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François Doncieux nous parle de la chanson française Version imprimable
26-10-2004

 

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François Doncieux nous parle de la chanson française 

 

Chanson ? Art mineur comme disait Gainsbourg ? Peut être…. De communication sûrement. Un véhicule d'idées, d'opinions, de réactions, délaissée de toutes part après la mort des géants (Brel Brassens Ferre), elle apparaît cependant indispensable dans les temps que nous traversons. C'est une alternative à la pensée unique ; alternative, au même titre que la culture bio, la coopérative, l'association.

Consommation culturelle : chansons préfabriquées, fabrication industrielle, taylorisme de la production pseudo artistique, normalisation des " produits " pour formatage des esprits dans le moule unique du consumérisme. Chansons Mac Do, que l'on jette une fois consommées, sans même avoir gardé l'emballage. Chansons show bizz plongeant dans l'auto congratulation des victoires de la musique, grand messe médiatique d'une profession à l'agonie, condamnée à la fuite en avant, comme la société dans laquelle elle évolue : loi de la gravitation de l'économie libérale.
Offre et demande ? Né ni point mon brave ami, les grands penseurs modernes du marketing ont sué à grands coups de dollars et d'euros, pour éviter cet embarras au consommateur qui a tellement besoin d'être guidé, conseillé, orienté vers les belles compiles de chihuahua et de lambadas technoïdes. OGM de la chanson sans racines, sans fleurs, ni fruits, ni graines.

Méga concerts pour giga artistes : Bercy, Le Parc des Princes, le stade de France. Tu risques pas d'avoir le trac, tu vois même pas la tronche du mec du premier rang, qui a payé vachement cher pour avoir le droit de brûler, debout, le gaz de son briquet, et qui te mate les yeux rivés sur l'écran géant, au dessus de la méga scène.

Et comme Lapalisse aurait pu le dire : quand on est pas pour, on est contre. Etre contre c'est tout de suite une attitude politique : FAR " le front artistique du refus " (Attention les copains les RG vont croire que le F.L.V.F. (Front de Libération de la Vache Folle) s'est allié avec Ben Laden).

Et voilà comment on fait de la politique sans franchement l'avoir voulu ; quand on est pas pour, on est contre ; et, être contre, c'est voir et faire autrement : la chanson de l'artisan, celui qui prend le temps d'écrire et de raturer, de faire et de défaire, de polir et de poncer et de remettre son ouvrage sur le métier parce qu'il n'a pas encore la sensation que sa chanson soit finie. Cette chanson si différente de celle de son copain, loin dans la région d'à côté, chanson faite de la même manière mais avec un tour de main si personnel qu'on ne peut confondre les deux, où aucun atome de cette alchimie si mystérieuse, n'est identique.

Cette chanson, l'artisan, il la promènera de salles polyvalentes, en marchés de plein air, et il lira dans les yeux de son auditeur l'approbation ou la désapprobation, le rire ou la mélancolie. Ces salles, qui lorsqu'elles reçoivent 200 personnes ont l'air bondées, et quand tu montes sur la scène, sortant des coulisses sans loges, tu prêtes de trac et tu lis tout dans les yeux des spectateurs des premiers rangs, malgré la rampe de projos que t'as achetée à chroume avec le blé des précédents " concerts ". Et puis, il y a l'après récital, où chacun vient dire sa petite phrase, apporter sa note perso, donner son opinion et ses conseils, le tout bien chauffé par le rouge de la cave coop d'à côté. C'est à ce moment là que tu plains, l'artiste qui a perdu son âme sur les planches de Bercy.

Chanson dans la rue, pour les passants, interloqués que cela puisse (encore) exister ; curieux, attendri, étonné, dubitatif, tous les sentiments de l'âme humaine se sont donné rendez vous dans la tête du passant, qui prend le temps, comme malgré lui de s'arrêter. Le temps pour autre chose, le temps qui s'immobilise, 2'30 le temps d'une chanson. Auditoire restreint, public actif, émotion de l'éphémère, acte social, se réapproprier la rue.

L'auditeur qui achètera (soyons positif, rêvons) ton cd en connaissance de cause parce que çà lui fait plaisir ; ne le trouveras pas chez le marchand de culture en vrac, ni dans le super marché coincé, entre les boites de sardines et les strings du sexisme ordinaire. La remise en cause de la " fabrication ", ne saurait aller sans la remise en cause de la distribution.

Ce cd, tu l'as bidouillé sur ton matos de fortune au fond de ta cave, jusqu 'à tôt le matin. Tu t'endors alors, rêvant à quelques textes et quelques notes, qui feront ta prochaine chanson.

François Doncieux 
 
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