Réponse de Frédéric Perez au texte C'te putain de censure"
Puisque nous avons parlé un peu au téléphone, je te répondrais
simplement en reprenant deux ou trois éléments qui font suite à tes
mails.
Tout d’abord sur « putain de
censure » : Ouaip, il y a vraiment des fumiers qui s’arrogent encore le
droit de décréter ce qui est bon ou mauvais, bien ou mal dans ce pays.
Le chanteur Kali a récemment promotionné son nouvel album avec une pub
dans laquelle il disait simplement qu’il allait réduire la fracture
sociale en 100 jours (tu vois l’allusion), suite à quoi les paroles de
sa dernière chanson « mais qui se soucie de nous ? » s’enchaînaient
presque naturellement. Et bien, cette pub a été censurée par les
instances supérieures (une instance de censure médiatique).
Où va-t'on !!!? La question mérite d’être posée mais celle du chanteur
kali n’était pas mal non plus : il se demande en effet à côté de quoi
il est passé, partant qu’une simple ironie puisse être ainsi interdite.
Là, nous avons pu connaître le contenu des paroles censurées car Kali
est homme médiatique et que ça a fait du tintamarre, mais d’habitude ?
A côté de quoi passe-t-on quotidiennement qui est habituellement
interdit ? Dans un pays de liberté d’expression, constater de telles
dérives est proprement dégueulasse car cela ne fait pas
qu’infantiliser, cela rabaisse. Cela tend à souligner l’incompétence
des français à trier le bon grain de l’ivraie. Le message ne s’adresse
pas qu’à des enfants (envers qui on peut encore dire les pourquoi de
nos motivations) mais à des enfants débiles. Que cela se passe ici et
maintenant est proprement révoltant. Voilà pourquoi ta missive reste
d’actualité. Espérons qu’elle soit dépassée un jour…
Ensuite sur chanson
rebelle : bien que n’étant pas de ta génération, j’avoue prendre du
plaisir à écouter Brel ou Brassens, Ferré m’intrigue, j’avoue ne pas
avoir pris le temps de rentrer dans ses textes, je ne pense pas qu’il
puisse être écouté d’une oreille distraite (comme cela est le cas pour
la plupart des fervents de la variété, la variétoche, la musique de
salle de bain). Parce que je n’aime pas faire les choses à moitié, il
m’arrive de préférer ne rien faire du tout en repoussant le moment de
me lancer dans la bataille. Il en va ainsi de nombres des perles que tu
présentes sur ton site.
Cela dit, je parlais de génération plus haut et j’avoue m’être toujours
intéressé aux musiques non seulement qui bougent (ce qui, tu en
conviendras, ne veut rien dire en soi) mais surtout qui contestent. La
vague punk bien sûr mais aussi les post-punk, le rock alternatif
(années 80, France) , le grunge (Nirvana), le Hard Rock tant qu’il ne
devient pas commercial. Alors bien sûr, musique de jeunes pour toi mais
dans le fond la même idée : la révolte, le non à la société de
consommation, à la musique de boîte, la musique en boîte, musique à
mettre en boîte. Oui à la musique qui perce, laisse pantelant,
chancelant. Oui aux grands coups dans la gueule. Alors là, je vois ce
que tu vas dire : ce n’est pas de la chanson. Pas forcément. Oui et
non, il est vrai que ce n’est pas dans le punk que l’on va trouver des
beaux textes. Cependant, le côté sauvage perdurera, on n’aura pas une
larmoyante complainte amoureuse. Maintenant, OK, certains grands
paroliers sont indépassables mais je ne crois pas que la rage
contestatrice ait forcément à s’embarrasser de beauté, d’emphase, de
propreté du texte.
Voilà, en résumé, pourquoi ne pas ouvrir un site sur musique rebelle ?
Frédéric Perez