"Les murs de la Déraison" de Rolland Henault
On reste toujours sur les clichés des enseignants qui distillent
leur savoir sans état d'âme auprès d'élèves studieux ou récalcitrants
selon qu'ils habitent dans les quartiers riches ou dans les banlieues,
selon qu'ils sont inscrits dans un système social qui les formate ou
bien dans un autre qui les rejette.
Mais il en est d'une autre trempe qui ne choisissent pas la
facilité, qui par conviction ou militantisme, voire dans un esprit
libertaire, sans jugement de valeur, vont enseigner en prison avec les
renégats à qui la société fait payer leur dette, parfois chèrement au
regard de leur crime ou de leur transgression à la loi. La Fontaine
disait "Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de
cour vous rendront blanc ou noir". Rolland a fait son choix, il est
allé enseigner à la Centrale de Saint Maur. Pour les néophytes, une
centrale enferme dans ses murs des prisonniers condamnés à de lourdes
peines pour des crimes, des viols ou des attaques à main armée, cela
suppose qu'ils ont été jugés par une Cour d'Assises.
Mais qu'importe nos considérations de bons pères de familles face à
ces condamnés qui passeront de longues années en prison, le temps que
nous passions de l'adolescence à l'âge de la paternité, de celui de
père à celui de grand-père. Un fait est certain, ce sont des hommes,
comme vous et moi, et à notre époque où l'on parle de dignité humaine,
de droit à la culture et à l'enseignement, Rolland a donné un sens à
nos belles théories et s'en est allé jouer le prof dans ce milieu
carcéral que peu de gens connaissent et qui laisse libre cours à tous
les fantasmes. Pourtant la vie en centrale n'est pas celle du Club
Méditerranée, loin s'en faut.
A côtoyer les détenus, Rolland a respecté ces hommes qui payent leur
dettes à la société en essayant de se cultiver, et lorsque l'on a
approché, comme je l'ai fait professionnellement, certains jeunes
délinquants, et que l'on constate leur échec et leur niveau scolaire,
la tâche de Rolland me paraît comparable à celle des travaux d'Hercule.
Lucidement et méthodiquement Rolland brosse des portraits de ces
hommes enfermés pour de nombreuses années, avec un œil rabelaisien,
truculence et humour, mais aussi avec beaucoup de lucidité. Son
observation pleine de justesse illustre pleinement ses propos. Il porte
aussi sur l'administration pénitentiaire un regard sans concession ce
qui lui a valu l'opprobre des "matons" mais aussi l'indulgence du
directeur de la centrale qui a défendu la liberté d'expression de
Rolland.
Merci Rolland d'avoir apporté ton témoignage sur les conditions
d'incarcération en centrale, mais aussi sur la capacité de ces
prisonniers à poursuivre des études auxquelles ils n'auraient jamais eu
accès dans la société. Pour mémoire je citerai en écho le bouquin de
Véronique Vasseur, ex-médecin en centrale : "Médecin Chef à la prison
de la Santé", édition du "Cherche-Midi" sur les conditions
d'incarcération en centrale.
Je ne dirais jamais assez tout le bien que je pense de Rolland
Henault, et je n'ai pas l'habitude de cirer les pompes, ce n'est pas
dans le style de la maison. Mais qu'un prof qui écrit des textes pour
la chanteuse Elizabeth, publie des bouquins avec cet esprit libertaire
qui engage sa libre pensée, non pas à la mode Florent Pagny qui se
couvre, non avec un total engagement personnel dans ses écrits, je ne
peux que dire "Chapeau" Rolland, et continue. Nos échanges
téléphoniques et épistoliers me confirment dans ce que je pense de
Rolland, il a ce qui manque à beaucoup de cabots qui hurlent de loin :
le courage !!!!!!
Vive la pensée libre !!!!
Gérard Gorsse