François Doncieux nous parle de la chanson française
Chanson ? Art mineur comme disait Gainsbourg ? Peut être…. De
communication sûrement. Un véhicule d'idées, d'opinions, de réactions,
délaissée de toutes part après la mort des géants (Brel Brassens
Ferre), elle apparaît cependant indispensable dans les temps que nous
traversons. C'est une alternative à la pensée unique ; alternative, au
même titre que la culture bio, la coopérative, l'association.
Consommation culturelle : chansons préfabriquées, fabrication
industrielle, taylorisme de la production pseudo artistique,
normalisation des " produits " pour formatage des esprits dans le moule
unique du consumérisme. Chansons Mac Do, que l'on jette une fois
consommées, sans même avoir gardé l'emballage. Chansons show bizz
plongeant dans l'auto congratulation des victoires de la musique, grand
messe médiatique d'une profession à l'agonie, condamnée à la fuite en
avant, comme la société dans laquelle elle évolue : loi de la
gravitation de l'économie libérale.
Offre et demande ? Né ni point mon brave ami, les grands penseurs
modernes du marketing ont sué à grands coups de dollars et d'euros,
pour éviter cet embarras au consommateur qui a tellement besoin d'être
guidé, conseillé, orienté vers les belles compiles de chihuahua et de
lambadas technoïdes. OGM de la chanson sans racines, sans fleurs, ni
fruits, ni graines.
Méga concerts pour giga artistes : Bercy, Le Parc des Princes, le stade
de France. Tu risques pas d'avoir le trac, tu vois même pas la tronche
du mec du premier rang, qui a payé vachement cher pour avoir le droit
de brûler, debout, le gaz de son briquet, et qui te mate les yeux rivés
sur l'écran géant, au dessus de la méga scène.
Et comme Lapalisse aurait pu le dire : quand on est pas pour, on est
contre. Etre contre c'est tout de suite une attitude politique : FAR "
le front artistique du refus " (Attention les copains les RG vont
croire que le F.L.V.F. (Front de Libération de la Vache Folle) s'est
allié avec Ben Laden).
Et voilà comment on fait de la politique sans franchement l'avoir voulu
; quand on est pas pour, on est contre ; et, être contre, c'est voir et
faire autrement : la chanson de l'artisan, celui qui prend le temps
d'écrire et de raturer, de faire et de défaire, de polir et de poncer
et de remettre son ouvrage sur le métier parce qu'il n'a pas encore la
sensation que sa chanson soit finie. Cette chanson si différente de
celle de son copain, loin dans la région d'à côté, chanson faite de la
même manière mais avec un tour de main si personnel qu'on ne peut
confondre les deux, où aucun atome de cette alchimie si mystérieuse,
n'est identique.
Cette chanson, l'artisan, il la promènera de salles polyvalentes, en
marchés de plein air, et il lira dans les yeux de son auditeur
l'approbation ou la désapprobation, le rire ou la mélancolie. Ces
salles, qui lorsqu'elles reçoivent 200 personnes ont l'air bondées, et
quand tu montes sur la scène, sortant des coulisses sans loges, tu
prêtes de trac et tu lis tout dans les yeux des spectateurs des
premiers rangs, malgré la rampe de projos que t'as achetée à chroume
avec le blé des précédents " concerts ". Et puis, il y a l'après
récital, où chacun vient dire sa petite phrase, apporter sa note perso,
donner son opinion et ses conseils, le tout bien chauffé par le rouge
de la cave coop d'à côté. C'est à ce moment là que tu plains, l'artiste
qui a perdu son âme sur les planches de Bercy.
Chanson dans la rue, pour les passants, interloqués que cela puisse
(encore) exister ; curieux, attendri, étonné, dubitatif, tous les
sentiments de l'âme humaine se sont donné rendez vous dans la tête du
passant, qui prend le temps, comme malgré lui de s'arrêter. Le temps
pour autre chose, le temps qui s'immobilise, 2'30 le temps d'une
chanson. Auditoire restreint, public actif, émotion de l'éphémère, acte
social, se réapproprier la rue.
L'auditeur qui achètera (soyons positif, rêvons) ton cd en connaissance
de cause parce que çà lui fait plaisir ; ne le trouveras pas chez le
marchand de culture en vrac, ni dans le super marché coincé, entre les
boites de sardines et les strings du sexisme ordinaire. La remise en
cause de la " fabrication ", ne saurait aller sans la remise en cause
de la distribution.
Ce cd, tu l'as bidouillé sur ton matos de fortune au fond de ta cave,
jusqu 'à tôt le matin. Tu t'endors alors, rêvant à quelques textes et
quelques notes, qui feront ta prochaine chanson.
François Doncieux