Le métier de chanteur de rue est honorable
Valérie Faure, une avocate de ce Barreau, au motif que cette
dernière aurait «manqué aux principes d’honneur et de bonnes mœurs en
jouant de l’accordéon dans la rue en sollicitant la générosité du
public» Elle accompagnait, en fait, son mari chanteur de rue. Le
Conseil de l’Ordre n’avait pas mis à l’époque, les rieurs de son
côté.
Valérie Faure en ayant appelé de cette décision, la Cour d’ Appel de
Bordeaux a rendu le 3 juin 2003 un arrêt qui la relaxe purement et
simplement des poursuites disciplinaires. On se félicite du dénoue-ment
de cette affaire un peu rocambolesque.
Cependant, la lecture des attendus laisse perplexe. Sans doute très
gênés aux entournures, les juges, dans leurs attendus ont un peu, à la
manière des politiques utilisant la langue de bois, «tourné la
mayonnaise»… …/…
« l’exercice de la profession d’avocat dans la dignité exclut
toute activité publique et privée susceptible de porter atteinte à
cette dignité : la profession d’avocat interdit pour celui qui
entend l’exercer, de solliciter la générosité du public, en jouant de
la musique dans les rues et sur les marchés en dehors de toute
organisation officielle.
En effet, solliciter la générosité publique dans les rues et sur les
marchés comme le font les musiciens aux modestes ressources et n’ayant
pour survivre que leur art est, dès lors qu’il est accompli dans un but
de profit personnel et privé, un acte de subsistance et non une
juste rémunération d’un talent déployé, l’obole déposée par le public
pouvant avoir aussi bien comme motivation la récompense de la qualité
artisanale déployée que la sanction d’un art décadent dont il est
souhaité la fin rapide de sa manifestation.
Aussi lorsqu’il s’adonne à une activité artistique et plus
particulièrement à une activité musicale dans la rue, l’avocat donne
inévitablement aux passants qui le reconnaissent ou ont été renseignés
sur sa qualité profes-sionnelle, l’idée que le métier d’avocat est une
peu reluisante profession dont l’exercice ne suffit pas à assurer à
celui qui la pratique une existence digne et décente… » …/…
Concernant l’interdit fait aux avocats, il ne semble pas exister de
texte donnant un fondement à cette affirmation ? Par ailleurs Il
serait intéressant de savoir qui détermine le caractère d’une
organisation «officielle» ?
Chacun appréciera les propos concernant les chanteurs de rue.
On comprend difficilement et on le regrette, que les gens de robes,
pour rehausser le prestige de leur profession puissent
porter atteinte la dignité de celle des chanteurs de rue, en les
rabaissant de telle manière ? Ces artistes, comme tous ceux qui
les soutiennent se sentent offensés. Il semble difficile
d’accepter, de plus, le souhait de la fin rapide de ce qui est une
facette de leur «liberté d’expression».
Ces propos sont, à tout le moins, injurieux et oublieux des réalités
difficiles d’une profession à caractère culturel. La rue, du fait de la
disparition de nombreux petits lieux d’expression permet ’éclosion de
nouveaux talents. Les chanteurs de rue, eux, sont des acteurs de la
survivance de la chanson française. Ils sont porteurs de lien
social, leur rôle est reconnu sur le plan sociologique. Les chanteurs
de rue appartiennent de plein droit aux Arts de la Rue dont une
Société, digne de ce nom, doit s’enorgueillir. Il est souhaitable que
«l’art décadent», dépassant l’intolérance qui va souvent avec
l’ignorance, perdure pour le bien de tous ceux qui en vivent, parfois
bien, et pour tous les publics qui sont heureux de les écouter, de
communier avec eux, pour, parfois, tout simplement, un moment de
bonheur.
Le public qui sait être, souvent, bon juge.
Gérard GAUTIER
Initiateur du Festival de chanteurs de rue de QUINTIN
B.P. 330 22003 Saint-Brieuc cedex 1
Téléphone : 02.96.33 .50.34