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La chanson sur le boeuf !

J’ai honte ! Enfin, un peu seulement.

J’aurais dû écrire pour Chanson Rebelle depuis longtemps ! On m'y invite, c'est pas si souvent. Eh bien voilà, ça vient.

La chanson française, ce sera le sujet, évidemment.

Depuis trente ans, il faut bannir, à l'extrême gauche, le mot « français » du vocabulaire. Il paraît que ça vous classe Front National. Il est pourtant clair aujourd'hui que cette culpabilisation du Français par rapport à sa culture n'est qu'une combine politicarde pour permettre aux multinationales d'entrer dans les marchés. Les multinationales auraient aboli les frontières, et nous serions devenus « citoyens du monde » ! Quelle escroquerie au langage !

Quelle tricherie lamentable !  Parler français n'exclut pas l'allemand, l'italien, l'arabe, le polonais, l'espagnol, l'anglais. Parler français c'est parler Vallés, Jaurès, Marcel Proust, Rousseau, Voltaire, Hugo et tant d'autres !

Or, on a fait croire aux français, ceux d'en bas, que c'était « franchouillard » ! Alors ils se sont mis à oublier leur culture. A en avoir honte ! Résultat ? la révolte qui était au cœur de la chanson française a disparu. Plus de Ferré, plus de Brassens, plus de Fanon, plus de. Reste  Lavilliers. Renaud trahit lamentablement, montrant par là qu'il n'était que pacotille, folklore à blouson clouté et santiag. Du bidon. Du fabriqué.

Certes, je m'y suis laissé prendre, et ça prouve combien il est difficile de parler de la chanson française.

Essayons de préciser.

Il ne suffit pas d'écrire en français, même correct. Il y faut un esprit très particulier, fait de sensibilité et de révolte. Il faut surtout n'avoir peur de rien, et surtout pas des mots. François Béranger, de ce point de vue, m'est apparu exemplaire. Je l'ai vu la dernière fois au Lavoir Parisien, dans le 18ème arrondissement. Avec sa bonne gueule de prolo, cette présence étonnante, il lançait pourtant cette chanson particulièrement fine et subtilement écrite : « Anastasie, l'ennui m'anesthésie… ». Le genre de texte dont on se dit,  après coup, qu'il a toujours existé. Parce que la chanson française n'est pas seulement écrite en langue française, il faut avoir saisi une forme d'esprit, une attitude dans la vie.

Je m'aperçois que j'ai écrit beaucoup de « il faut ». Il faut donc que j'arrête, je n'ai de leçons à donner à personne, et personne n'a de leçons à me donner. Vous foncez, je fonce. Suffit d'être authentique et d'avoir acquis, évidemment, un minimum, en matière de langage.

Je préfère dire comment elle a fonctionné pour moi, la chanson française. Je suis né dans une ferme et j'entendis pour la première fois Léo Ferré chanter « Pauvre Rutebeuf ». Je ne suis pas sûr de ne pas avoir compris « boeuf ». Je poussais la brouette à fumier, forcément.

Or, je lis, dans le bouquin de Belleret, « Une vie d'artiste », consacré à Ferré, l'anecdote suivante, que je résume. « Un jour un « routier » (on disait un camionneur) demande à Ferré de lui chanter « sa chanson sur le boeuf ».

Eh bien voilà, une chanson française, on ne la comprend pas toujours du premier coup, on la renifle, on la hume, et après quel bonheur quand on s'aperçoit que l'auteur avait trouvé les mots qui « sonnaient » juste. Si je continue, je m'aperçois que j'adorais « Le piano du pauvre ». Je ne savais pas qu'il s’agissait de l'accordéon. Au collège, il y avait un connard qui frappait un de ses camarades parce qu'il fredonnait le « Piano du Pauvre », vers 1954. Il agissait ainsi au nom du raisonnement suivant :

-« Tu chantes des machins qui veulent rien dire ! Tu vas la fermer, ta gueule ! »

Je crois que j'ai définitivement compris à ce moment un des aspects les plus intéressants de la chanson française. Elle n'était pas facile, et pourtant elle vous accrochait. J'ai commencé à regarder de près les mots grâce à Ferré, à Brassens, justement parce que j'étais ému et parce que je ne comprenais pas vraiment tout. La chanson me disait de chercher à comprendre, elle me rendait heureux sur le moment, et puis je la remâchais, c'était un exercice d'intelligence, formidablement pédagogique et jamais chiant. Ca élargissait l'esprit et la sensibilité.

Aujourd'hui, il est difficile de faire admettre cette idée à des jeunes, mais il ne faut pas non plus exagérer. Une fois, l'effet de mode disparu, beaucoup ne demanderaient qu'à se livrer à cet exercice fabuleux : décrypter la vie en chantant autre chose que des niaiseries.

Je crois que pour aujourd'hui, ça suffira.

C’est un article sans queue ni tête, mais j'ai des idées pour la prochaine fois. Je vous promets d'apporter ma queue et ma tête. Surtout ma tête, question de décence !

Rolland Hénault
 
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