.
La griserie du vol libre, les grands espaces, tout ça…

Et puis il y a la vraie vie qui rattrape, les canards sauvages se font de plus en plus rares, la chasse est ouverte, et de toute façon, quand elle ne l'est pas, on légitime l'abattage par la tradition, et le tour est joué, la palombe rend les armes qu'elle n'a jamais eues.
Et nos ministres ont l'arrogance du chasseur impuni, du braconnier qui pense qu'un oiseau qui tombe fera toujours moins de bruit que le coup de fusil qui l'abat. Un oiseau, oui, mais dix, mais cent, des milliers ?

Parce que tout le monde est visé ; la traque systématique de tout ce qui relève de la pensée, de l'éducation, de l'art, de la solidarité, de la gratuité en somme, cette battue n'épargne personne : elle fauche ceux qui sont déjà en l'air, brise l'envol de ceux qui partaient, cloue au sol ceux qui n'auront même pas le loisir de DESIRER, tellement ça paraîtra impossible, voire ridicule, d'être chercheur, musicien, archéologue, infirmière, professeur, tout ce dont on peut rêver quand on est poussé par autre chose qu'un souci de profit immédiat et matériel.

Alors je ne chante plus les oiseaux de passage, je chante le vol arrêté, la fin du bal, "c'est les oiseaux, jamais les balles, qu'on arrête en plein vol."
Parce que le tir se fait serré, c'est le temps, la saison des connards sauvages, même si on est encore quelques-uns à zigzaguer avant que la mitraille ne retombe en chape de plomb, quelques-uns à ne pas se résigner, à se dire que si on est moins nombreux, on doit juste crier plus fort, quelques-uns à se promettre que même si on tombe, on ne s'écrasera pas, quelques uns à se jurer que notre dernière plume servira encore à dénoncer le tireur bien nourri, sûr de son impunité et content de son ignorance.

Tellement inconséquent qu'il ne voit pas que ce qu'il abat, un jour, va lui tomber dessus."

Nicolas BACCHUS
 
© 2008 Chanson Rebelle - chansonrebelle.com